Le sauvetage des banques dans le monde et la troisième recapitalisation des banques grecques .Par Yannis Kimbouropoulos

source: rednotebook.gr
Depuis 2008 et l’apogée de la crise financière internationale, le monde capitaliste est pris dans un tourbillon de sauvetages. Pas le sauvetage des réfugiés -eux peuvent se noyer sans susciter de larmes dans les eaux de la Mer Egée- mais le sauvetage des banques. Le décompte en est vertigineux. La FED américaine soutient que le coût du sauvetage des banques américaines en faillite (pas de toutes, parce qu’on en a laissé couler au moins 500) n’a pas dépassé les 700 milliard de dollars. Cependant, une enquête de l’Institut Levy porte le coût final des sauvetages américains jusqu’à un montant inconcevable : 29000 milliards de dollars.
Même si cela paraît exagéré, les données concernant les sauvetages des banques aux USA sont incontestables. Depuis 2008, 5100 milliards d’euros ont été mis à disposition du « Leviathan » bancaire, en liquidités, garanties d’état, soutien des liquidités, et marchés d’actifs (actions et obligations).
Mais ce ne sont pas les seuls cadeaux qui ont été faits au système financier. Les programmes d’assouplissement quantitatifs (Quantitative Easing) engagés à partir de 2010 par la banque centrale américaine (4400 milliards de dollars), et poursuivis par la BCE (avec l’ambition d’atteindre 1100 milliards de dollars), la BOJ japonaise et d’autres banques centrales s’élèvent déjà à un montant de 10 000 milliards de dollars, environ 15 % du P.I.B. Mondial. Où va cet argent ? La plus grande partie a engendré une marée sans précédents de liquidités dans les banques elles-mêmes -2,8 milliards de dollars dans les banques américaines, beaucoup plus dans les banques européennes. De plus, elle a provoqué une concentration effarante de la richesse mondiale au sommet de la pyramide sociale. Un rapport de Credit Suisse , une société qu’on ne peut soupçonner d’anticapitalisme, résume le bilan de la gestion de la crise par deux chiffres : 0,7% de la population concentre 46 % de la richesse mondiale. A l’opposé, 71 % de la population concentre à peine 3 % de la richesse mondiale. Il ne s’agit pas d’un raté du système. Mais de sa réussite totale. La pyramide sociale révèle le pillage à l’oeuvre dans le « pyramide » des sauvetages financiers.

Le « pourboire » des 215 milliards
En face de ces chiffres, Il est cocasse de voir les banques systémiques grecques, au noms desquelles le gouvernement Syriza-ANEL a été poussé au troisième mémorandum, confrontées à un troisième round de sauvetage pour 13-14 milliards d’euro. Tel est le montant qui a été calculé, soupesé, estimé. Curieusement, la somme équivaut au coût pour les finances publiques du troisième memorandum jusqu’en 2018, coût qui retombe inéquitablement sur les épaules des classes les plus pauvres. En réalité, avec le troisième memorandum, comme avec les deux premiers, ce sont les banques qu’on sauve. La façon dont on les sauve, cependant, fait la différence.
Depuis 2008, les banques grecques ont été « gratifiées » d’environ 201 milliards d’euros. Dont 130 milliards de garanties d’état, 48,5 milliards de financement direct de l’état, 11 milliards de participation des particuliers aux augmentations de capital et 11,5 milliards de gratification à proprement parler pour report d’impôt. La troisième recapitalisation atteindra un total de 215 milliard d’euros. Sur la base de la valeur boursière des 4 banques systémiques, ce montant correspond à leur achat -par l’état et en dernier ressort par les contribuables,- non pas une fois, mais 43 fois ! Et pourtant, aux antipodes des engagements oubliés de Syriza, et même des annonces modérées à propos d’un exercice par l’état de ses droits de propriétaire au sein des banques, le gouvernement a présenté un projet de loi qui facilite une privatisation des banques à bas prix, et qui cède aux créanciers le contrôle qu’il avait sur leur gestion. Sans le savoir, les contribuables sponsorisent ce projet pour une somme supplémentaire de presque 10 milliards d’euros.

Le rôle du Fonds (non public) de Stabilité Financière
Nous relevons de manière succincte :
-Le FSF participera à la troisième recapitalisation avec une combinaison (encore indéterminée à l’heure ou nous écrivions ces lignes) d’actions ordinaires avec droit de vote, d’actions privilégiées qui seront échangés avec des actions ordinaires et d’obligations convertibles (Cocos).
-Le FSF couvrira en capitaux le« scénario défavorable » des stress tests, tandis que le « scénario de référence » doit nécessairement être couvert par des particuliers -en pratique excusivement des capitaux étrangers. Etant donné que le « scénario de référence » est limité à des besoins en capitaux jusqu’à 5 milliards, cela laisse un large espace pour une expansion ultérieure de la privatisation et pour limiter la participation du FSF au taux nécessaires pour le contrôle administratif des banques.
-Le FSF est censé acquérir un droit de contrôle de gestion des banques par le biais d’un représentant dans leurs conseils d’administration avec droit de veto sur une série de décisions. Pourtant, le FSF n’est plus « public ». En vertu des clauses d’engagement du Memorandum, La pleine et entière « indépendance » de fonctionnement du FSF signifie tout simplement sa totale dépendance vis-à-vis des créanciers, par l’intermédiaire de la BCE, de l’ESM (Mécanisme Européen de Stabilité), et de la TtE (Banque nationale grecque).
-Il se produira quelque chose d’analogue dans la gestion des banques. Le FSF non public acquiert des pouvoirs d’évaluation de la gestion des banques, et pourra introduire des changements dans leur composition en fonction de critèresqui excluent la moindre parcelle de contrôle étatique, politique, social, indépendamment du pourcentage de participation de l’état. Par exemple, lorsqu’il est stipulé que « tout membre d’un conseil d’administration doit avoir à son actif une expérience internationale d’au moins dix ans, dont au moins trois ans en tant que membre d’un conseil d’administration d’un établissement financier » il est évident que legouvernement des banques est réservé à des cadres de la nomenclatura de la finance internationale, de préférence au service des banques des créanciers.
Ce n’est pas du tout un hasard si le projet de loi pour la troisième recapitalisation des banques a été voté selon des procédures accélérées par une large majorité promemorandum. Paradoxalement, la pyramide de la finance grecque (pour peu de temps encore) accroît le nombre de ses partisans dans la pyramide politique en proportion directe de la multiplication de ses victimes dans la pyramide sociale…

Dimanche 1er novembre 2015

Traduction Jean Marie Reveillon