La privatisation de l’énergie électrique en Grèce

Flora Papadede Φλώρα Παπαδέδε*

Traduit par  Jean-Marie Réveillon

Edité par  Fausto Giudice Фаусто 

Intervention au débat d’experts organisé par le groupe parlementaire de Die Linke (La Gauche) au Bundestag le 2/11/2015, sur le thème des privatisations de l’énergie électrique, des ports et des chemins de fer en Grèce.*

Honorés membres du Bundestag, chers amis,

Je vous remercie chaleureusement pour votre invitation, et pour l’occasion que vous me donnez de vous parler de la situation qu’affronte le peuple grec.

Je travaille à la DEI (Entreprise Publique d’Electricité) depuis 1991. La DEI est l’entreprise publique qui produit et distribue l’énergie électrique en Grèce. Elle a été fondée en 1950 et constitue aujourd’hui la plus grande entreprise l’unique industrie lourde du pays.

Depuis l’éclatement de la DEI en 2012 et la dispersion de ses activités et de ses services en filiales distinctes, je travaille au Système Transport (ADMIE). L’ADMIE constitue le secteur de la DEI qui est directement menacé de dissociation et de cession.

Le Système de Transport de l’Énergie Électrique constitue dans chaque pays la colonne vertébrale de l’électrification, un secteur stratégique, tant pour le développement économique, que pour la défense et la souveraineté nationale.

C’est donc à juste titre que M. Dijsselbloem [Président de l’Eurogroupe NdT], le tueur des droits sociaux et humains du peuple grec, a refusé que soit privatisé ne serait-ce qu’un pour cent de la TENET, le système transport d’électricité de son pays. Il a déclaré au parlement hollandais le 18 octobre 2013 : « le transport de l’énergie électrique constitue un impératif stratégique pour la Hollande, et sa privatisation entrainerait un très grand préjudice pour l’intérêt public. »

Il n’est pas paradoxal que M. Dijsselbloem réclame la liquidation immédiate du Système Grec de Transport de l’Énergie Électrique et naturellement de la totalité de la propriété publique et des infrastructures de l’Etat. Ni que le « premier gouvernement de gauche » [slogan de Syriza NdT] montre son empressement à les liquider.

Il y a quelques jours, Monsieur Hollande, le président de la République française, a effectué une visite en Grèce. Les médias français ont présenté ainsi sa visite : « La France vient faire ses courses en Grèce », « La Grèce est à vendre », « le Président Hollande est venu cueillir ses lauriers en pays conquis ». Les médias grecs –comme d’habitude- ont dissimulé les informations françaises et nous ont bombardé nuit et jour avec les images des défilés en l’honneur du conquérant. Défilés qui ont été organisés par le « premier gouvernement de gauche » et qui, pour les plus anciens d’entre nous, rappelaient les défilés qu’organisait la junte pour ses parrains, les US-Américains, au début des années 70.

Il n’y a pas de paradoxe. C’est la triste réalité de la Grèce et du peuple grec, depuis l’instauration d’un système de colonisation pour dette et depuis l’occupation du pays par les créanciers et les dirigeants politiques de l’Allemagne, de la France et des USA.
Résistez !

 

Après le troisième mémorandum, le « mémorandum de gauche », en août 2015, la totalité de la richesse publique et personnelle des Grecs, la souveraineté nationale, a été convertie en une simple reconnaissance de dette aux mains d’une institution privée, le Mécanisme Européen de Stabilité. Reconnaissance de dette dont peut disposer le MES comme il l’entend, et lorsqu’il le désire.

N’oublions pas que la Russie s’est reconstruite et est devenue une grande puissance en conservant intacts ses actifs publics et privés après la faillite de 1998, comme cela est arrivé également en Allemagne en 1953

Il est donc manifeste que ni la Troïka d’hier (BCE, FMI, UE), aujourd’hui Quartet (avec l’ajout du MES), ni ses collaborateurs locaux (gouvernements, médias, SEV [MEDEF grec, NdT]) ne visent et n’ont jamais visé le redressement de la Grèce en crise, sa reconstruction et son développement. Leur but commun était, est toujours, le maintien du pays à perpétuité dans les chaînes de la dette et de la dépression, la poursuite de l’occupation et le pillage de tout ce qu’a réalisé le peuple grec depuis la seconde guerre mondiale.

C’est dans ce cadre que nous tenterons d’examiner plus précisément la situation du secteur de l’énergie électrique et sa privatisation.

La consommation d’énergie électrique constitue un indice de base de la prospérité sociale et du développement économique d’un pays. La baisse de la demande en électricité a atteint 6,7% au début de la crise en 2010 et cinq ans plus tard, à la fin 2014, elle en est à 18,2%. Cela révèle deux choses :

La contraction du marché intérieur avec toutes les conséquences catastrophiques vécues par le peuple grec (pauvreté, chômage, émigration, diminution de l’espérance de vie etc.) et le fait que non seulement il n’existe aucun signe de redressement de l’économie de la Grèce, mais aussi que la crise s’approfondit et constitue désormais une situation permanente

Quelles seront les conséquences du démantèlement et de la privatisation de la DEI sur le Produit Intérieur Brut (PIB), déjà diminué, du pays ?

Le chiffre d’affaire annuel de la DEI est égal à 3% du PIB de la Grèce. La valeur réelle des redevances qu’elle perçoit dépasse les trente milliards d’euros. Cet ordre de grandeur suffit à démontrer son rôle stratégique déterminant dans l’économie nationale.

Durant les cinq ans de la crise (2010-2014), la DEI a réalisé des investissements d’un montant de 4,3 milliards d’euros, qui correspondent à 10% de tous les investissements privés et à 51% des investissements étrangers sur la même période. L’ensemble des investissements dans l’économie nationale pour trois entreprises publiques, la DEI, la DEPA, l’OSE [électricité, gaz, chemins de fer, NdT] s’élève à 7 milliards d’euros et correspondent à 12% et 74% de tous les investissements privés et étrangers pour la susdite période.

En réalité, il n’y a en Grèce qu’un seul et unique véritable investisseur : les contribuables grecs, et le peuple grec. Les chiffres sont des faits têtus. Contrairement aux dogmes consacrés des marchés, les chiffres montrent avec insistance que le levier du développement économique du pays était et reste le secteur public, réfutant l’argument selon lequel la politique des liquidations-privatisations apporte des investissements.
Manifestation des salariés de la DEI contre le « cercueil mémorandaire »

 

Si les privatisations ont contribué à quelque chose, c’est bien à la création et au gonflement de la dette publique. En une décennie, le trésor public grec a perçu 2,3 milliards d’euros de la privatisation du capital en actions à hauteur de 49%. Dans la même période (2001-2009) ses dépenses en dividendes, en coûts de la libération du marché de l’énergie électrique et en subventions de l’État aux producteurs privés d’électricité ont atteint 10,5 milliards d’euros.

Depuis le traité de Maastricht en 1992 et les premières privatisations on constate une contraction continue de la production et de l’économie qui a eu une influence importante sur l’apparition de la crise. Maintenant, on nous demande de tout privatiser. Mais le remède qui nous a conduits à la crise peut-il nous apporter la guérison ? La DEI constitue un exemple significatif. Selon les trois mémorandums, le programme de sa privatisation contient :

Privatisation immédiate de sa filiale ADMIE, le système national de transport de l’énergie électrique (valeur réelle 8 milliards d’euros). Comme équivalence, -dans le langage des mémorandums-, on laisse la possibilité qu’elle soit séparée de la DEI et rachetée par l’État. Seulement l’État grec, comme chacun sait, n’a pas d’argent. Donc, dans tous les cas, elle sera vendue, peut-être plus tard, peut-être avec une estimation beaucoup plus basse. A moins que –comme on l’entend dire ces jours derniers- elle ne reste propriété publique, mais que son management soit confié au privé. C’est-à-dire que les contribuables grecs continueront à financer les investissements et le fonctionnement, mais que ses recettes seront empochées par le « partenaire stratégique » privé.

Vente immédiate, à prix bradé, de 30% de la production de la DEI issue de l’hydroélectricité et des centrales au lignite à des intermédiaires privés –spéculateurs. C’est-à-dire de sa production provenant des unités les plus compétitives. En même temps, 25% de la clientèle de la DEI sera obligatoirement concédée aux intermédiaires-fournisseurs et il lui sera interdit pour toujours de retourner à la DEI. La part de la clientèle concédée atteindra 50% en 2020. Les années précédentes, l’UE vantait la politique de libéralisation comme celle du libre choix du fournisseur. Désormais, tout cela ressemble à des détails futiles, dans un pays dont les habitants sont considérés par les créanciers comme des serfs.

Le capital en actions de la DEI se trouve déjà à 49% aux mains du privé. Depuis septembre 2013, 17% supplémentaires se trouvent dans le portefeuille du TAIPED. Qu’est-ce que le TAIPED ? Ici, en Allemagne, il est facile de comprendre la signification du mot. Il signifie TREUHAND. Ses buts, son architecture et son fonctionnement sont identiques. Le démantèlement et la liquidation de la base productive de la République Démocratique Allemande a constitué la première expérimentation. Désormais, le modèle s’applique intégralement à toute la Grèce.

Les conséquences de l’application de ce modèle seront terribles, non seulement pour la DEI, mais globalement pour l’économie grecque et la population grecque. La DEI a un déficit de 2,5 milliards d’euros en raison de factures impayées. La pauvreté de la population permet d’affirmer avec certitude qu’elles ne seront jamais payées. Si elle perd son réseau de distribution et 25% de sa clientèle, si elle est contrainte de vendre 30% de sa production la plus compétitive à des spéculateurs –et pour être exact, aux « entrepreneurs » protégés par la troïka qui sont en même temps ses plus grands débiteurs- combien de mois faudra-t-il pour qu’elle soit en faillite ? Les prix de l’électricité, déjà extrêmement coûteuse, s’envoleront à nouveau, cependant que la garantie même pour notre pays d’une alimentation électrique sera menacée.

Actuellement la DEI fournit en courant 94% du pays. Elle dispose d’une puissance installée de 12 000 MW. 4 500 MW proviennent de centrales au lignite, 3 200 MW de centrales hydroélectriques, 2 300 MW de centrales au gaz et 2 000 MW de petites unités fonctionnant au pétrole qui fournissent en électricité les dizaines d’îles de la Mer Egée.

Il existe aussi une puissance installée de 2 600 MW provenant d’unités privées fonctionnant au gaz. Les propriétaires de ces unités sont les mêmes protégés de la Troika, débiteurs de la DEI et principaux candidats à la revente de son énergie.

Pour finir, une puissance installée de 7 350 MW provient de sources d’énergies renouvelables (éoliennes et photovoltaïques), qui, nous le savons, ne produisent pas régulièrement de l’électricité, mais l’injectent quand elles le peuvent et non lorsque le pays en a besoin, et sur lesquelles aucun système électrique ne peut asseoir sa sécurité.

Total de la puissance installée en Grèce : 22 550 MW ! Pourtant comme cela a été mentionné, la demande en électricité a dramatiquement diminué, avec pour conséquence que la moitié de la consommation journalière ne requiert pas le fonctionnement de plus de 5 000 MW avec des pointes de 9 000 MW !!!

On observe donc un phénomène d’excédent de l’offre de production. Selon la théorie économique libérale de la prédominance de la loi de l’offre et de la demande, dans une telle circonstance, les prix auraient dû dramatiquement chuter. Au contraire, durant les six dernières années, en Grèce, les prix se sont envolés. Dans l’économie de marché réelle, les prix ont constamment augmenté pendant les 15 dernières années au cours desquelles s’est appliquée la politique de l’UE en matière de libéralisation-privatisations.

Pourquoi cela se produit-il ? Depuis 2000, et afin d’ouvrir le marché de l’électricité à la spéculation privée, les proportions de combustibles se sont dramatiquement modifiées en faveur du gaz importé, très coûteux. En lien avec la politique de « croissance verte » et la mise en place sans contrôle des sources d’énergie non renouvelables par des initiatives privées s’est constitué le modèle de production le plus irrationnel, le plus coûteux le plus contreproductif et le plus antiéconomique qui soit. Avec un seul et unique gagnant : les marchés.

Entre 2009 et 2014 -les années de la dépression et de la paupérisation du peuple-, les unités privées fonctionnant au gaz ont bénéficié d’une subvention de l’État de 1,6 milliards d’euros. Mais lorsqu’en juin 2014 l’une des deux subventions qu’ils percevaient a été supprimée, ils ont réduit leur production au minimum. Il n’y a pas eu de blackout. La DEI a les moyens d’assurer la fourniture d’électricité au pays. Pourtant, les « institutions » exigent le retour de la subvention aux unités privées, même si nous n’utilisons pas leur électricité.
Occupation du siège de l’ADMIE en 2014

 

Quant à la fameuse « énergie verte », discontinue, incertaine, grassement subventionnée et bénéficiant d’une obligation d’achat même si nous n’en avons pas besoin, elle a déjà entraîné des déficits monstrueux dans le secteur public et une aggravation de la situation des ménages avec des taxes exorbitantes et des augmentations. La taxe pour les énergies renouvelables a augmenté de 4 400% !! Elle atteint désormais le montant de 200 euros annuels pour une famille de 4 membres, c’est-à-dire autant que le salaire minimum dans le pays. Entre 2009 et 2014, les spéculateurs privés ont touché 6 milliards d’euros avec les énergies renouvelables.

Au cours des six années de crise, à elles seules, les subventions directes aux entreprises privées d’électricité (c’est-à-dire sans incitation à l’investissement, sans garanties pour les banques etc.) ont atteint 7,6 milliard d’euros. C’est-à-dire autant que coûtera la construction du gazoduc TAP et que rapportera son exploitation sur 20 ans. Ou encore, 4% du PIB du pays, ou 2,5% de la dette publique.

Le démantèlement et la privatisation complète de la DEI ne peut conduire qu’à une nouvelle explosion des prix de l’électricité. Pour les ménages, le coût de la libéralisation du marché se traduit par des augmentations de 48% entre 2001 et 2009 et de 75% entre 2009 et 2014.110% en tout ! Ces augmentations ne concernent que le prix de vente de l’énergie et les frais de réseau. Ils ne comprennent pas les différentes taxes et redevances qui constituent 55% de la facture totale d’un abonné. Ainsi, le pays qui avait l’électricité la moins chère pour les ménages dans l’Europe des 27 s’est transformé en l’un des plus chers. Les conséquences ? Aujourd’hui 360 000 ménages n’ont pas d’électricité. 180 0000 ménages éprouvent des difficultés pour payer leur facture, ils ont des dettes vis-à-vis de l’EDI et risquent de se voir couper le courant. 1,8 millions de ménages correspondent à 7,2 millions d’habitants. La population du pays est de 11,5 millions.

Venons-en au tarif pour l’industrie. Quelle a été l’influence sur le prix de l’électricité pour l’industrie de la politique de libéralisation-privation -que le SEV fut le premier à réclamer ? Le coût de la libéralisation du marché de l’énergie électrique a entraîné une augmentation de 76% de l’électricité pour l’industrie. Il est vraiment intéressant de suivre sur la durée les positions du SEV sur l’énergie électrique. Plus elles passaient dans les lois et étaient mises en pratique, plus l’industrie grecque s’effondrait.

Les conséquences pèsent aussi sur les travailleurs de la DEI. Lorsqu’ont démarré la libéralisation et la privatisation, la DEI employait 36 000 travailleurs à temps plein, jouissant de tous leurs droits. En 2010, au début de la crise, il en restait 22 000, et aujourd’hui 18 000. L’intensification du travail augmente continuellement, et avec elle les accidents du travail et les morts. La sous-traitance à des entreprises privées constitue désormais la règle au lieu d’être l’exception, utilisant un travail sous-payé, précaire et sans couverture sociale.

En 2010, les salaires ont baissé de 50%, comme pour tous les travailleurs et les retraités du pays. Les augmentations ne sont pas autorisées et le revenu est constamment réduit par de nouveaux impôts et de nouvelles retenues. Les luttes contre la privatisation de la DEI ne se sont heurtées qu’à la menace, à la répression, voire à la réquisition.

Naturellement, les travailleurs n’ont à attendre du démantèlement et de la privatisation de l’EDI que des licenciements massifs, des salaires de misère et la saisie de leurs maisons. Nombreux, déjà, sont les collègues qui ne peuvent pas rembourser leur crédit immobilier et risquent de rester sans toit.

Pour finir, il nous faut aborder la question de la Haute Autorité pour les Réformes de l’Energie (RAE). La RAE, comme toutes les hautes autorités pour les réformes est qualifiée d’« indépendante ». Mais toutes ces « Hautes Autorités Indépendantes », de qui sont-elles indépendantes ? Elles ne le sont que des besoins populaires et de toutes les institutions démocratiques, de tout ce qui est procédures et contrôle démocratiques. Selon les trois mémorandums, la RAE a plus de pouvoir que le ministère grec de l’Énergie. La politique énergétique du pays est décidée, traduite dans les lois, et appliquée par la RAE ; c’est elle aussi qui procède aux arbitrages. Ces Hautes Autorités constituent le gouvernement direct du pays par les marchés, les monopoles économiques. Elles constituent en réalité une forme de privatisation de la démocratie.

La RAE est une sorte de lobby des entreprises privées, et agit en tant que telle. Il n’y a ni stratégie ni plan pour l’énergie, en dehors de ce qui est promu en général par les grands monopoles, et en particulier dans un pays dépendant comme la Grèce. Cela signifie qu’elle désigne dans le secteur de l’énergie les opportunités de spéculations, et surtout qu’elle les crée, comme dans le cas de la vente en-dessous du prix de la production de la DEI à des intermédiaires, opportunité qu’elle a entièrement planifiée et appliquée.

Ces phénomènes ne se produisent pas seulement en Grèce. Là où ont été imposées les politiques de libéralisation des marchés et de privatisation, les conséquences ont été analogues, si on englobe tous les pays de l’Union Européenne. Malgré les affirmations contraires, la libéralisation des marchés a dégradé la qualité des services fournis, tout en faisant exploser les prix.

Les conseils d’administration des dix géants européens de l’énergie le confirment (RWE, EON, Vattenfall, ENEL, ENI, EdF, GdF-Suez, Iberdrola, Gas Natural Fenosa, CEZ). Dans une déclaration commune à Bruxelles le 11 octobre 2013, ils avertissent que le marché de l’électricité de l’Union Européenne est menacé par deux problèmes importants : les prix élevés, et l’affaiblissement de la garantie d’approvisionnement.

L’énergie électrique est un bien commun, raison pour laquelle il ne peut-être que public.

La notion de bien public et social apparaît pour la première fois lors de la deuxième guerre mondiale dans les mouvements populaires de libération nationale de l’Europe occupée, et est entérinée après leur victoire contre le fascisme. Leur fourniture est garantie –à des degrés divers selon les pays- avec les amples nationalisations qui se sont imposées après la Libération.

Les biens sociaux publics sont la base sociale et économique de la démocratie. Ce sont des droits à la vie, à la dignité. Des droits acquis par la lutte antifasciste des peuples. Les fondements d’une vie digne dont ont hérité les générations suivantes, une entrée massive des peuples en lutte sur la scène de l’histoire. Ils ont été acquis avec le sang, la jeunesse et la vie de millions d’hommes.

En Grèce, jusqu’en 1950, le marché de l’électricité était complètement libre. Il existait 385 compagnies. Ce qui n’existait pas alors en Grèce, c’était l’accès à l’électricité. La fondation de la DEI en 1950 a donné le signal de l’électrification du pays et a constitué l’instrument de base du redressement économique et du développement après les pillages et les catastrophes subis lors de l’occupation allemande et de la guerre civile.

Nous nous opposons au démantèlement et à la privatisation de la DEI. La DEI doit être renationalisée, de façon à ce qu’elle joue le même rôle dans la reconstruction de la Grèce après l’actuelle guerre économique et sociale que mènent contre elle le capital financier et les créanciers, parmi lesquels l’Allemagne joue un rôle dirigeant.

Une guerre qui prendra fin lorsque notre peuple se prononcera, luttera et reconquerra son pays et sa souveraineté nationale. Ce qui signifie fondamentalement : l’éviction des créanciers et l’annulation unilatérale de la dette odieuse et illégale ; la sortie de l’euro et la création d’une monnaie nationale en vue de l’exercice d’une politique souveraine en matière de finances publiques ; la sortie de l’UE et le développement de relations réciproquement avantageuses avec tous les pays du monde.

Au cours de ces six années, le peuple grec s’est levé beaucoup de fois pour revendiquer son indépendance. Trois fois en particulier il a été sur le point de l’emporter. Les deux premières, il a été frappé par une répression féroce, la troisième il a été trahi. Actuellement, il encaisse le coup de sa défaite. Il est abasourdi et abattu.

Mais j’ai confiance dans le peuple grec et dans sa classe ouvrière. Comme chaque fois dans son histoire, il trouvera la force de s’organiser et d’accomplir son devoir patriotique et internationaliste : il libèrera son pays du fascisme moderne qu’est la dictature du capital financier et des marchés –comme on l’appelle aujourd’hui.

A vous, mes amis militants qui appartenez au peuple allemand, je ne peux que vous demander de faire votre devoir patriotique et internationaliste. Comme le disait Marx : « La classe ouvrière anglaise ne sera jamais libre si l’Irlande ne se libère pas du joug anglais ». Remplacez « Angleterre » et « Irlande » par « Allemagne » et « Grèce », et vous aurez devant vous la signification pratique de la solidarité internationale.

Je vous remercie de votre attention

NdE

* »«La Grèce est à vendre, résume brièvement Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermes. Il y a certainement encore des choses à regarder pour les entreprises françaises.» Et les entreprises françaises sont prêtes à mettre la main dessus. Certains tronçons d’autouroute du pays font par exemple partie du long catalogue des privatisations à venir. À cet effet, Pierre Coppey, le directeur général délégué de Vinci accompagnera François Hollande. Les principaux fournisseurs d’électricité et de gaz sont également à vendre, tout comme une part du capital dtualitées services d’eau d’Athènes et de Thessalonique. Ils pourraient intéresser les entreprises hexagonales ; Philippe Delleur, le président d’Alstom, fera d’ailleurs partie de la délégation qui accompagne le Président en Grèce, tout comme Eric Ghebali, directeur développement international chez Suez. »
Le Figaro, 23/10/2015

Bonus: une petite BD datant de l’époque Samaras qui garde toute son actualité

 

Plan stratégique de valorisation (=liquidation) des revenus dormants de la DEI
La petite mais honnête DEI
Petite en apparence, grande pour la facture

Le président Samarao : que cent investissements s’épanouissent

1- Production et distribution du courant
Les investisseurs stratégiques de l’extérieur

2-Contractants régionaux
Les petits maquereaux revendeurs de l’intérieur

3-Entretien du réseau
Texte pancarte : programme d’apprentissage ODED
Le programme stratégique d’emploi à faible rémunération à destination des jeunes, des personnes âgées et des enfants

4-Paiement des factures
Le couillon habituel

Attention : les Tamilos* ne sont pas un bien commun, ils se font payer très cher 

*Michalis Tamilos, député-maire Nouvelle démocratie de Trikala, entré dans l’histoire en 2013 avec une phrase inoubliable : « On est pas un régime communiste, on va quand même s’occuper de procurer de la bouffe et une bicoque aux gens ».

Flora Papadede Φλώρα Παπαδέδε    Diplômée en sciences politiques, master d’économie. Membre du CA du syndicat de l’Entreprise Publique grecque d’Électricité GENOP-DEI. Vice-secrétaire de l’Association du personnel scientifique de la DEI.

Merci à Tlaxcala
Source: http://bit.ly/1OpRVgw
Date de parution de l’article original: 16/11/2015
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=16648