Frontières grecques: La presse bafouée , les réfugies évacués

Une opération des MAT d’une barbarie sans précédent aux frontières entre la Grèce et l’ARYM* à  Idomeni
Les photos datent des opérations précédents de la police grecque.

mat_eidomeni
Mardi 9/12/2015

source :iskra.gr

Le syndicat des journalistes de Macédoine et de Thrace, celui d’Athènes et les reporters photographes dénoncent la barbarie.
L’intervention policière sauvage et barbare qui a commencé à Idomeni mardi dans les premières heures de la matinée a duré plus de dix (!) heures, avec passages à tabac et déchaînement d’une violence cruelle à l’encontre des migrants et des réfugiés, et s’est achevée au cours de l’après-midi.
Cette odieuse intervention policière s’est déroulée dans le secret le plus complet, et après avoir éloigné de l’endroit les télévisions et les studios, les journalistes et les reporters photographes à une distance d’environ 5 km ! Au cours de l’opération de police ont été convoqués pour comparution deux journalistes et deux reporters photographes qui se trouvaient à une courte distance et dont on a dit plus tard qu’ils avaient été laissés libres.
Des témoins directs, qui ont trouvé un moyen de contourner le barrage policier, ont parlé d’une violence inouïe exercée à l’encontre de migrants terrorisée, qui, complètement isolés et sans défense, ont eu le sentiment de vivre une situation de guerre et d’animosité sans précédent à leur égard.
Les mêmes témoins directs ont affirmé que c’était par cynisme et provocation que l’intervention policière avait été baptisée « gant de velours », alors qu’on aurait dû l’appeler « masse d’arme ».
Selon certaines informations, au cours de l’intervention, des dizaines de comparutions de réfugiés ont été signalées, et après avoir été roué de coup par les MAT [les CRS grec NdT], un migrant iranien a été transporté dans une ambulance de l’EKAV [le SAMU grec NdT] d’Idomeni au centre de soins de Polykastro –et non comme il avait été dit au début à l’hôpital de Kilkis.
Comme l’a rapporté à l’Agence d’information APE-MPE la directrice de l’EKAV à Salonique Chryssi Matskoudi le blessé porte des blessures au couteau sur les membres inférieurs et supérieurs et son état, selon les premières estimations, n’inspire pas d’inquiétude.
L’Union des Rédacteurs de Journaux d’Information de Macédoine et de Thrace dénonce une tentative de bâillonnement de la presse
La ESIEMTh [Association regroupant les rédactions des journaux de la région NdT] dénonce « une tentative manifeste de limitation de la liberté de la presse », faisant référence aux comparutions de journalistes à l’initiative de la police à Idomeni avant que ne commence l’action d’éloignement des migrants de la région.
Dans le communiqué de l’Union des Rédacteurs de Journaux d’Information de Macédoine et de Thrace, on souligne le fait que « sous le prétexte d’une vérification d’identité, des policiers ont fait comparaître des journalistes et des reporters photographes qui se trouvaient à Idomeni, dans le but évident d’écarter tout témoignage journalistique sur les opérations de police qui ont suivi dans la région »
L’intégralité du communiqué de l’ESIEMTh
La police grecque s’est livrée ce matin à une entreprise de bâillonnement de la presse avant que ne commence l’opération d’éloignement des migrants de la région.
Sous le prétexte d’une vérification d’identité, des policiers ont fait comparaître des journalistes et des reporters photographes qui se trouvaient à Idomeni, dans le but évident d’écarter tout témoignage journalistique sur les opérations de police qui ont suivi dans la région
Les policiers n’ont pas jugé que la revendication par les journalistes –membres de l’ESIEMTh- de leur qualité de journaliste et la présentation de leur carte d’identité constituaient une raison suffisante pour mettre fin à la comparution de nos confrères.
Le conseil d’administration du ESIEM-Th considère que de telles actions constituent une tentative manifeste d’entraver la liberté de la presse. La protection du citoyen, qui est la mission de la police, suppose la libre circulation de l’information et l’exercice sans entrave du métier de journaliste. Leur limitation ne protège que les intérêts sociaux contestables de ceux qui l’instaurent.
L’ESIEA dénonce
Le conseil d’administration de l’ESIEA [Syndicat des journalistes d’Athènes, NdT] dénonce les comparutions de journalistes et de photographes reporters à l’initiative des forces de police à Idomeni. L’ESIEA, selon ce communiqué, soutient en toutes circonstances le libre exercice du métier de journaliste, il considère que de telles actions constituent une tentative de limitation du droit garanti par la constitution à une presse libre.
Communiqué de l’Union des Photographes reporters
Dans un communiqué, l’Union des Photographes reporters relève de façon caustique le fait que la police a refusé la présence de témoins pour « son action philanthropique ». Dans la suite du communiqué l’EFE souligne
« Elle applaudit à ce débordement de délicatesse policière et prie la direction de l’EL.AS [Police grecques NdT] de l’informer dorénavant de toute action philanthropique similaire, de façon que les reporter photographes se présentent d’eux-mêmes dans un quelconque poste de police pour y boire sagement leur café jusqu’à l’aboutissement de chaque action philanthropique de la police.
Le communiqué se termine par une condamnation de la violation du droit garanti par la constitution à une presse libre et du droit des citoyens à l’information.
L’éloignement des journalistes du campement des réfugiés à Idomeni a eu lieu pour des raisons de sécurité, et non dans l’intention de cacher les événements, a déclaré le secrétaire d’état à la protection du citoyen, Nikos Toskas sur la chaîne ERT
M. Toskas, répondant à des accusations sur le sujet de l’Union des Journalistes d’Information de Macédoine et de Thrace (ESIMTh) et de l’Union des Reporters photographes de Grèce (EFE) a remarqué que dans une opération de cette sorte les journalistes ne pouvaient pas être « dans les jambes » des policiers. Il a noté également que si une distance suffisante d’éloignement et d’isolement des journalistes- disons peut-être cent mètres- n’avait pas été respectée, c’était un tort. Il a ajouté que des initiatives erronées avaient pu être prises sur le plan de la communication, mais que cela ne faisait pas d’ombre au succès de l’opération et à son résultat final.
*ARYM est l’Ancienne République yougoslave de Macédoine .

Les autorités de ce pays ont  construit une clôture près de la ville de Guevgueliya (sud-ouest) à la frontière avec la Grèce afin de contrôler l’afflux des réfugiés.

Traduction Jean Marie Reveillon