GRÈCE: UN CERTAIN PARFUM DE GOUVERNEMENT D’UNION NATIONALE…

Editorial Iskra , samedi 21 novembre
Le gouvernement cherche l’appui de la Nouvelle Démocratie, du PASOK et de POTAMI pour faire passer ses mesures de catastrophe sociale
La rencontre Tsipras- Prokopis Pavlopoulos est révélatrice des signes de panique qui se manifestent dans les cercles dirigeants du gouvernement SYRIZA-ANEL, après les ruptures graves survenues en son sein, tout juste 2 mois après les élections du 20 septembre, à l’occasion du vote du premier paquet de mesures inscrites dans le mémorandum.
Le lendemain du renvoi de Y. Sakellaridis et de la radiation de S. Panagoulis et de N.Nikolopoulos des groupes parlementaires des deux partis gouvernementaux – ce qui a abaissé la majorité parlementaire de ces derniers à 153 sièges – le Premier ministre a demandé au Président de la République d’intervenir dans le sens d’un consensus plus large, véritablement national, sur les questions brûlantes auxquelles le gouvernement doit faire face, notamment sur la question des assurances.
C’est vraiment un symptôme de dégénérescence politique, à la limite du cynisme : voilà un homme politique devenu Premier ministre en tant que chef d’un parti de gauche qui demande, au fond, à un Président conservateur (rappelons que P. Pavolpoulos a pris ostensiblement parti pour le OUI, de façon provocante, lors de la grande bataille du référendum) de « tirer les oreilles » à M.Mmes Meïmarakis, Yennimata et Théodorakis. Et ce afin que son gouvernement puisse faire passer le système d’assurances sociales exigé par Bruxelles et Berlin.
Ce geste du Premier ministre a naturellement relancé les scénarios d’élargissement de la coalition gouvernementale aux partis PASOK et POTAMI ou même, dans l’avenir, à un gouvernement d’union nationale si cela s’avère nécessaire. Bien sûr, la direction du gouvernement et de SYRIZA rejettent officiellement cette éventualité qu’ils présentent comme un voeu pieux de « cercles » grecs et étrangers. Mais des cadres importants de SYRIZA comme D. Papadimoulis préparent déjà le terrain à un élargissement du gouvernement, au moins au PASOK et à POTAMI : chose qui correspond d’ailleurs à leur désir ardent de sceller la mutation de leur parti dans le sens du du social-libéralisme.
Plus important : l’opinion est de plus en plus répandue que ce gouvernement ne peut résister à ce qui l’attend – la mise en place de nouvelles mesures totalement destructrices pour la majorité du peuple : la remise des « emprunts rouges »à des fonds vautours étrangers, l’accroissement de la pression fiscale, la mise aux enchères des résidences principales et surtout la destruction totale des assurances sociales. Le budget de 2016 déposé par le gouvernement en donne un avant-goût : dans une période de dépression de l’économie et de maintien du chômage au-dessus du taux cauchemardesque de 25%, le gouvernement impose aux particuliers de nouvelles mesures représentant pour eux une baisse de revenus de 5,7 milliards d’euros : 3,2 en impôts et 2,7 du fait de la diminution des dépenses, notamment des coupes en matière de retraites (-1,4 millions d’euros).
Dans ce contexte, on a tout lieu de penser que le déchaînement de la protestation sociale va susciter des fractures politiques au sein d’une coalition gouvernementale déjà bien affaiblie et fragile, qui aura besoin de « transfusion » d’une manière ou d’une autre pour se maintenir en vie. Il est de peu d’importance pour le peuple que cela prenne la forme d’une « union nationale », c’est-à-dire du soutien des autres partis pro-mémorandum pour le vote des projets de loi litigieux, ou bien d’un élargissement du gouvernement au PASOK et à POTAMI, ou même à Nouvelle Démocratie. Ce qui prime, c’est la nécessité d’un véritable soulèvement populaire pour faire barrage à la tempête des mesures destructrices.
Après le « Septembre noir », il va y avoir un hiver très lourd. Tous ceux qui continuent à soutenir cet Armageddon social, quels que soient les prétextes qu’ils invoquent face à eux-mêmes, endossent d’énormes responsabilités.

Traduction Joelle Fontaine