ONU: QUAND LA GRECE « REGARDE AILLEURS » …

La « gauche utile » s’abstient lors d’un vote de condamnation du nazisme à l’Assemblée générale des Nations Unies
De Grigoris Traganidas
To Périodiko, 22/11/2015

Le gouvernement « de gauche » de notre pays a encore frappé…
Après l’offre « humanitaire » de prise en charge des blessés des milices ukrainiennes fascistes, qui mettent le Donbass à feu et à sang, dans des hôpitaux publics grecs ;
Après les boniments de Nikos Kotzias, de concert avec les autres ministres des Affaires étrangères, en mai dernier, lors du sommet des rapaces de l’OTAN à Antalya ;

La Grèce vient de s’abstenir lors du vote de la motion présentée par la Russie à l’Assemblée générale de l’ONU sous le titre « Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée. »
Ce qui pouvait rester d’honneur – si tant est qu’il en reste- au « cirque » qu’est devenu l’ONU a été sauvé par 126 pays qui ont soutenu l’initiative russe, tandis que 4 pays ont voté contre et que 53 autres dont la Grèce se sont abstenus.ψηφισμα
Les 4 pays qui apparemment ne voient aucune raison de voter contre le nazisme sont les Etats-Unis, l’Ukraine, le Canada et les Palaos, un archipel du Pacifique protectorat des Etats-Unis.
Il ne suffit pas au régime de Kiev, ouvertement appuyé politiquement, économiquement, militairement par les Etats-Unis, l’Union européenne et l’OTAN, de massacrer le peuple du Donbass de concert avec les milices armées néonazies ; au printemps dernier il a reconnu officiellement les fascistes ukrainiens et les organisations nationalistes qui ont collaboré avec les nazis en Ukraine occupée, se livrant à des massacres monstrueux à l’intérieur du pays mais aussi en Pologne.sektor-1050x700
Kiev a reconnu les chefs et les membres de ces organisations, ce qui signifie qu’ils seront enseignés dans les écoles au titre de « héros », tandis que ceux qui ont survécu bénéficieront de privilèges. Parallèlement, ont été interdits les symboles communistes et soviétiques, notamment les monuments célébrant la Victoire antifasciste. Cela équivaut pratiquement à interdire le Parti communiste et les commémorations de la Victoire antifasciste.
Notons aussi que le premier ministre des Affaires étrangères qui s’est précipité à Kiev en mars 2014, après le coup d’Etat sanglant de Maïdan, pour soutenir le « gouvernement » ukrainien, fut celui qui était alors vice-président du gouvernement Samaras, Evanguélos Vénizélos. Et il représentait l’Union européenne, la Grèce disposant alors de la présidence tournante de l’UE pour 6 mois. SYRIZA était alors monté au créneau et avait proclamé : « La légalisation d’un tel gouvernement par la partie grecque recèle d’incalculables dangers, pour la démocratie et les droits de l’homme ». Plus tard, bien sûr, nous les avons accueillis dans nos hôpitaux…
Parmi les 53 pays qui se sont abstenus il y a les 28 membres de l’Union européenne, dont la Grèce mais aussi la France, ainsi que 10 autres pays européens non membres de l’UE : la Bosnie, le Lichtenstein, Monaco, le Monténégro, la Moldavie, San Marino, la Suisse, la FYROM, la Turquie et l’Islande.
La motion exprime la préoccupation de l’ONU face à l’extension du néonazisme et du racisme, et aux « tentatives répétées de profanation et de démolition des monuments érigés à la mémoire de celles et de ceux qui ont combattu le nazisme au cours de la Seconde guerre mondiale ». Elle relève aussi la participation de partis à caractère raciste ou xénophobe aux Parlements nationaux et aux Assemblées locales.
La motion appelle les pays à prendre des mesures pour « lutter contre toute manifestation organisée à la gloire de l’organisation SS et de ses composantes, dont les Waffen-SS ». Plus précisément, elle souligne son inquiétude devant « l’édification de monuments et d’ouvrages commémoratifs et l’organisation de manifestations publiques à la gloire du passé nazi, du mouvement nazi et du néonazisme ». Est rappelée également la nécessité de la ratification universelle et de la mise en application résolue de la Convention internationale sur l’éradication de toutes les formes de discrimination raciale.
Comme l’a souligné l’ambassadeur suppléant de la Russie à l’ONU, Zagainov, cette discussion autour de la motion se déroule 70 ans après la constitution du Tribunal de Nuremberg, décidée par les Etats membres de la coalition antihitlérienne. Ce Tribunal avait ainsi consacré, y compris sur le plan juridique, la victoire sur le nazisme « une fois pour toutes », « en donnant une réponse définitive à la question de savoir qui a représenté les forces du bien et qui a représenté les forces du mal lors de la Seconde guerre mondiale ». Zagainov a ajouté qu’aujourd’hui « Nous nous heurtons à une tentative incessante de négation de notre histoire commune ».
Le représentant des Etats-Unis, exprimant aussi de fait les pays qui se sont ralliés directement ou indirectement à sa position, a expliqué son refus en disant qu’il « condamne » la glorification du nazisme et toutes les formes de racisme… mais que la proposition russe a le défaut de ne pas mentionner le génocide du Rwanda, les massacres du Cambodge et la guerre en Syrie ! Soyons sûrs que si tout cela était inclus, il aurait voté la motion !
Mais l’essentiel se trouve dans ce qu’il a ajouté : les Etats-Unis « s’inquiètent » de ce que la Russie pourrait utiliser cette motion comme instrument de sa politique extérieure en direction des pays situés à ses frontières, l’Ukraine bien sûr mais aussi les pays baltes et la Pologne. Rappelons-nous que la « décommunisation » des pays baltes et la reconnaissance des collaborateurs locaux des nazis comme « vétérans » de la « lutte de libération » par rapport au « conquérant » soviétique ont précédé la « pa rty » fasciste en Ukraine, tandis que des lois similaires existent en Pologne et en Tchéquie. Tous ces pays constituent le « territoire » de l’OTAN et sont membres de l’UE qui visiblement ne s’inquiète pas du fait que les nazis paradent librement dans les pays qui la composent. De toute façon l’Union européenne elle-même a institutionnalisé l’ « équivalence » du fascisme et du communisme.
Le Premier ministre avait eu l’audace de déposer une couronne au monument des 200 communistes exécutés par les nazis à Kaissariani – au moment où il préparait déjà la dernière phase de son offensive contre ce qui restait de droits pour les travailleurs. En n’osant pas voter cette proposition symbolique, le gouvernement grec a donné les preuves de sa soumission totale, avec un crescendo dans le cynisme et l’amoralisme. Il s’agissait pourtant d’une motion « inodore », puisque sans référence aux liens inextricables entre capitalisme et fascisme, comme d’ailleurs on pouvait s’y attendre de la part d’une Russie dorénavant bourgeoise.
Ce geste montre une fois encore la démission de la social-démocratie face à la renaissance du fascisme. Il n’y a pas d’offensive du capital contre les travailleurs, est-il encore besoin de le préciser, qui ne s’accompagne, sur le plan politique, d’une répression sauvage, d’un renforcement de l’emprise idéologique, de la déformation de l’histoire : il s’agit pour la bourgeoisie, par ce moyen, de réussir à contenir l’insurrection qui la menace.
SYRIZA est exactement cette « gauche utile » dont parlait le patron de la FIAT, Gianni Agnelli : « Il y a un genre de gauche qui est plus utile que la droite. Il s’agit d’une gauche qui peut faire tout ce que ne pourrait jamais faire la droite. »

traduction Joelle Fontaine

Source :NEW YORK : QUAND LA GRECE « REGARDE AILLEURS » …
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