COMMENT LES FONDS PUBLICS GRECS ONT ENREGISTRE DES PERTES DE PLUS DE 40 MILLIARDS ET COMMENT LES BANQUES SONT PASSEES AUX MAINS ETRANGERES POUR UNE BOUCHEE DE PAIN

Source: http://iskra.gr

Traducteurs : Sophia Wexler, e-Man, A.Mino

Publication originale le vendredi, 27 novembre 2015


Un scandale aussi énorme que celui de la soi-disant « recapitalisation » des banques systémiques grecques est sans précédent non seulement dans l’histoire grecque, mais également dans l’histoire internationale probablement.
Il n’existe pas de précédent à la perte par les Fonds Publics grecs, en une soirée, après de sombres machinations, de plus de 40 milliards d’euros placés dans ces banques par l’Etat, alors que par l’investissement d’environ 5 milliards seulement  par des Fonds étrangers  et l’apport de 6 milliards supplémentaires (!) par les Fonds Publics grecs, quatre banques systémiques sont déshelléniséeset passent aux mains de Fonds spéculatifs étrangers, souvent obscures et  non traçables.
Il n’y a pas non plus de précédent au sacrifice, légalement accompli, de milliers d’assurés sociaux, dont les Caisses d’Assurance ont perdu une fois de plus en une seule soirée 1 à 2 milliards d’euros, en raison de la dévaluation des actions des banques systémiques détenues  par ces Caisses.
Comme il n’y pas de précédent au pillage de milliers de petits actionnaires, qui ont vu leurs petits investissements se volatiliser.

 UN AMENDEMENT SCANDALEUX POUR SA PARTIALITE

Qui a planifié, ou à défaut de planifier, qui a permis et n’a pas empêché de réaliser cet énorme scandale répondant au nom euphémique de «recapitalisation»?

Qui a permis, n’a pas empêché et a toléré ces procédures douteuses par lesquelles 40 milliards de Fonds Publics – injectés lors des précédentes recapitalisations, scandaleuses elles-aussi puisque ces fonds ne peuvent plus être récupérés, même si les choses vont relativement bien, ni même dans deux siècles, alors que les six milliards supplémentaires que l’État a mis dans la recapitalisation actuelle sont en danger de disparition – ont définitivement été perdus ?
Qui a accepté, en se pliant aux exigences des investisseurs étrangers, que les  prix dans les carnets d’ordres (book building) soient d’ordre zéro ? Oui, écrit noir sur blanc : zéro1.
Qui a accepté que le pourcentage d’actionnariat du Fond Héllenique de Stabilité Financière2 (en substance pourcentage de l’Etat grec) aux 4 banques systémiques, chute de 56,3% en moyenne à 21% après la recapitalisation3?
Qui a toléré que soient sacrifiés de sang-froid les Caisses d’Assurance et les petits actionnaires?

L’entière responsabilité de tout cela repose sur les créanciers, à savoir la troïka monstruosica, l’UE, la BCE, le FMI, le MES et bien sûr la responsabilité première incombe au gouvernement, aux MM. Tsipras, Dragasakis, Tsakalotos, Stathakis, de concert avec Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque de Grèce. D’où le dîner des complices, organisé par Stournaras en l’honneur de Tsipras et Dragasakis, ses violents détracteurs d’hier, bien que pour le second ce ne fut peut-être pas tout à fait le cas.

L’AMENDEMENT DE LA HONTE

Le détail qui démontre de manière caractérisée la partialité des manipulations sombres ayant donné lieu à ce grand scandale, c’est la modification du paragraphe 5 de l’article 7 de la loi 4310/14, achevée en 20 jours, qui dans sa nouvelle version stipule que,  pour répondre aux besoins de la recapitalisation « Le prix de cession des actions est fixé par la procédure  du carnet d’ordres (book building) réalisée par chaque Etablissement. Le Fond de Stabilité (HFSF) peut accepter ce prix, par décision de son Conseil Général, à condition qu’il ait pris connaissance, par le biais d’un avis d’expert  établi par un conseiller financier indépendant mandaté, que la procédure  du carnet d’ordres est conforme aux meilleures pratiques internationales dans les circonstances données ».
Il ne s’était pas écoulé 20 jours que, par la loi grecque N4346/15, intitulée « dispositions urgentes pour l’application de l’Accord sur les Objectifs budgétaires et les Réformes Structurelles, et autres dispositions» (Numéro de Journal Officiel FEK 152 A / 20.11.2015) est introduite par l’article 5 la modification de la loi  3864/2010 (A 119). En paragraphe 24 dudit article 5 il est spécifié que « dans le deuxième alinéa du cas 1 du paragraphe 5 de l’article 7, les mots » Le Fonds peut accepter» est remplacé par l’expression «le Fonds accepte »4.

Plus simplement, avec la loi 4346/15 le FHSF est contraint d’accepter le prix résultant du processus de construction du carnet d’ordres quel qu’il soit!
Ainsi, une couverture juridique est donnée pour que le FHSF ne puisse pas refuser des prix dérisoirement bas résultant des augmentations du capital.
Mais un autre problème majeur est le rapport du conseiller financier indépendant de la banque Rothschild, qui émet un avis d’expert sur le processus de construction du carnet d’ordres qu’il estime conforme aux meilleures pratiques internationales. Les meilleures pratiques requièrent cependant des prix de cession d’une valeur  appropriée, cependant,  selon des informations l’établissement consultant n’a pas donné d’avis sur la valeur des prix, si il l’estime appropriés ou pas.

Il est donc nécessaire que soit rendu public ce rapport d’expert, récemment déposé par le gouvernement grec à l’Union européenne.

L’amendement ci-dessus a pourvu d’une couverture légale le FHSF et les membres de sa Direction pour accepter, sans être accusés de fraude, les prix ridicules des actions des banques qui ont résulté de l’intervention de capitaux étrangers dans la construction des carnets d’ordres.
Il devient évident que, au niveau  de la « recapitalisation » scandaleuse des banques grecques, sont intervenus, au-delà des laxismes et des machinations, des dispositifs  « photographiques » en faveur d’intérêts particuliers, tandis que l’affaire pose la question des lourdes responsabilités politiques et pénales qui s’y impliquent.
NZ

Notes pour les gens qui désirent  savoir plus (par e-Man) :

1 Les prix de cession des actions des quatre banques systémiques grecques, recapitalisées aux frais lourds des contribuables sont les suivants : Piraeus Bank 0,029 euros, Eurobank 0,024 euros, Alpha Bank 0,07 euros, National Bank of Greece 0,25 euros

2 Hellenic Financial Stability Fund – HFSF ou FHSF. Organisme qui se prétend « indépendant » dont la mission serait de prendre les mesures nécessaires pour assurer la « stabilité » du système financier grec. Son Conseil Général, compétent pour la prise de décisions stratégiques, est constitué de 9 membres, dont 7 « experts internationaux » des systèmes banquiers, 1 représentant du Ministère des Finances, 1 représentant de la Banque de Grèce.  4 membres du Conseil Général du HFSF ne sont pas grecs, les suivants : Pierre Mariani, Wouter Devriendt, Steven Franck, Jon Sigurgeirsson. Leurs émoluments ne sont pas en rapport avec le résultat de leur exercice et ils sont fixés après accord de l’Euro Working Group

3 Le gouvernement Tsipras se félicite aujourd’hui d’avoir obtenu le droit de vote pour les actions détenues par l’Etat. L’aspect dérisoire de cette prétendue victoire au vu des éléments exposés est dévoilé (hélas !) ainsi que la méthode, devenu désormais coutumière pour le gouvernement Tsipras, de distorsion de la vérité.

4 Les exemplaires du Journal Officiel de la République Hellénique sont disponibles à tout un chacun. En recherchant les références de cet article je m’aperçois que bien que le paragraphe 24  de l’article 5 la loi N4346/15 est tel que cité, la référence dans cette loi à l’article 7 de la loi  3864/2010   est erronée. Une coquille dans un texte de loi aussi important ? Dans tous les cas, l’intention d’accélérer le bradage des Fonds et du Patrimoine Public, seriné par les créanciers au gouvernement Tsipras est bien là ! Mais le chaos juridico-administratif instauré en Grèce par la troïka monstruosica et ses serviteurs peut devenir un argument pour faire contester ces mesures imposées ou faire obstruction à leur application.