« Guerre» unilatérale et implacable aux retraités !De NIKOS BOYOPOULOS*

 

« Guerre» unilatérale et implacable aux retraités !
De NIKOS BOYOPOULOS*

Traduction: Vanessa de Pizzol

La politique du non-« sauvetage » des caisses et de lanon-protection des retraités, qui conduit à la mise à sac des caisses et à l’anéantissement des retraites, ne date pas d’hier. Il s’agit d’un délit vieux de plusieurs décennies.
Avant encore que ne se produise le grand « cambriolage » des fonds de réserve des caisses lors du scandale de la banque en 2000, avant encore que ne soit révélé le scandale des obligations en 2007, un précédent « invraisemblable » avait déjà eu lieu au cours des quarante années de la période 1951-1990.
Les gouvernements successifs – appliquant la politique d’accumulation clientéliste rendue possible par la privation du plus grand nombre – obligeaient les caisses de retraite à placer (non seulement sans intérêt mais avec un taux d’intérêt négatif) l’argent des employés dans les banques !
Les banques, à leur tour, subventionnaient (sans frais, et avec l’argent des employés) les industriels, les banquiers et les entrepreneurs.
A titre indicatif, nous signalons que l’argent des employés provenant de leurs cotisations aux assurances a été placé dans les banques :
– En 1950 avec un taux négatif de -7,6%
– En 1954 avec un taux négatif de -11,1%
– En 1974 avec un taux négatif de – 21,8 %
– En 1981 avec un taux négatif de – 13%
– En 1986 avec un taux négatif de – 8%
– En 1990 avec un taux négatif de – 2,4%
Grâce à cette combine (légale à tous égards, la loi 1611/1950 ayant été ratifiée) les gouvernements des Papagos, Plastiras, Karamanlis et Papandréou ont pillé, si l’on applique les prix de la première décennie des années 2 000, environ 58 milliards d’euros issu des caisses de retraite !
Est-ce que tout cela appartient au passé et a déjà sombré dans l’oubli ? Ni l’un (pour preuve, le phénomène est durable), ni l’autre.
Les ouvriers des années cinquante, soixante et soixante-dix qui ont vu leurs cotisations aux assurances détournées, sont aujourd’hui les retraités qui touchent 300, 400 et 500 euros…
Par la suite, le début des années quatre-vingt-dix vit l’arrivée des fameuses lois Sioufa-Souflia sous le gouvernement Mitsotakis. La voie était ouverte : le gouvernement successif pouvait spéculer sur l’argent des employés. On légiféra alors pour la « modernisation » de l’entrée des fonds de réserve et des biens des caisses de retraite dans la cagnotte de la Bourse.
Le pillage des caisses ne s’arrêta pas aux lois Sioufa-Souflia de la Nouvelle Démocratie. Le PASOK tint lui aussi à apposer son « sceau » en la matière. Ces terribles « socialistes », ces représentants des « non-privilégiés », n’ont pourtant pas hésité à livrer les employés et leurs caisses aux « spéculateurs » de la Bourse.
En octobre 1997, au cours de la discussion du projet de loi concernant le « Marché boursier des produits dérivés », l’amendement déposé était transparent :
«Autorisation donnée – disait l’amendement – aux organismes d’assurance sociale, pendant la durée de gestion de leurs valeurs disponibles, d’acheter et de vendre des actions introduites à la Bourse d’Athènes ».
Un amendement que Yannos Papantoniou, alors ministre de l’Economie nationale, avait déposé…
Les administrations des caisses ont ainsi pris en charge, suite aux amendements du gouvernement, le « mandat » consistant à précipiter l’argent des assurés dans le « Kaiadas (i)» de la rue Sophocléous(ii) au profit des « investisseurs » et des traders.
Et quand l’argent a commencé à disparaître, qu’ont fait le PASOK et la Nouvelle Démocratie ? Ils ont continué à échanger des amabilités !
En voici un échantillon :
« Notre désaccord concernant la mise en valeur correcte de ses biens patrimoniaux (N.D.A : de l’assurance sociale) réside dans la possibilité de le faire au sein de la Bourse (…). Nous disons « oui » à une loi qui a été votée par la Nouvelle Démocratie (N.D.A : pour soutenir les fonds de réserve des caisses rue Sophocléous) et qui est une excellente chose! ».
« C’est en toute franchise que nous avons désigné les articles de la loi 2084 et 1902 (N.D.A : les lois Sioufa-Souflia) qui restent en vigueur… car lorsque… nous nous trouvons d’accord avec les positions de la Nouvelle Démocratie, nous les acceptons en toute franchise ».
Telles étaient les réponses données au sein du Parlement par le sous-secrétaire PASOK au travail de l’époque à la question posée par le KKE (Parti Communiste grec) le 5/11/2003. De cette façon, le PASOK a soutenu la Nouvelle Démocratie quand il s’est agi de promouvoir à l’unisson la spéculation sur les fonds de réserve des caisses ainsi que la transformation de leurs administrations leur permettant désormais de « jouer » avec l’argent des employés.
Le résultat de cette politique de l’escroquerie fut catastrophique. Les faits sont écrasants :
En l’espace de trois années (1999-2002), les 2/3 des fonds de réserve des caisses ont fondu comme neige au soleil en spéculations boursières.
D’après les éléments du budget national, rendu public en octobre 2003, la valeur des actions détenues par les caisses d’assurance ont dégringolé, passant de 5,3 à 1,8 milliards d’euros.
Par conséquent, en l’espace de trois années, les capitalistes et les boursiers ont dilapidé 3,5 milliards d’euros !
Telle était la politique d’ouverture des fonds de réserve des caisses à la spéculation boursière. Seuls les aveugles et les imposteurs politiques ne voient pas la situation telle qu’elle est.
Le vol des fonds de réserve des caisses constitue un « cambriolage » sans précédent effectué aux dépens de tous les employés grecs.
Une déprédation d’une quantité énorme de capitaux, placés dans les mains des banques, des groupes d’assurances et des sociétés boursières, dans la mesure où la Nouvelle Démocratie et le PASOK leur avaient grand ouvert la porte, en légiférant au sujet de la spéculation des fonds de réserve sur la « place » boursière.
Après tout cela, nous en sommes arrivés au cannibalisme des mémorandums. Depuis lors, le cambriolage que nous subissons est devant nos portes. Selon les éléments portés au grand jour par l’Omospondia Ergazomenon (Fédération des employés) à l’intention des détenteurs d’une assurance nationale (ΠΟΚΟΠ),
les pertes financières des caisses d’assurance, dans l’intervalle des mémorandums, a atteint les 33 milliards d’euros.
Les pertes des caisses auprès du fameux PSI (iii) , représentent à elles seules plus de 12,5 milliards d’euros.
Naturellement, le vol des caisses d’assurance des employés n’est pas une invention grecque :
« Ils ont volé les caisses de retraites pour aider leurs riches amis de la Bourse », pouvait-on lire dans le Irish Daily Mirror le lendemain de l’annonce faite par le gouvernement irlandais de recourir à la « mécanique » UE – FMI – BCE…
Et quelle réponse le gouvernement « de Gauche au pouvoir pour la deuxième fois » trouve-t-il face à ce délit ? Que fait M. Tsipras, celui-là même qui a donné une… treizième retraite à ses retraités ? De quoi sont-ils encore capables après la vingtaine de baisses successives des pensions de retraite au cours des années mémorandaires qui ont conduit à une réduction de 50% des revenus des retraités ?
Une simple lecture du projet de loi Katrougalos est suffisante pour permettre au plus ignorant de comprendre le fond des choses. On leur donne le coup de grâce ! Mais encore une fois, les SYRIZA, au moment où ils font le sale boulot, jouent les « négociateurs » et les … « hommes de gauche ».
D’une certaine manière, nous en sommes arrivés à la situation suivante : suivre la Nouvelle Démocratie et le PASOK d’un côté, et le gouvernement SYRIZA/ANEL de l’autre dans leurs… dissensions quant à la question des retraites, c’est un peu comme si l’on entendait deux escrocs se quereller pour savoir qui est le représentant le plus authentique de … « l’esprit et de la morale » !
Au lieu de se faire oublier (l’un comme l’autre), au lieu de prier instamment que la terre s’ouvre pour les engloutir (l’un comme l’autre), ils n’éprouvent aucune honte à se montrer, et le font même effrontément, insolents comme une armée de singes, en racontant des mensonges, en essayant de se rejeter la responsabilité de la dilapidation des fonds de réserve des caisses, celle des votes pour un délit qu’ils ont ébauché, approuvé, mis en avant de concert et pour la poursuite duquel ils sont encore d’accord puisqu’ils ont voté le troisième mémorandum.
C’est là, dans le troisième mémorandum, que s’incarnent les deux précédents, et qu’est fixé le cadre qui enterre les droits des retraités d’aujourd’hui et de demain.
***
« Je suis arrivé par la mer avec une cargaison de voleurs… », a écrit Aragon.
Ce vers, il aurait pu l’écrire pour le retraité grec. Cet individu vieillissant, cet homme âgé, qui a travaillé une vie durant et a vu les gouvernements de droite et de « gauche », les uns après les autres, dits de « sauvetage national », lui rogner un peu plus sa retraite de misère, le poussant à vivre dans la pauvreté, et cela pour une raison très simple, une raison de classe sociale.
Car, tandis que des retraites décentes, des retraites pour lesquelles le retraité a payé, sont toujours attendues, les gouvernements des banquiers, des industriels et des entrepreneurs, eux, les ont détournées.
Ce qui se trame à présent est la transformation complète de l’espace de l’assurance nationale en domaine de business privé. C’est la transformation de la retraite en quelque chose que le terme de « miette » n’arrive même pas à rendre.
S’il ne s’agit pas là d’un casus belli, d’une « guerre des classes » unilatérale et impitoyable proclamée contre le peuple, et qui s’étend, implacable, alors de quoi s’agit-il ?

*Article publié sur enikos.gr le vendredi 8 novembre 2016.

(i)Gouffre de la mort à Sparte.
(ii)Nom de la rue où est située la Bourse d’Athènes.
(iii)Plan de participation du secteur privé.