Le F.M.I , le M.E.S et les mensonges de Tsipras. De N. Boyopoulos*

 

(publié le 11/12/15­09:15)

De Nikos Boyopoulos*Το ΔΝΤ, ο ESM και τα παραμύθια του Τσίπρα

Premièrement : En janvier 2013, Alexis Tsipras a eu une entrevue avec la direction du FMI aux USA à la suite de laquelle il a immédiatement déclaré :
«(…) le FMI comprend l’évidence, à savoir que le programme grec ne peut avoir d’issue favorable sans une courageuse « coupe » de la dette (…) On ne sollicite pas la compréhension de Berlin. Nous recherchons des alliés, mais la politique de l’Allemagne conduit à la destruction. Ici (aux USA), nous pouvons trouver des alliés pour éviter ces politiques destructrices ».
C’était le temps où SYRIZA et Tsipras « flirtaient » avec le FMI. C’était le temps où l’on présentait le FMI comme… « le meilleur ami de l’homme ». C’était le temps où entre Scylla (FMI) et Charybde (UE), on préférait le premier.
Mais réellement, personne ne savait que le FMI est fondamentalement mauvais ?…
Deuxièmement : Le 12 juillet 2015, lors de la célèbre séance qui dura… «17 heures », au cours de laquelle Tsipras a tout bradé, le premier ministre, s’enfonçant dans l’ornière du troisième mémorandum, a souscrit aux termes suivants :
«Les états membres de la zone euro qui demandent une assistance de crédit monétaire auprès du MES [Mécanisme de stabilité européen] ont l’obligation d’adresser également, comme cela est prévu, une demande analogue au FMI. C’est le nécessaire préalable à un accord de l’Eurogroupe concernant le nouveau programme du MES. Par conséquent, la Grèce va demander la poursuite du soutien du FMI (suivi et financement) à partir de mars 2016 ».
Les éléments ci-dessus, c’est-à-dire l’engagement pris par le gouvernement Tsipras de demander le maintien du FMI au-delà de mars 2016, sont devenus force de loi pour l’État grec.
La loi 4334 «Régulations urgentes en vue des négociations et de la conclusion d’un accord avec le Mécanisme européen de stabilité (MES)» (ΦΕΚ Α’ 80/16­07­2015) ratifiée en l’état par le Parlement grec contenait la décision du 12 juillet.
C’est là que Tsipras a entériné le maintien du FMI en Grèce.
Mais réellement, personne ne savait que le FMI est fondamentalement mauvais ?…

Troisièmement : Tsipras, à la veille du référendum, a envoyé une lettre restée célèbre à Dijsselbloem et au conseil d’administration du MES pour solliciter un nouveau prêt – en substance, un nouveau mémorandum – au nom de la Grèce.
Dans sa lettre, Tsipras soulignait que sa demande avait été présentée pour permettre à l’économie grecque de bénéficier d’un « soutien », sur les bases des dispositions de « l’accord passé avec le MES ».
Sauf que, quiconque a lu ne serait-ce… qu’à moitié l’accord du MES, sait pertinemment qu’il n’est pas seule une page de cet accord concret qui ne mentionne que ceux qui se jettent dans les bras du MES tombent aussitôt sous les griffes du FMI.
Pour preuve, le préambule aussi bien que les dispositions que comporte la présentation de l’accord du MES, stipulent que :

  • « Le MES coopérera étroitement avec le Fonds monétaire international (FMI) pour accorder l’aide économique. Dans tous les cas, la participation active du FMI est fortement souhaitée, tant sur un plan technique qu’économique. Il est prévu qu’un État membre de la zone euro qui fait la demande d’une aide économique auprès du MES présente une demande analogue auprès du FMI ». (Préambule, paragraphe 6).

 

  • Les relations entre le MES et le FMI sont telles que dès le préambule de l’accord, les États membres de l’UE « acceptent le FMI en tant que créancier établi et privilégié au regard du MES ». (Préambule, paragraphe 10).

 

  • L’article 13 de l’accord mentionne que l’examen de la demande d’intégration d’un pays au sein du MES « se fait en commun avec le FMI » (paragraphe 1, b).

 

  • Plus loin, on trouve encore que «si l’arrêt est prononcé, conformément au paragraphe 2, le conseil d’administration confie à la Commission européenne – en collaboration avec la BCE, et dans la mesure du possible, en commun avec le FMI – le soin de négocier avec le membre du MES concerné le Mémorandum d’entente (ME) détaillant les conditions liées à la facilitation de l’assistance financière ». (paragraphe 3).

 

  • C’est encore dans l’article 13 qu’il est spécifié que « La Commission européenne, en commun avec le FMI et en collaboration avec la BCE, lorsque cela s’avère possible, est compétente pour s’assurer de mise en conformité des termes de la politique économique liés à l’aide économique …» (paragraphe 7).

 

  • L’article 33 souligne avec emphase : « Le MES, dans le prolongement de ses projets, est en droit de collaborer, selon les termes du présent accord, avec le FMI…».

C’est tout cela qu’a demandé Tsipras. C’est tout cela qu’a signé Tsipras. C’est tout cela qu’a voté Tsipras.

Et tout cela signifie un maintien permanent du FMI en Grèce.

Question :
Quand la demande a été faite, quand il a signé et quand il a voté, Tsipras ne savait-il pas que le FMI est fondamentalement mauvais ?…
Quand, après 7 mois à la tête du pays Tsipras rassemblait par voie d’ordonnance tous les fonds de réserve provenant des caisses de l’impôt d’État pour effectuer des versements disproportionnés au FMI, ne savait-il pas que le FMI est fondamentalement mauvais ?…
Quand Tsipras, avant de devenir premier ministre, et après, présentait le FMI comme le « sauveur » de la Grèce en matière de dette, quand chaque jour les trafiquants de la « Gauche première mouture » faisaient la propagande du « bon » FMI contre le mauvais Schäuble, tandis qu’on poussait le peuple, pris en étau entre le FMI-Scylla et l’UE-Charybde, à remettre ses espoirs entre les mains de la … « néréide » du FMI, personne ne savait le FMI est fondamentalement mauvais ?…
Une dernière chose : En admettant que le FMI, pour des raisons internes et du fait des oppositions à l’impérialisme union-européiste, quitte la Grèce, notre pays, notre peuple, ligoté sur le char des mémorandums par Junker, la Commission et l’oligarchie financière, s’en porterait-il mieux ? C’est ce que Tsipras, « l’homme de gauche », ose prétendre ?
Conclusion :
Chaque fois que de nouvelles mesures, dures et antipopulaires, sont à nos portes, le gouvernement ressort le mensonge des … « difficiles négociations ».
Chaque fois qu’il brade tout, il invoque la « résistance » pour couvrir sa tentative d’endormir le peuple à coups de leurres et d’illusions.
Chaque fois qu’il décrédibilise le terme de « Gauche », qu’il porte le masque et se rengorge, il joue le rôle du protecteur des intérêts du peuple pour gagner du temps et servir ensuite comme « fait accompli » et résultat d’une « difficile négociation », quoi donc ? La compensation des intérêts bafoués du peuple.
Un tel mensonge, c’est la posture « anti-FMI » adoptée par Tsipras. Un mensonge de plus.

 

*Publié sur enikos.gr le vendredi 11 décembre 2015.

Traduction : Vanessa DE PIZZOL

Traductrice Italien-Grec-Français