Déclaration du Conseil Politique de l’Unité Populaire à propos du résultat des élections et au jour suivant

1. Le Conseil Politique de l’Unité Populaire s’est réuni pour faire une première évaluation du résultat électoral et élaborer le programme d’action jusqu’à la fin de l’année.

Le Conseil Politique adresse ses chaleureux remerciements aux 155 000 citoyens qui ont soutenu par leur vote l’Unité Populaire, rejetant ainsi le chantage politique et affectif et dépassant la tentative d’imposition de la terreur sur le corps électoral. Il salue les membres et amis de l’Unité Populaire, qui ont livré la bataille électorale avec abnégation et altruisme. Cette contribution à la lutte nous charge de responsabilités et renforce notre détermination à poursuivre l’effort que nous venons d’amorcer.

2. Le résultat électoral reflète la désillusion et la confusion qu’a suscitées dans une grande partie des couches populaires l’imposition du troisième Mémorandum. Le fait que cette gravissime défaite soit survenue tout de suite après le grand … du « OXI » et ait été conclue par des dirigeants qui parlent au nom de la Gauche, a donné plus encore de force à la logique du « il n’existe pas d’alternative ».

Le Parlement actuel est dominé, de façon écrasante, par les forces qui soutiendront la mise en œuvre du troisième Mémorandum et des lois d’application. L’augmentation du pourcentage de voix données à l’Aube Dorée néonazie constitue une mise en garde inquiétante. La force qui lutte pour une solution militante, radicale, alternative pour aujourd’hui et non pour un lointain avenir, l’Unité Populaire, est restée, pour peu de voix, hors du Parlement.

3. Le résultat électoral de l’Unité Populaire est fort loin de nos attentes. Cela s’explique par d’évidents facteurs objectifs. Il était inévitable qu’une formation politique née 28 jours tout juste avant les élections express, sans moyens financiers, faisant face à l’hostilité de la quasi-totalité des medias, rencontre d’énormes problèmes d’organisation et de communication.

Cependant, à ces facteurs objectifs sont venus s’adjoindre des insuffisances, des faiblesses et des défaillances de notre campagne électorale. Nous avons sous-estimé la désillusion qu’a causée à une large partie du peuple du « OXI » la capitulation du 13 juillet, ce qui a conduit vers l’abstention une grande partie du corps électoral et particulièrement de la jeunesse. Nous n’avons pas pris à temps la mesure de la pression qu’exerçait sur certains citoyens de gauche l’image artificielle et mensongère d’un « derby » entre le SYRIZA et la Nouvelle Démocratie, ainsi que le risque de nous retrouver hors du Parlement. Il y a eu des lacunes déterminantes dans la mise à jour des mesures antipopulaires du troisième mémorandum, et particulièrement dans l’élaboration et la promotion de notre proposition alternative et radicale pour mettre un terme à l’austérité, la mise en valeur d’un nouveau modèle de production et de croissance sociale et la redistribution de la richesse, avec pour horizon le socialisme. Notre proposition comprend (en tant qu’outil, et non comme un but en soi) la sortie de la zone euro avec l’élaboration d’une monnaie nationale, position difficile à argumenter de façon convaincante au cœur d’une campagne préélectorale de désinformation, usant et abusant du thème de la catastrophe, de la part de toutes les forces systémiques, ce qui a créé de sérieux obstacles au développement de notre poids électoral. Des problèmes plus généraux de physionomie et d’identité ont également joué leur rôle.

Le débat au sein des comités locaux de l’Unité Populaire viendra enrichir la réflexion fertile dans un esprit d’autocritique, mais aussi avec la conviction que si nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre. Le poids politique et le rayonnement moral de l’Unité Populaire sont bien plus larges que ne le laisse voir son premier enregistrement électoral. En un temps minimum, nous avons rassemblé autour de nous un nombre remarquable de militants expérimentés et de jeunes, qui constituent une garantie pour le futur de nos efforts.

4. En dépit du résultat négatif, pour le peuple, le régime mémorandaire ne s’est pas stabilisé et il ne lui sera pas aisé de se stabiliser dans le futur immédiat. Économiquement, le troisième Mémorandum échouera, comme ont échoué les précédents, à conduire vers une forme, quelle qu’elle soit, de stabilisation – croissance. Socialement, il provoquera de nouvelles catastrophes et de nouvelles réactions, avec les mesures d’une sévérité extrême qui sont déjà à notre porte – pillage fiscal, régime des retraites et de sécurité sociale, baisses des salaires, droit du travail, annulation de la mesure pour le remboursement des dettes en 100 versements, bradage des biens publics, etc. Mais au plan politique aussi, la situation est bien plus instable que ce qu’il n’y paraît une fois jeté un premier coup d’œil aux rapports de force négatifs au sein du parlement.

Plus de 800 000 des citoyens qui avaient voté en janvier ne se sont pas rendus aux urnes pour ce scrutin-ci – abstention qui reflète des tendances de renonciation, mais aussi, pour une large part, de rejet de la capitulation mémorandaire et du régime politique bourgeois, fût-ce par des voies différentes de celles que nous voudrions voir.

Les partis pro mémorandum, anciens et nouveaux, ont perdu plus de 900 000 voix. Plus de 550 000 ont fait confiance à des bulletins de gauche, anti mémorandum et communistes. Mais une grande partie des électeurs, membres et cadres du Syriza est également loin d’être d’accord avec sa mutation mémorandaire, social démocrate. L’Unité Populaire s’adressera sans préjugés à tous ces hommes et femmes, dans le but de parvenir à la plus large unité d’action possible dans les luttes sociales et politiques et dans le débat pour le présent et l’avenir de la Gauche.

5. Le Conseil Politique de l’Unité Populaire va inaugurer un cycle de discussions publiques, ouvertes à tous. Elle appelle à une rencontre panhellénique des représentants de ses comités locaux, en vue d’évaluer le résultat électoral et de dessiner le programme d’action, dans le courant du mois d’octobre. De plus, le Conseil Politique a pris des mesures pour la préparation du premier corps représentatif constituant de l’Unité Populaire, qui aura lieu dans les prochains mois. Enfin, il a abouti à des mesures visant au soutien rapide du développement organisationnel, de l’intervention en matière de communication et de l’action de l’Unité Populaire dans des espaces sociaux déterminants.

Traduction :Marie-Laure Veihlan