La gauche française dans l’impasse. Quelques réflexions .Par Vangelis Goulas

Luttons contre le « néo-libéralisme de gauche »,Rétablissons nos valeurs, celles de la vraie gauche.

Reconstruire la gauche, disent certains. Tout à fait d’accord, mais comment ?

Avec un Front de Gauche à 4,5%, alors que certains devant ce naufrage continuent à tenir le même discours, avec les mêmes petits calculs électoralistes, il faut tirer les conclusions et reconnaître ses erreurs.

Marine Le Pen mène le jeu toute seul, sans opposant, pendant que tout le système politique qui a échoué à apporter des réponses et défendre les intérêts du peuple s’unit pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.

Elle a déjà imposé et gagné la bataille des idées avec l’aide de ces mêmes partis. Avec cette « gauche » néolibérale, avec ceux qui se disent « de gauche » mais votent et appliquent des politiques Thatchériennes en matière économique et des politiques d’extrême droite qui consistent, au nom de la « sécurité » à annuler « la première des libertés » à réprimer les manifestants et les mouvements sociaux, à qualifier des salariés menacés de licenciements massifs de « voyous », à ouvrir en grand les chemins au FN. Et d’ailleurs, Marine Le Pen a applaudi à l’instauration durable d’un état d’urgence.

Les appels à faire un barrage « républicain » face au FN donnent en moyenne et à long terme des résultats au profit du FN.

Marine le Pen joue en terrain conquis quand elle accuse des cumulards ministres et candidats de faire l’une union sacrée contre elle.

L’oligarchie économique a décidé de soutenir Le Pen pour les présidentielles, les déclarations du président du Medef nous montrent bien leurs intentions. « Plus tôt Hitler que le Front populaire ». Sauf qu’aujourd’hui le « front populaire » n’existe pas, il faudrait le créer et surtout pas sur la base d’alliances électoralistes et carriéristes avec les Solferiniens, qui portent une grande part de responsabilité à cause de leur politique en faveur du grand patronat.

Bien sûr, à supposer que Le Pen soit proche du pouvoir, elle fera un virage à 180 degrés sur ses déclarations en faveur de la classe ouvrière et ne sortira jamais de l’euro. Tout simplement, parce que l’euro est un mécanisme de domination pour entretenir le cercle vicieux, (que d’ailleurs elle ne conteste jamais) dette- austérité -récession, sacrifices pour les mêmes, perte de pouvoir d’achat pour les salariés, profits toujours plus élevés pour le grand patronat.

La gauche française devra redéfinir son attitude à l’égard de la zone euro, de l’UE et de ses organes supranationaux antidémocratiques. Car dès l’accord de Maastricht, la procédure de constitution de l’UE a servi la cause néolibérale, renforcé les vues impérialistes des grandes puissances et nui à la souveraineté populaire. Avons-nous oublié comment la BCE et la Commission ont étranglé le peuple grec l’été dernier ? Avons-nous oublié le détournement de la volonté du peuple exprimé en France avec le référendum de 2005 comme en Grèce avec le référendum de 2015 ? Avons-nous oublié que le peuple souffre à cause de ces dictats de l’oligarchie financière et de la BCE ?

La gauche française ne doit pas laisser l’extrême droite récupérer la colère du peuple et sa volonté de résistance. Elle doit proposer un objectif global de revendication de l’exercice du pouvoir politique par une large alliance populaire ; avec un programme de sortie immédiate de l’impasse, mis en œuvre par un gouvernement qui s’appuiera sur la force du peuple organisé dans ses institutions propres, celles d’un autre système, d’une autre République, qui s’appuiera sur les valeurs fondatrices du mouvement ouvrier, sur le mouvement de la jeunesse, les mouvements locaux et environnementaux, les mouvements solidaires, les formes d’autogestion populaire ; qui gouvernera avec le peuple et non pas seulement pour le peuple, afin de modifier les rapports de force sociaux et de faire émerger la possibilité concrète d’une nouvelle voie pour la société française.

L’Union européenne et l’euro-zone signifient l’institutionnalisation des politiques néolibérales, des memoranda, de la pauvreté et la « sanctification » de l’austérité pour la classe ouvrière. Dans ce tournant décisif pour le mouvement, les luttes de classe et les revendications sociales, il est crucial que nous tirions les justes conclusions de la défaite.

Je serais aux côtés de ceux qui luttent contre les lois liberticides, contre la répression et l’instauration d’un état d’exception permanent, contre l’austérité, contre les lois anti-ouvrières comme la loi Macron, contre les dictats de Bruxelles.

Avec tous ceux qui sont victimes des politiques imposées par les vautours néolibéraux de Bruxelles et par leurs serviteurs, construisons tous ensemble la contre-attaque, libérés du carcan néolibéral, libres et souverains.

Tribune : Vangelis Goulas