COMMUNIQUE DES CONCLUSIONS DU COLLOQUE PANHELLENIQUE D’UNITE POPULAIRE

Le Colloque Panhéllenique d’Unité Populaire considère que le cadre et l’orientation inscrits dans les textes de propositions ainsi que dans la déclaration programmatique  définissent  les contours de l’action d’Unité Populaire pendant le temps à venir et jusqu’à sa première Conférence Panhéllenique « fondatrice », en début de l’année prochaine.

 

Plus spécifiquement, le Colloque Panhéllenique établit les constats suivants qui concernent la conjoncture et nos devoirs :

 

  1. U.P. souligne que la mise en route concrète de l’application du 3ème mémorandum par le gouvernement SYRIZA-Grecs Indépendants, avec le soutien dissimulé de Nouvelle Démocratie, PASOK, « Potami » et l’Union des Centristes et – surtout –  avec le soutien manifeste des créanciers et des euro-leaders, configure de manière décisive les termes de la conjoncture et instaure un climat nettement différent de celui des élections du 20/09/15.

 

Les premières dures mesures mémorandaires démontrent de manière tangible et concrète la réalité de la politique de SYRIZA-Grecs Indépendants. Elles mettent fin à la démagogie au sujet des mesures « d’équivalence » à notoriété ambiguë ; elles mettent fin aussi aux illusions d’une possible politique mémorandaire « à visage humain ». Elles démontrent que pendant la période à venir le peuple devra affronter une offensive exprimée par des mesures antipopulaires néolibérales. Au même moment la crise économique s’approfondit et il n’existe pas d’issue facile du cercle vicieux dette – récession – chômage.

C’est justement pour ces raisons que le gouvernement de Tsipras-Kamenos se trouve confrontée avec la première vague de résistance sociale à sa politique. La grève générale réussie du 12 novembre a démontré l’arrivée à terme de la « période de grâce » avant que le gouvernement n’ait clôturé 50 jours au pouvoir, alors que les mobilisations des lycéens et l’importante mobilisation des agriculteurs prouvent qu’il existe les conditions pour un large front social de résistance, capable de commencer par bloquer des mesures concrètes et d’établir par la suite les conditions pour que soit renversée la politique mémorandaire dans son ensemble. Celui-ci est le champ le plus propice pour travailler et même pour construire et renforcer Unité Populaire.

Les dernières évolutions font paraître tout autre chose que la « robustesse » alléguée du gouvernement. Les conflits internes (illustrés notamment par le déploiement de la « saga Panoussis »1 et les révélations au sujet d’écoutes organisées par le Service des Renseignements, la démission de Sakellaridis2, les radiations de Panagoulis3 et de Nikolopoulos4) vont s’intensifier, au fur et à mesure que le gouvernement appliquera des mesure très antipopulaires, alors que ces problèmes seront encore alimentés par les efforts du gouvernement de procéder à des modifications de la carte de distribution d’influence des médias d’information, et de manière plus générale des entreprises privées, en se servant comme levier de la recapitalisation des banques. Les problèmes de cohésion du groupe parlementaire et du parti même de SYRIZA vont s’intensifier.

On peut prévoir que probablement, dans l’ensemble, l’intensification de la crise sociale et politique, l’impact de l’application des mesures, mais aussi bien le déploiement de mobilisations de résistance, et le dévoilement du caractère démagogique des engagements pré-électoraux de SYRIZA, vont accélérer l’évolution des choses pendant la période à venir.

Unité Populaire met l’ensemble de ses forces en état d’alerte pour initier et accompagner les mouvements sociaux et programmera ses actions dans le but de prendre place en première ligne de la lutte et de la résistance sociale pour que faire revenir la confiance du peuple à la force du combat collectif, en première ligne aussi de l’effort pour que Gauche soit de nouveau synonyme de Résistance, d’abolition de mémoranda, de changement radical et de transformation sociale.

 

  1. Nous estimons que notre programme d’action doit avoir les priorités suivantes :

 

  1. a) Le front de défense de l’habitation populaire, de mise en échec des saisies au bénéfice des banquiers et des créanciers, de lutte contre la razzia fiscale, contre les taxes iniques et les coupures d’eau et d’électricité pour les foyers.
  2. b) Le front des Assurances Sociales et de la Santé, de mise en échec de la contre-réforme néolibérale culminante qui menace de dislocation radicale tous les acquis en matière de retraite et de soins de Santé.
  3. c) La lutte pour éviter l’anéantissement de la paysannerie, des petits et moyens éleveurs, des apiculteurs et des pêcheurs.
  4. d) Le combat de la jeunesse contre « la boite à outils pour l’Education » de l’OCDE, les coupes de dépenses, le chômage et la précarité.
  5. e) La mise en échec des privatisations, avec en question de pointe les réseaux et les infrastructures, l’énergie, les banques, la lutte pour la destitution du TAIPED (Fonds des Privatisations), la défense du patrimoine public et de l’environnement.

 

De surcroît, Unité Populaire va procéder à des initiatives politiques et des actions de mobilisation des mouvements sociaux pour porter au devant de la scène le scandale majeur de la nouvelle recapitalisation des banques pour attribuer les responsabilités politiques et pénales qui s’y rattachent. Il est indicatif que les investisseurs étrangers ont pris le contrôle de toutes les banques systémiques du pays en apportant 5 milliards d’euros seulement. D’ores et déjà l’Etat grec détient seulement une petite minorité d’actions, alors que les gouvernements successifs de Samaras et Tsipras ont fait porter au peuple grec une dette de 50 milliards d’euros, consécutive à deux recapitalisations successsives.

Parallèlement, le gouvernement Tsipras-Kamenos a éliminé environ 300.000 petits actionnaires qui ont perdu tout l’argent avec lequel ils avaient acheté des actions de banques.

  1. Unité Populaire va contribuer avec toutes ses forces dans les batailles.

1)      En soutenant des initiatives pour la coordination combative des syndicats et des forces antimémorandaires orientées par la lutte des classes au sein du mouvement ouvrier, en rupture avec les logiques du syndicalisme patronal, mémorandaire, gouvernemental, dans la perspective fondamentale de montée en puissance des luttes et de mobilisation de toute la classe ouvrière.

2)      En contribuant à la coordination des forces combatives de la jeunesse.

3)      En soutenant la coordination des mouvements contre les saisies et ceux de désobéissance populaire aux politiques de réduction à la misère.

4)      En travaillant systématiquement dans les quartiers dans la perspective d’institution d’assemblées populaires antimémorandaires et de comités censés agir pour le rassemblement dans la lutte de larges couches populaires.

5)       En faisant monter en puissance la lutte antiraciste et antifasciste et en travaillant systématiquement pour la solidarité aux réfugiés, en parallèle avec la lutte contre l’impérialisme. Aujourd’hui la formation d’un mouvement pacifiste contre l’impérialisme est un besoin impératif. Nous devons militer pour qu’il n’y ait aucune participation grecque à des opérations guerrières contre un autre pays.

6)      En portant sur la place publique la question des droits démocratiques et des libertés qui sont aujourd’hui, au niveau de toute l’Europe, la cible du durcissement actuel antiterroriste, dont les attaques à Paris sont le prétexte.

 

Simultanément, Unité Populaire se pose comme objectif immédiat l’élaboration et l’approfondissement du programme de transition pour briser la logique qu’il n’existe pas d’issue, en ouvrant le débat aussi bien dans la Gauche que dans le monde des luttes.

Mais en même temps, Unité Populaire assume sa part de responsabilité dans l’affaire de la Gauche, ayant pour objectif sa reconstruction et refondation. Nous prendrons des initiatives pour que s’approfondisse le dialogue des forces de gauche, radicales et antimémorandaires, des forces qui conçoivent l’importance d’un programme de transition pour l’affranchissement des mémoranda et du cauchemar de la dette et pour la rupture avec l’eurozone.

Notre objectif est la constitution d’un champ commun, d’un « forum » de dialogue et d’initiatives communes.

Unité Populaire met en route le processus vers sa 1ère Conférence Panhéllenique.

Lors de ce parcours, le premier devoir est la constitution des Comités Politiques d’U.P. partout ! Nous ne concevons pas les Comités Politiques comme des systèmes clos et autoréférentiels. Nous demandons la coopération, la coordination dans l’action et dans le débat avec les forces antimémorandaires et les forces de la Gauche radicale. Nous demandons des C.P. qu’ils deviennent des centres de prise d’inititatives dans l’espace ou le secteur de leur compétence. Nous encouragerons la coopération, le débat et coordination entre C.P. au niveau des municipalités, des secteurs sociaux et des régions avec comme objectif qu’Unité Populaire puisse soutenir des initiatives régionales et sectorielles les plus larges possibles, mais aussi qu’U.P. soit confirmée comme centre du débat et des processus de convergence de larges forces du mouvement social et de la Gauche.

 

Nous constituons le Comité des Positions et du Programme, le Comité qui proposera le règlement de fonctionnement d’U.P. mais aussi le Comité d’Organisation de la 1ère Conférence Panhéllenique, en ayant pour objectif d’alimenter en temps utile le nécessaire débat avec des idées, des propositions, des matériels etc., condition nécessaire pour une organisation authentiquement démocratique du débat.

 

Pour conclure, le 1er Colloque Panhéllenique appelle le Conseil Politique à jouer le rôle qui lui est attribué, dans le cadre des directions citées ci-dessus, pour la coordination de l’action pendant le temps de transition vers la 1ère Conférence Panhéllenique.

 

 

Notes du traducteur :

 

1 Affaire Panoussis : conflit qui oppose l’ancien ministre adjoint à la Justice sous les premier et deuxième gouvernements SYRIZA, Yannis Panoussis, partisan d’une répression dure des actions militantes dynamiques (occupations, flash mobs) à une partie des cadres du parti, notamment de la Jeunesse. Les méthodes de répression de Panoussis, issu du PASOK, puis de DIMAR, et son discours sécuritaire ont toujours été décriées, non seulement par les mouvements sociaux mais aussi par une grande partie de SYRIZA qui ont demandé avec insistance sa démission. Panoussis allègue, entre autres, qu’une partie des cadres de SYRIZA entretient des rapports avec des terroristes, en arguant du fait que d’anciens militants de mouvements sociaux s’étaient présentés (il y a près de 20 ans) comme témoins à décharge de certaines personnes incriminés d’actes de violence politique. Sur ce point Panoussis rejoint les discours de la droite et de l’extrême droite qui, elles, depuis se sont fait beaucoup plus discrètes sur ces questions. Dernier rebondissement de l’affaire, les fuites organisées par Panoussis vers les médias télévisés d’enregistrements supposés d’écoutes du Service des Renseignements où il serait question de menaces contre la vie de Panoussis, dans lesquelles Panoussis essaie d’impliquer des cadres actuellement en fonction de SYRIZA. Le Ministère actuel de l’Ordre Public a réagi en portant plainte contre Panoussis, mais celui-ci, tout en continuant de vilipender, se déclare proche d’Alexis Tsipras. Panoussis n’est plus Ministre dans le gouvernement actuel de SYRIZA-Gr.Indép.

 

2 Gabriel Sakellaridis : ancien porte-parole du premier gouvernement SYRIZA, ancien candidat SYRIZA à la Mairie d’Athènes (ayant récolté 49% des voix), économiste et cadre historique de SYRIZA. Sakellaridis a voté au Parlement pour le 3ème mémorandum et, de se fait, a été présenté comme candidat de SYRIZA, et élu, aux dernières élections législatives. Sakellaridis s’est abstenu lors du vote qui a eu lieu le vendredi 13/11 au Parlement sur la levée de l’immunité contre la saisie de la résidence principale des ménages surendettés. Il a été pour cela sommé, par lettre d’Alexis Tsipras, de démissionner de son siège de député et il a obtempéré, malgré le fait qu’il n’en avait pas l’obligation.

 

3 Stathis Panagoulis : militant démocrate de très longue date, issu d’une famille de démocrates durement éprouvée pendant la dictature des colonels, frère d’Alexandros Panagoulis qui a attenté contre la vie du dictateur Papadopoulos. Alexandros Panagoulis a été emprisonné en isolement pendant des années et torturé. Stathis Panagoulis a été élu pour la première fois en 1977 avec le PASOK qu’il a quitté 1 an après l’accès du PASOK au pouvoir (1982), pour former son propre groupe (ESPE – Formation Socialiste Unifiée) qui a coopéré un temps avec KKE, il a ensuite rejoint SYNASPISMOS, puis la formation du « jeune » Samaras (POLAN – Printemps Politique), pour finalement rejoindre SYRIZA en 2012. Lors du vote du 13/11/15 il a voté contre la saisie de la résidence principale des ménages surendettés. Contrairement à Sakellaridis il n’a pas démissionné de son siège parlementaire mais il a été radié du groupe parlementaire de SYRIZA qui perd ainsi un siège.

 

4 Nikos Nikolopoulos : Homme politique de droite, ancien porte-parole du groupe parlementaire de Nouvelle Démocratie, ancien ministre adjoint au Travail sous le gouvernement ND-PASOK-DIMAR en 2012. En désaccord avec l’absence de négociation du mémorandum, il s’est distancié de la politique du gouvernement mémorandaire tripartite de 2012, pour être finalement radié de ND. Il a fondé en 2013 le « Parti Démocrate Chrétien » dont il est le Secrétaire Général et il a rallié le groupe parlementaire des Grecs Indépendants (ANELL). Il a participé à une commission d’enquête parlementaire sur la corruption. Il a été élu avec ANELL en janvier 2015 et septembre 2015. Lors du vote du 13/11/15 il a voté contre la saisie de la résidence principale des ménages surendettés. Il a été radié du parti ANELL. La coalition gouvernementale perd ainsi un deuxième siège.

Source: http://laiki-enotita.gr/index.php?option=com_k2&view=item&id=704:anakoinosi-symperasmaton-tis-panelladikis-syskepsis-tis-laikis-enotitas-21-22-11-2015

 

Traduction : e-Man