Grèce: le retour de la télévision publique

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Clément Girardot

Mercredi 30 décembre 2015

«On aimerait que notre philosophie (autogestion et service public, ndlr) s’étende à tous les programmes, déclare le journaliste Stelios Nikitopoulos (médaillon), alors qu’il a été relégué symboliquement dans les containers installés dans la cour du bâtiment de la chaine ET3 du groupe ERT.
Nicolas Brodard

Promesse tenue, le gouvernement Tsipras a rouvert le service public audiovisuel grec, deux ans jour pour jour après sa fermeture, mais sans l’avoir réformé. Colère chez nombre d’ex-salariés.

11 juin 2013. Le gouvernement grec mené par le conservateur Antonis Samaras suscite un tollé international en décidant de fermer brutalement le groupe audiovisuel public national ERT et de licencier tout son personnel. Deux ans plus tard, jour pour jour, le nouveau premier ministre Alexis Tsipras procède à la réouverture d’ERT en lieu et place de NERIT, le service public de taille minimale qui le remplaçait depuis mai 2014.
Après la victoire du parti Syriza en janvier dernier, les anciens salariés en lutte rassemblés dans le mouvement social et le média alternatif «ERT Open» s’impatientent. La loi concernant le retour d’ERT est votée fin avril, suscitant autant de soulagement que de mécontentement. Si près de 1500 employés licenciés retrouvent un salaire, les revendications d’ERT Open portant sur la refondation du service public sont restées à l’état de vœux pieux.
Des journalistes engagés
Les travailleurs de la troisième chaîne nationale (ET3) du groupe ERT, basée à Thessalonique, se sentent particulièrement lésés. Après la fermeture, une partie du personnel s’est mobilisée pour faire fonctionner ET3 suivant les principes de l’autogestion. Jour après jour, les journalistes ont alimenté, jusqu’en juin dernier, un journal télévisé (JT) alternatif centré sur les luttes sociales et diffusé sur le site d’ERT Open.
Garé dans la cour du bâtiment de la chaîne, le vieux camion-régie datant de 1979 peut sortir à nouveau. Son chauffeur Stefanos Strantzias est heureux d’avoir retrouvé son poste, mais note: «L’atmosphère d’avant me manque, des tensions sont apparues avec ceux qui sont partis travailler à NERIT, et le salaire des employés a baissé».
Occupation et déception
Trois petits containers de tôle beige sont posés un peu plus loin dans la cour. Ils hébergent les bureaux des émissions de Christina Siganidou, Stelios Nikitopoulos et Panos Kasaris, trois journalistes fortement impliqués dans le mouvement d’occupation de la chaîne.
«En fait, la nouvelle loi est là même que celle de NERIT; ils l’ont juste renommée ERT, lâche Christina Siganidou dépitée, on est très déçu mais on reprend le rythme.» Elle continue d’animer seule et avec passion AllERT, un talk-show hebdomadaire couvrant divers sujets de société.
Marginalisés
«Maintenant, le contenu des informations est décidé par la direction. Durant l’occupation on l’élaborait tous ensemble», affirme le barbu Panos Kasaris. Avec son collègue Stelios Nikitopoulos, il prépare chaque semaine 55 minutes de reportages dédiés exclusivement aux mouvements sociaux.
S’ils bénéficient du soutien de la hiérarchie, les trois journalistes se sentent marginalisés dans le fonctionnement de la chaîne. «On aimerait que notre philosophie s’étende à tous les programmes», ose Stelios Nikitopoulos, conscient toutefois du décalage entre la majorité «qui veut une hiérarchie claire» et ceux qui, comme lui, ont milité pour l’autogestion au sein de la nouvelle ERT.
L’autogestion, trop utopique?
Tout au Nord d’Athènes, le monumental palais de la radio, qui héberge les deux principales chaînes de télévision (ERT1 et ERT2) ainsi que les radios nationales, a retrouvé une certaine activité depuis le retour de plusieurs centaines d’employés. Dans l’entreprise depuis 1983, l’expérimenté Nikos Michalitsis a pris part au mouvement pour la réouverture. Pragmatique, le directeur technique soutient le choix opéré par le gouvernement: «La décision de Syriza de garder la structure de NERIT et de se baser là-dessus est correcte, il aurait été difficile de faire autrement, de tout fermer à nouveau».
Lors des assemblées générales, les membres d’ERT Open avaient porté des revendications d’autogestion et d’ouverture du service public sur la société. «L’autogestion est un modèle utopique compte tenu de la taille de l’entreprise», objecte l’ingénieur électricien.
A contrario, Nicholas Tsimpidas, actuel directeur des informations de la radio, croit qu’un changement est toujours possible: «Nous avons remis 14 dossiers à la direction concernant le mode de fonctionnement, la philosophie, le contenu du nouvel ERT. C’est exceptionnel! Il faut faire le tri parmi ces idées, maintenant que ­l’actualité est plus calme.»
La lutte continue
Juste en face de l’immeuble hébergeant la radio-télévision publique se trouvent les petits locaux d’ERT Open, toujours en activité. Après avoir été expulsés par la police du bâtiment principal en novembre 2013, les salariés licenciés y ont créé un site internet et une radio pour porter leurs revendications. «ERT Open était un combat pour récupérer nos postes mais aussi pour construire une télévision publique différente», lance Panagiotis Kalfagiannis, le président du syndicat des employés de la chaîne.
Même si ERT est de retour, le syndicat conserve son petit studio de l’autre côté de l’avenue afin de poursuivre les programmes de la radio d’ERT Open: «Notre antenne est ouverte sur la société, c’est notre raison d’être et nous devons continuer à nous exprimer contre le mémorandum d’accord avec l’Union européenne (UE)». Pour rappel, en échange d’une nouvelle tranche d’aide financière de l’UE, le gouvernement grec s’est engagé à maintenir les mesures d’austérité qui ont plongé le pays dans la récession.
«Tsipras a profité de notre combat et il cherche maintenant à nous faire taire», continue avec émotion le leader syndical. La persistance d’ERT Open ne plaît guère au gouvernement qui veut dorénavant fermer le média alternatif, accusant les frondeurs d’émettre «illégalement» sur une fréquence utilisée auparavant par une radio du groupe public.
Manque de moyens
«Il a été voté la mise en place d’un service public audiovisuel classique», déplore Emmanuel Kosadinos, membre du comité d’Unité Populaire à Paris. Scission de Syriza, ce nouveau parti anti-austérité lancé en août 2015 soutient fermement ERT Open. Le militant dénonce aussi la nomination au poste de directeur général de Lambis Tagmatarchis, un ancien responsable du groupe «bien connu pour ses convictions néolibérales».
Cigarette à la main, long cheveux châtains ondulés, Machi Nikolara est la nouvelle responsable de l’info du JT télévisé. Tout en saluant la réouverture, elle déplore le manque de moyens financiers et humains pour rétablir une couverture complète de l’information. Mais le journal télévisé d’ERT a retrouvé une place de référence dans le paysage audiovisuel grec: «Nos audiences ont beaucoup augmenté durant l’été», confie-t-elle.
«Immense gâchis»
«Les médias privés jouent beaucoup sur la manipulation et la démagogie, ce n’est pas le cas d’ERT», analyse Emmanuel Kosadinos. «Les journalistes du service public tentent de respecter leur mission d’information malgré le peu de moyens», soutient-il, tout en regrettant la couverture inéquitable dont a été l’objet son parti durant les élections législatives du 20 septembre dernier (lire ci-dessous).
«La direction de Syriza s’est éloignée progressivement du mouvement social depuis 2012», déclare l’activiste pour expliquer l’abandon des revendications portées par ERT Open. Pour une bonne partie des sympathisants de gauche, c’est une immense impression de gâchis qui prédomine: la réforme d’ERT aurait pu être l’incarnation de la politique audacieuse et radicale que professait Syriza avant son accession au pouvoir. I

La gauche de Syriza privée d’antenne
«La couverture médiatique n’a pas été équitable», critique le militant d’Unité Populaire (UP) Emmanuel Kosadinos à propos du temps de parole de son parti sur ERT durant la campagne électorale précédant les législatives du 20 septembre.
«Une décision ministérielle prise le 9 septembre 2015 a alloué le temps de parole selon trois catégories : les partis représentés au parlement et ayant reçu des votes aux dernière élections, puis les partis présents au parlement mais absents aux élections précédentes et enfin les partis non-représentés, précise l’activiste. En faisant un calcul basé sur le texte de loi, cela attribue à UP un pourcentage de temps d’antenne de 3%, c’est très peu.»
Cette décision a en effet visé directement le parti Unité Populaire, fondé en août 2015, fort de 25 députés élus précédemment sur les listes de Syriza. Ces élus comptaient remettre en cause le virage libéral d’Alexis Tsipras et incarner une alternative politique de gauche aux politiques d’austérité.
Lors des élections du 20 septembre, le premier ministre gagne son combat contre l’ancienne aile gauche de Syriza dont la liste échoue de peu à passer le seuil des 3% pour entrer au parlement. «Il faut que l’attribution du temps de parole des différents partis dans les médias soit fixé par une loi pérenne et non pas selon les désidératas du parti majoritaire du moment «, plaide Emmanuel Kosadinos. CGT