-Grèce: Le texte intégral de l’accord funeste du 12 juillet 2015 avec ses créanciers institutionnels

Le Sommet européen a-t-il accouché d’un « accord historique » ? Ou entérine-t-il « un coup d’Etat financier » ? Chacun peut en juger à la lecture de la déclaration des Dix-neuf.

Source :Politis .fr

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro ont conclu lundi matin un accord pour négocier un troisième plan d’aide à la Grèce, au prix de très lourds sacrifices pour le pays, prélude à de longues tractations durant lesquelles la zone euro devra gérer l’urgence et maintenir sous perfusion une économie exsangue.

Les exigences ahurissantes de l’Eurogroupe ont, pour l’essentiel, été avalisées par les Dix-neuf. François Hollande assure qu’il s’agit d’un « accord historique ». A la lecture du texte qui vient de nous être communiqué dans sa version française, il est permis d’en douter.

Bruxelles, le 12 juillet 2015
Objet: Déclaration du sommet de la zone euro

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Le sommet de la zone euro souligne la nécessité cruciale de rétablir la confiance avec les autorités
grecques, condition préalable pour un éventuel futur accord sur un nouveau programme du MES.
À cet égard, il est essentiel que la maîtrise du processus revienne aux autorités grecques, et
les engagements pris dans ce contexte devraient être suivis d’une mise en œuvre effective.
Il est attendu d’un État membre de la zone euro demandant l’assistance financière du MES
qu’il adresse, lorsque cela est possible, une demande similaire au FMI*
. Il s’agit d’une condition
préalable pour que l’Eurogroupe approuve un nouveau programme du MES. La Grèce demandera
donc que le FMI maintienne son soutien (surveillance et financement) à partir de mars 2016.
Compte tenu de la nécessité de rétablir la confiance avec la Grèce, le sommet de la zone euro
se félicite que la Grèce ait pris l’engagement de légiférer sans délai sur une première série
de mesures. Ces mesures, prises en accord total et préalable avec les institutions, porteront sur:

pour le 15 juillet

• une rationalisation du régime de TVA et un élargissement de l’assiette fiscale afin
d’accroître les recettes;
• des mesures directes pour améliorer la viabilité à long terme du système des retraites
dans le cadre d’un programme global de réforme des retraites;
• la garantie de la pleine indépendance juridique d’ELSTAT;
• la pleine mise en œuvre des dispositions pertinentes du traité sur la stabilité,
la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire,
notamment en rendant opérationnel le conseil budgétaire avant la finalisation
du protocole d’accord et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses
en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents primaires,
après avoir sollicité l’avis du conseil budgétaire et sous réserve de l’accord préalable
des institutions;
pour le 22 juillet
• l’adoption du code de procédure civile, qui représente une refonte en profondeur
des procédures et modalités propres au système de justice civile et peut accélérer
considérablement les procédures judiciaires et réduire les coûts dans ce domaine;
• la transposition de la directive relative au redressement des banques et à la résolution
de leurs défaillances, avec le soutien de la Commission européenne.
Ce n’est qu’après – et immédiatement après – que les quatre premières mesures susmentionnées
auront fait l’objet d’une mise en œuvre au plan juridique et que le Parlement grec aura approuvé
tous les engagements figurant dans le présent document, avec vérification par les institutions et
l’Eurogroupe, qu’une décision pourra être prise donnant mandat aux institutions de négocier
un protocole d’accord. Cette décision serait prise sous réserve de l’achèvement des procédures
nationales et à condition que les conditions préalables prévues à l’article 13 du traité instituant
le MES soient réunies, sur la base de l’évaluation visée à l’article 13, paragraphe 1.

Afin de pouvoir servir de base à la conclusion positive du protocole d’accord, les mesures
de réforme présentées par la Grèce doivent être sérieusement renforcées compte tenu de la profonde
dégradation de la situation économique et budgétaire du pays au cours de l’année dernière.
Le gouvernement grec doit s’engager formellement à renforcer ses propositions dans un certain
nombre de domaines recensés par les institutions, en les accompagnant d’un calendrier
suffisamment précis pour ce qui est de la législation et de la mise en œuvre, y compris des critères
de référence structurels, des échéances et des critères de référence quantitatifs, afin de donner
une idée claire de l’orientation des politiques à moyen terme. Il doit notamment, en accord
avec les institutions:
– mener d’ambitieuses réformes des retraites et définir des politiques visant à compenser
pleinement l’incidence budgétaire de l’arrêt de la cour constitutionnelle relatif
à la réforme des pensions de 2012 et mettre en œuvre la clause de déficit zéro ou
des mesures alternatives mutuellement acceptables d’ici octobre 2015;
– adopter des réformes plus ambitieuses du marché des produits assorties d’un calendrier
précis de mise en œuvre de toutes les recommandations du volume I du manuel
de l’OCDE pour l’évaluation de la concurrence, y compris dans les domaines suivants:
ouverture des magasins le dimanche, périodes de soldes, propriété des pharmacies, lait
et boulangeries, à l’exception des produits pharmaceutiques vendus sans ordonnance
qui feront l’objet d’une mise en œuvre à un stade ultérieur, ainsi qu’en ce qui concerne
l’ouverture de professions fermées essentielles au niveau macro-économique
(par exemple, les transports par ferry). En ce qui concerne le suivi du volume II
du manuel de l’OCDE, l’industrie manufacturière doit être comprise dans les actions
préalables;
– en ce qui concerne les marchés de l’énergie, procéder à la privatisation de l’opérateur
du réseau de distribution d’électricité (ADMIE), à moins que l’on puisse trouver
des mesures de remplacement ayant un effet équivalent sur la concurrence, comme
convenu par les institutions;
– en ce qui concerne le marché du travail, entreprendre un réexamen rigoureux et
une modernisation des négociations collectives, de l’action syndicale et, conformément
à la directive pertinente de l’UE et aux bonnes pratiques, des procédures de licenciement
collectif selon le calendrier et l’approche convenus avec les institutions. Sur la base
de ces réexamens, les politiques du marché du travail devraient être alignées sur
les meilleures pratiques internationales et européennes, sans que cela se traduise par
un retour aux politiques antérieures qui ne sont pas compatibles avec les objectifs
de croissance durable et inclusive;
– adopter les mesures nécessaires pour renforcer le secteur financier, y compris
des mesures radicales concernant les prêts non performants et des mesures visant
à renforcer la gouvernance du Fonds hellénique de stabilité financière (HFSF) et
des banques, en particulier en éliminant toute possibilité d’interférence politique,
notamment dans les processus de nomination.
Par ailleurs, les autorités grecques prendront les mesures suivantes:
– élaborer un programme de privatisation nettement plus étoffé avec une meilleure
gouvernance; des actifs grecs de valeur seront transférés dans un fonds indépendant qui
monétisera les actifs par des privatisations et d’autres moyens. La monétisation
des actifs constituera une source permettant le remboursement programmé
du nouveau prêt du MES et générera sur la durée du nouveau prêt un montant total fixé
à 50 milliards d’euros, dont 25 milliards d’euros serviront au remboursement
de la recapitalisation des banques et d’autres actifs, et 50 % de chaque euro restant
(c’est-à-dire 50 % de 25 milliards d’euros) serviront à diminuer le ratio d’endettement,
les autres 50% étant utilisés pour des investissements.
Ce fonds serait mis en place en Grèce et géré par les autorités grecques sous
la supervision des institutions européennes concernées. En accord avec les institutions,
et sur la base des bonnes pratiques internationales, un cadre législatif devrait être adopté
pour garantir des procédures transparentes et une valorisation adéquate des ventes
d’actifs, conformément aux principes et aux normes de l’OCDE sur la gestion
des entreprises publiques;
– conformément aux ambitions du gouvernement grec, moderniser et considérablement
renforcer l’administration publique grecque, et mettre en place, sous l’égide
de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et
de dépolitisation de l’administration publique grecque. Une première proposition devrait
être présentée d’ici le 20 juillet après discussion avec les institutions. Le gouvernement
grec s’engage à réduire encore les coûts de l’administration publique grecque,
conformément à un calendrier convenu avec les institutions;

– normaliser complètement les méthodes de travail avec les institutions, y compris
le travail nécessaire sur le terrain à Athènes, pour améliorer la mise en œuvre et le suivi
du programme. Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles
de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant
de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement. Le sommet de la zone euro
souligne une nouvelle fois que la mise en œuvre est capitale et, dans ce contexte,
se félicite que les autorités grecques aient l’intention de demander d’ici le 20 juillet
le soutien des institutions et des États membres en vue d’une assistance technique,
et demande à la Commission européenne de coordonner ce soutien de l’Europe;
– à l’exception de la loi sur la crise humanitaire, le gouvernement grec procédera
à un réexamen en vue de modifier les dispositions législatives adoptées qui sont
contraires à l’accord du 20 février puisqu’elles constituent un retour en arrière par
rapport aux engagements pris au titre du programme précédent ou il définira
des mesures compensatoires clairement équivalentes pour les droits acquis qui ont été
créés par la suite.
Les engagements énumérés plus haut correspondent au minimum exigé pour entamer
les négociations avec les autorités grecques. Toutefois, le sommet de la zone euro a clairement
indiqué que le fait de commencer des négociations n’exclut pas la possibilité d’un accord final
sur un nouveau programme du MES, qui devra reposer sur une décision relative à l’ensemble
du paquet (y compris les besoins de financement, le caractère soutenable de la dette et
un financement-relais éventuel).
Le sommet de la zone euro prend acte de ce que les besoins de financement du programme
pourraient se situer entre 82 et 86 milliards d’euros, selon les estimations des institutions. Il invite
ces dernières à étudier les possibilités de réduire l’enveloppe de financement, en suivant une autre
trajectoire budgétaire ou grâce à des recettes plus élevées tirées des privatisations. Rétablir
l’accès au marché, ce qui est un des objectifs de tout programme d’assistance financière, diminue
la nécessité de puiser dans l’enveloppe de financement totale. Le sommet de la zone euro prend note
des besoins de financement urgents de la Grèce qui rendent d’autant plus nécessaire de progresser
rapidement pour prendre une décision sur un nouveau protocole d’accord: d’après les estimations,
ces besoins s’élèveraient à 7 milliards d’euros d’ici le 20 juillet, et à 5 milliards d’euros
supplémentaires d’ici la mi-août.
Le sommet de la zone euro est conscient qu’il importe de veiller à ce que l’État grec souverain
puisse régler ses arriérés vis-à-vis du FMI et de la Banque de Grèce et honorer ses titres de créances
dans les semaines qui viennent afin de créer les conditions qui permettront de mener à bonne fin
les négociations. Le risque de ne pas pouvoir conclure rapidement les négociations demeure entier
pour la Grèce. Le sommet de la zone euro invite l’Eurogroupe à discuter d’urgence de ces questions.

Compte tenu de l’acuité des problèmes rencontrés par le secteur financier grec, l’enveloppe totale
d’un nouveau programme éventuel du MES devrait inclure la constitution d’un fonds de réserve
de 10 à 25 milliards d’euros pour le secteur bancaire afin de pouvoir faire face aux éventuels besoins
de recapitalisation des banques et aux éventuels coûts de résolution, dont 10 milliards d’euros
seraient immédiatement mis à disposition dans un compte ségrégué au MES.
Le sommet de la zone euro est conscient qu’une décision doit être prise rapidement sur un nouveau
programme pour que les banques puissent rouvrir, ce qui permettrait d’éviter une augmentation
de l’enveloppe de financement totale. La BCE/le MSU procédera à une évaluation complète après
l’été. La réserve globale permettra de combler les éventuelles insuffisances de fonds propres suivant
l’évaluation complète après que le cadre juridique aura été appliqué.
De sérieux doutes planent sur le caractère soutenable de la dette grecque. Cela est dû
au relâchement des politiques au cours des douze derniers mois, qui a entraîné la dégradation
récente de l’environnement macroéconomique et financier du pays. Le sommet de la zone euro
rappelle que les États membres de la zone euro ont, tout au long de ces dernières années, adopté
une série impressionnante de mesures pour soutenir la viabilité de la dette de la Grèce, qui ont
allégé le service de la dette de la Grèce et sensiblement réduit les coûts.
En conséquence, dans le cadre d’un éventuel programme futur du MES, et conformément
à l’esprit de la déclaration de l’Eurogroupe de novembre 2012, l’Eurogroupe est prêt à envisager,
si nécessaire, d’éventuelles mesures supplémentaires (un allongement éventuel des périodes
de grâce et des délais de remboursement) afin de faire en sorte que les besoins bruts de financement
demeurent à un niveau soutenable. Ces mesures seront subordonnées à la mise en œuvre intégrale
des mesures à convenir dans le cadre d’un nouveau programme éventuel et seront envisagées après
le premier réexamen qui aura abouti à un résultat concluant.
Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette.
Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations
financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu.

Pour autant que toutes les conditions nécessaires figurant dans le présent document soient remplies,
l’Eurogroupe et le conseil des gouverneurs du MES peuvent, conformément à l’article 13,
paragraphe 2, du traité instituant le MES, charger les institutions de négocier un nouveau
programme du MES, si les conditions préalables énoncées à l’article 13 du traité instituant le MES
sont réunies sur la base de l’évaluation visée à l’article 13, paragraphe 1.
Pour contribuer à soutenir la croissance et la création d’emplois en Grèce (au cours des trois
à cinq prochaines années), la Commission travaillera étroitement avec les autorités grecques pour
mobiliser jusqu’à 35 milliards d’euros (dans le cadre de différents programmes de l’UE) en vue
de financer des investissements et l’activité économique, y compris au niveau des PME. À titre
de mesure exceptionnelle et compte tenu de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouve
la Grèce, la Commission fera une proposition visant à augmenter le niveau de préfinancement
d’un milliard d’euros afin de donner une impulsion immédiate aux investissements, dont
se chargeront les colégislateurs de l’UE. Le plan d’investissement pour l’Europe offrira également
des possibilités de financement pour la Grèce.

*Traité instituant le MES, considérant .