Les conclusions sur la Sécurité sociale de la Commission des « Sages », un véritable manifeste antisocial

Hand in Ceremony at the Ministry of Labour and Social Solidarity, in Athenms, on July 20, 2015 / Παράδοση-Παραλαβή στο Υπουργείο Εργασίας και Κοινωνικής Αλληλεγγύης, στις 20 Ιουλίου, 2015

Par Dimitris Stratoulis

 

Les conclusions sur la Sécurité sociale de la Commission des « Sages » sont un véritable manifeste antisocial, « thatchérien » à l’extrême, d’anéantissement de tout système public de sécurité sociale, de liquidation des retraites et d’asservissement des retraités.

Le gouvernement a réservé à la Commission de ces « Sages » le rôle du « lièvre » pour mettre à jour la véritable démolition du système de retraites qu’il a proposée lui-même et qui a été l’objet d’un accord avec la Troïka dans le cadre du 3e mémorandum. Voyons plus précisément :

Le raccordement des minima de retraites à des critères de revenus, joint aux diminutions décidées après les élections, les rendra quasiment inexistants.

Le nouveau mode de calcul de la plupart des pensions – selon lequel le taux de remplacement du salaire pris en compte pour la retraite, qu’il s’agisse de personnes déjà retraitées ou de nouveaux pensionnés, sera « harmonisé » vers le bas et subira une diminution de 70 à 55% – transformera les retraites en quasi-pourboires et les retraités en mendiants.

L’institution de parts individuelles d’assurances, c’est-à-dire d’une « tire-lire personnelle » pour chaque assuré, le remplacement du système de « prestations fixées » par celui de « cotisations fixées» anéantissent totalement les qualités de redistribution et de solidarité intergénérationnelle caractérisant la sécurité sociale et transforment celle-ci en système de capitalisation individuelle.

L’incorporation de la retraite complémentaire dans la principale, ou sa totale individualisation avec le système de parts personnelles pour chaque assuré, jointes à l’application de la règle du déficit 0, conduit à l’évaporation, en fait à la suppression des retraites complémentaires.

L’ajustement des cotisations sociales de toutes les caisses à celles de l’IKA (la Caisse générale de Sécurité sociale) va conduire au triplement des cotisations des agriculteurs à leur propre Caisse et à une forte hausse de celles des professions libérales et des travailleurs indépendants.

La création d’une « super-Caisse » pour tous, en écrasant les droits des assurés, va créer un chaos au niveau de la gestion, accroître le temps d’attente pour l’attribution des retraites et surtout abaisser dramatiquement leur niveau.

Honte à ceux qui mettent leur signature au bas de telles conclusions homicides, au nom d’une soit-disant viabilité de la sécurité sociale dont on peut douter quand on voit les politiques d’austérité imposées par les mémorandums, qui diminuent les salaires et augmentent le chômage !

Double honte au gouvernement, qui utilise ces conclusions comme opération de diversion, afin de faire passer sans réactions politiques et sociales importantes le projet de loi discuté au Parlement sur des dispositions « préalables » qui vont conduire à de nouvelles diminutions des retraites.

Triple honte aux partis qui ont voté le 3e mémorandum (Syriza, Nouvelle démocratie, PASOK, ANEL, Potami) et qui, en véritables fossoyeurs de la sécurité sociale, jettent les retraités dans un Kéadas[1] social.

C’est assez ! Le peuple, par son vote ou par son abstention, n’a pas donné carte blanche au gouvernement pour l’anéantir et il saura par ses luttes lui donner la réponse qu’il mérite.

Notre système de sécurité sociale est en crise non par suite de dépenses excessives, puisque les retraites ont baissé drastiquement, mais à cause de ses rentrées insuffisantes. Et celles-ci ne peuvent augmenter que s’il est mis fin aux politiques d’austérité des mémorandums et si on les remplace par une politique de développement et de redressement productif appuyé sur la justice sociale, l’augmentation des salaires et des emplois.

Dimitris Stratoulis (membre du bureau politique d’Unité populaire, ex-ministre de la Sécurité sociale)

Traduction: Joelle Fontaine

[1] Kéadas est le nom du gouffre où les Spartiates jetaient les traitres – ou les enfants trop maladifs pour faire de bons soldats.