Mauricio Macri élu Président en Argentine. Par Costas Isychos

Mauricio Macri élu Président en Argentine
au deuxième tour avec 51,41% face à Hugo Scioli, qui a obtenu 48,54% des voix
Par Costas Isychos (@Costas_Isychos)*
Après 12 années d’hégémonie politiques des péronistes de gauche et de centre-gauche au sein du pouvoir, le candidat de la droite Mauricio Macri, à la tête du front de droite « Cambiemos » (« Changeons ») a promis pour l’essentiel le retour de l’Argentine sur « les marchés internationaux » et au sein de la « communauté occidentale unie par les valeurs démocratiques » ; à travers une campagne intense et prolongée, et une tempête médiatique qui a balayé le pays, il est parvenu à faire son entrée à la « Casa Rosada », en tant que nouveau président du pays.
Il a réussi à se concentrer sur la question –réelle- de l’insécurité des citoyens qui résulte de l’augmentation de la criminalité, en particulier dans la capitale. Il a pris pour cible, avec l’efficacité et l’avantage du soutien de la caste communicante, les -réels- points faibles du candidat de centre-gauche Scioli, qui s’est efforcé de faire la balance, sur un mode défensif, entre les mesures les plus radicales de Cristina Kirchner, c’est-à-dire les politiques sociales, les nationalisations, l’orientation géopolitique vers l’intégration politique de l’Amérique Latine, le tournant en direction des BRICS d’une part, et d’autre part son analyse confuse et ses propositions autour des questions qui touchent à la liberté de l’économie, au vaste trafic de drogue et à la forte corruption des entreprises dans les grands centres urbains. En même temps, en se déclarant au début « homme de la gauche non radicale » et partisan pragmatique de la liberté économique il s’est aliéné une fraction importante de la jeunesse et des forces progressistes radicales du pays. Après sa légère avance au premier tour des élections, il a tenté de radicaliser son discours sans succès notable.
L’ex-propriétaire de l’équipe de football la plus populaire d’Argentine, Boca juniors, l’ancien gouverneur de Buenos Aires, l’adepte d’une variante originale de berlusconisme, avec un ample marketing politique et une faible substance politique, le partisan rigide de la liberté économique et du marché, l’allié étroit de l’establishment politique nord-américain, nonobstant sa courte victoire, a réussi à séduire un nombre important d’électeurs des couches moyennes à Buenos Aires, et aussi dans d’autres grands centres urbains. Il a plutôt concentré ses critiques et ses coups sur les faiblesses et les confusions de son adversaire de centre-gauche. Il a gagné de justesse le duel télévisé en réussissant à valoriser la troisième formation de droite en importance, celle de Sergio Massa (21% au premier tour) un péroniste dissident sur des positions de droite.
Il est démontré une nouvelle fois dans l’histoire du pays que les classes moyennes, très nombreuses en Argentines, bien que paupérisées et prolétarisées, sous les coups mortels qu’ils avaient reçus à l’époque de pierre du FMI sont retombées dans les ornières du conservatisme. Peut-être la phrase historique de Ernesto Guevara « Si tu n’es pas péroniste à Vingt ans, tu n’as pas de cœur ; si à trente tu n’es pas communiste, c’est que tu n’as pas de cerveau. » illustre-t-elle, de la façon la plus actuelle, le comportement électoral des forces sociales petites bourgeoises, qui, en Argentine, ont défini dans une large mesure le destin du pays au moment de choix historiques cruciaux.
Les péronistes, par la force des choses, vont entrer dans une période prolongée de crise politique et d’interrogations sur les raisons de leur défaite – là-dessus suffisamment de contradictions avaient été relevées au temps de leur hégémonie. La gauche, quant à elle, reste en Argentine assez émiettée, et politiquement dispersée mais aussi extrêmement puissante dans le mouvement étudiant, chez les intellectuels, dans les nouveaux mouvements sociaux et dans le reste des mouvements traditionnels. Elle aura à redéfinir tactiques et stratégies susceptibles d’en faire un instrument puissant de résistance et d’élaboration de perspectives alternatives de transformation dans les conditions nouvelles où se trouve le pays.
Une chose est sure : les tentatives du nouveau gouvernement de droite de Macri de relancer de vastes privatisations dans l’énergie et dans une série d’entreprises publiques, son objectif de restreindre l’interventionnisme de l’état dans le système financier, de laisser en chute libre le taux de change peso-dollar, de mettre fin aux politiques de soutien massif aux classes pauvres, d’affaiblir sensiblement le puissant secteur de l’éducation dans le premier degré, le deuxième et le supérieur, de tordre le cou à la perspective d’une stratégie géopolitique et économique de collaboration avec les pays du Mercosur, l’Alba et les BRICS, entre autres, tout cela se heurtera à de puissantes réactions sociales et populaires d’une base sociale et politique démocratique, progressiste qui continue de compter, et à celles de la gauche qui a à son actif sur le plan des organisations de masse de grandes victoires historiques.
La première « mèche » sera peut-être la tentative de Macri d’amnistier les assassins et les tortionnaires encore libres de la junte de Videla, qui sont encore recherchés par centaines dans le pays et dans le monde entier, étant donnés que leurs dossiers sont toujours ouverts auprès de la justice. Macri, qui a déclaré dans sa campagne que « cette plaie de l’histoire devait être refermée » recherchera à coup sûr des solutions telles qu’elles provoqueront immédiatement une immense vague de réactions populaires. Les mères et grand mères de la Place de Mai, toujours pugnaces, ont dit qu’elles seraient les premières à sortir dans les rues et sur les places. La mémoire historique, vivante comme jamais dans la patrie du Che, ne tolèrera pas facilement une amnistie pour les bandes fascistes encore libres, ni non plus une libération pour des raisons « humanitaires » d’assassins et de tortionnaires condamnés pour leurs responsabilités dans la période la plus sombre de l’histoire contemporaine du pays.
Laïki Enotita, inspiré par l’internationalisme ouvrier et antiimpérialiste et par la solidarité entre les peuples combattants se retrouvera au côté de toutes les forces qui affronteront la barbarie de la mondialisation capitaliste, dans toutes les parties du monde. Les victoires des peuples seront aussi nos victoires. Notre combat victorieux, obstiné et méthodique pour une Grèce indépendante et démocratique, avec le socialisme pour horizon, débarrassée de la tutelle des mémorandums et des créanciers, hors de toute domination impérialiste sera aussi une victoire pour nos camarades d’Amérique Latine.
Lundi 23 novembre 2015

Traduction :Jean Marie Reveillon

*Costas Isychos (@Costas_Isychos)

Ancien députe – ministre adjoint de la défense sous la 1er gouvt Tsipras .

Porte parole d’Unité Populaire depuis sa fondation en septembre 2015