Paris le 13 Novembre…. par Grigoris Gerotziafas

 

Après l’attentat contre le journal « Charlie Hebdo », l’ensemble des médias d’information français et étrangers parlaient d’un « 11 septembre français ».Sur cet événement s’est construite la base idéologique de l’ « union nationale » illustrée par la manifestation monstre qui avait à sa tête nombre de dirigeants étrangers. Après l’attentat terroriste de janvier ont été débloqués, au milieu de la crise économique et de l’austérité, des moyens énormes pour renforcer les mesures de défense nationale, de surveillance et de sécurité. C’est la première fois depuis la deuxième guerre mondiale que l’armée est déployée à l’intérieur du territoire national. Les moyens de haute sécurité mis en œuvre sont devenus aussitôt visibles dans la vie quotidienne des parisiens. Les couloirs des hôpitaux accueillent des soldats, des patrouilles en armes arpentent les rues et protègent les établissements publics, les aéroports, les gares, les journaux et stations de télévision. Parmi les différents endroits de la ville, le secteur où se trouve le siège de « Charlie Hebdo » en particulier, se trouve sous surveillance militaire permanente.

Sur la scène internationale, la France, en menant une « guerre contre le terrorisme » joue un rôle actif, aussi bien en bombardant la Syrie qu’en participant aux discussions pour la solution du problème syrien à Vienne et dans toutes les rencontres internationales. Dans ce climat d’ « union nationale » et de mobilisation générale des moyens de défense nationale et de sécurité a eu lieu l’énorme et multiple attentat du 13 novembre et l’hécatombe qui en résulte.

On peut tirer quelques éléments importants à partir des caractéristiques d’exécution de cet attentat terroriste.
Premièrement, selon les avis des spécialistes du sujet, publiés ou diffusés par les chaînes de télévision françaises, l’organisation, le timing, l’exécution et le résultat final de l’attentat supposent un niveau élevé de préparation, aussi bien des exécutants que du réseau de soutien. Les exécutants et surtout le réseau de soutien se trouvaient essentiellement sur le territoire français, ou plus largement européen, et n’ont pas été importés. Selon les dernières informations, au moins trois des exécutants étaient français.
Les faits eux-mêmes décrédibilisent une interprétation populiste qui relierait l’attentat terroriste de Daesh sur le sol européen à la vague des réfugiés syriens.

Deuxièmement, la date de l’attentat n’est pas sans rapport avec la conférence de Vienne sur la question syrienne, ni avec la réunion du G20 et a visiblement des buts géostratégiques déterminés sur le théâtre des opérations au Moyen Orient. De plus, les analystes qui apparaissent à la télévision française soulignent souvent la responsabilité des puissances occidentales dans le renforcement de l’armement de Daesh, ainsi que l’importance du renforcement des forces kurdes dans la lutte contre les djihadistes.

Troisièmement, le symbole politique de l’attentat et la démonstration de la capacité d’agir de l’organisation terroriste a été clair et a comme résultat de révéler l’incapacité du gouvernement français de protéger la vie de ses citoyens. La première attaque a eu lieu au Stade de France où se déroulait le match de foot France -Allemagne en présence du Président de la République Française et du Ministre allemand des Affaires Étrangères. En raison de la présence du Président de la République Française, les environs du Stade de France étaient sans doute l’endroit le mieux protégé de toute la capitale française. Les attaques terroristes suivantes ont eu lieu dans le même secteur que celui de l’attaque de Charlie Hebdo en janvier. Cette zone du nord-est de Paris comprend des synagogues, deux grands hôpitaux universitaires, la faculté de médecine de Paris VI et un réseau dense de commissariats de police. Il s’agit donc d’un secteur de la capitale française particulièrement gardé et, depuis janvier, spécialement protégé par des forces armées.
Les faits révèlent donc à l’opinion publique l’incapacité et l’inutilité opérationnelle, des services de répression et de surveillance, si coûteux, si vantés et surarmés qui non seulement n’ont pas pu empêcher un tel attentat mais qui encore n’ont pas pu stopper son déroulement.
L’attentat terroriste multiple et le massacre du 13 novembre est le coup de grâce à la construction de l’ « union nationale » de la guerre contre le terrorisme qui avait commencé après l’attentat contre Charlie Hebdo. Au moment où ces lignes sont écrites, Dominique de Villepin, ex premier ministre gaulliste sous la présidence de Jacques Chirac, dans un interview à la télévision rejette complètement la ligne d’action du président de la République française François Hollande et du premier ministre socialiste Manuel Valls sur la déclaration de « guerre » contre le terrorisme, (lequel l’avait déjà proclamée en janvier) soulignant que cette politique est un piège qui légitime politiquement et opérationnellement Daesh. Le résultat effroyable de l’attaque terroriste enflamme la discussion sur l’action de la politique extérieure des gouvernements français qui a échoué dans les crises en Libye et en Syrie ainsi que sur son alliance avec des états qui financent Daesh comme l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Quatrièmement, l’objectif idéologique de l’activité terroriste, tel que le révèle l’analyse des caractéristiques de ses cibles, est particulièrement important à souligner. Il n’a pas frappé Paris, mais le nord-est de Paris (le coté est de la rive droite de la Seine) comme en janvier. La localisation géographique a une grande signification pour comprendre le choix de l’objectif. Il est clair que les terroristes, suivant la pratique fasciste habituelle, choisissent de frapper des endroits qui assurent le plus grand nombre possible de victimes sans méfiance. Il y a beaucoup d’endroits dans la ville où ils auraient pu accomplir ce projet sanguinaire. Cependant le nord-est de Paris présente certaines caractéristiques qui le différencient d’autres secteurs de la ville. Ici, différemment aux quartiers sud et ouest, vivent et travaillent des couches populaires et moyennes. Au nord-est de Paris est concentrée la plus grande proportion d’immigrés (arabes, africains, asiatiques) qui vivent et travaillent en ville. Le nord-est de Paris est le bastion des forces progressistes de la ville. Dans les bistrots et la salle de concert du Bataclan, où a eu lieu le massacre, des étudiants, des intellectuels, des artistes et des jeunes de banlieue ouvrière se divertissent et s’amusent. La vie sociale, culturelle et politique, du nord-est de Paris concentre une vie en commun harmonieuse de travailleurs de différentes origines ethniques, de différentes croyances religieuses (chrétiens, musulmans, bouddhistes, athées), de différentes orientations sexuelles et opinions politiques. Le nord-est de Paris est un véritable laboratoire où se rencontrent, se confrontent et se synthétisent de nouveaux courants artistiques, intellectuels et politiques. Ces caractéristiques mettent les gens du Nord-est de Paris dans la mire de toutes sortes de fascistes qui se présentent soit sous le discours de la pureté ethnique soit sous celui du fondamentalisme islamique. C’est d’ailleurs un secret de polichinelle que lors de nombreux scrutins électoraux dans ce secteur, il y avait soutien souterrain inavoué des fondamentalistes islamiques au Front National.

La tristesse et la colère nées du massacre du 13 novembre sont immenses. Cependant, au moment où les lamentations de douleur se taisent à peine, il est possible de voir paraître le vrai conflit et nous sommes contraints d’y prendre position pour que ne soit pas vain le sacrifice des jeunes du nord-est de Paris. Notre position est fermement du côté de la Démocratie, l’Égalité, la Justice, la Solidarité, la Paix.

Publié en grec sur le site:http://www.capital.gr/me-apopsi/3081095/parisi-13-noembri

Traduction: Palili

Grigoris Gerotziafas est Professeur Assistant en Hématologie- Hémostasie, Faculté de Médecine, Université Pierre et Marie Curie (Paris VI)