L’intégration européenne frappe à la porte .Le delit de solidarité

Arrestation des cinq militants qui oeuvraient au sauvetage des réfugiés sur l’île de Lesbos

Christos Katopis | 17.01.2016
L’arrestation des cinq militants qui oeuvraient au sauvetage des réfugiés sur l’île de Lesbos, ainsi que celle des trois membres du squat fournissant des repas aux réfugiés de Chios, surviennent dans une période riche en incidents marqués par le caractère autoritaire et arbitraire, tout comme l’affaire de l’extradition des cinq étudiants en Grèce, le régime policier et l’interdiction des manifestations à Paris.

Des méthodes inspirées des thèses d’extrême droite, foulant les droits de l’homme et les libertés, comme l’arrestation de personnes n’ayant pour intention que d’offrir une aide humanitaire, des méthodes déjà connues en d’autres contrées (cf. Lampeduza, en Italie) ont fait leur première apparition en Grèce, à travers l’excellente coopération de la Police Hellénique (EL.AS) et de Frontex (comme il ressort des communiqués de l’ELAS et de la Police Portuaire).
Ainsi, avec la pleine responsabilité d’un gouvernement qui a le front de faire encore référence au terme de « gauche » – mais Tsipras n’est-il pas celui qui réclamait la présence des forces de Frontex sur les îles de l’Égée orientale ? -, la Grèce semble entrer dans une « ère nouvelle » qui caractérise tous les pays de l’Union Européenne : une ère d’intense autoritarisme et de totalitarisme.
L’ « intégration européenne », comme celle-ci est également réalisée, dans notre pays, grâce à la collaboration des autorités italiennes et grecques dans le cas des cinq étudiants comme dans ce qui touche au renforcement des patrouilles de contrôle des frontières par des forces Frontex, constitue une pièce majeure du puzzle qui se dessine aussi à travers le renforcement de l’arbitraire au sein des états-membres de l’UE, mais aussi avec la montée des organisations d’extrême droite en de nombreux pays d’Europe. Autant d’éléments indispensables pour permettre à « ceux d’en haut » de traiter efficacement l’indignation de « ceux d’en bas » que suscite l’application de programme d’austérité sévère.
La répression et l’imposition de la peur à travers le jeu de la terreur (par des voies juridiques ou autres), l’application du slogan « ils viennent d’abord pour les autres, avant de venir pour toi » (ils viennent d’abord pour les immigrés puis pour tous les solidaires, d’abord pour les « djihadistes » , avant de venir pour tous les manifestants), accélérées et renforcées par la complicité, les mains tachées de sang, de tous les gouvernements de l’UE, constituent l’un des traits caractéristiques majeurs de la période que nous traversons.
C’est pourquoi l’arrestation des cinq militants est, et doit être traitée comme une question cruciale, même après leur libération, avec 5000 et 10000 euros de caution.
Dans ce cas comme dans les cas similaires, le soutien immédiat, la mobilisation, les communiqués, le fait que toute la Gauche et tou(te)s les militant(e)s ont fait leur « cheval de bataille » de questions telles que la levée immédiate des poursuites contre ces militants, le renvoi des forces de Frontex des frontières, voilà des conditions sine qua non pour casser le climat de terreur qui tente de s’imposer à travers la pénalisation du mouvement de solidarité envers les réfugiés.
Car d’aucuns peuvent bien rechercher autant qu’ils le veulent l’ « Europe perdue des lumières », la véritable Union Européenne, celle de l’ « autoritarisme », est ici et frappe à notre porte.
Et il est de notre devoir de la lui claquer à la face.

Communiqué de la section des droits de l’Unité Populaire : Non à la revalorisation des forces de Frontex et à la pénalisation de la solidarité

L’Unité Populaire dénonce l’arrestation de huit militants bénévoles de l’accueil de réfugiés sur Chios et Lesbos, dans le cadre de la coopération de Frontex avec l’ELAS. Pire : trois des personnes arrêtées se sont vu accuser d’infractions qualifiées de crimes.
Le gouvernement SYRIZA-ANEL tombe chaque jour un peu plus son masque de respect des droits et la rhétorique de la « sensibilité sociale ». Il autorise la pénalisation de la solidarité et de l’humanité, ouvrant la voie à la calomnie contre autant de pratiques solidaires qui ne s’identifient pas aux choix du gouvernement et de certaines autorités municipales.
À l’heure où le Ministre de la Politique Migratoire, par ses constantes déclarations, tente d’ « absoudre » le caractère répressif de Frontex, il revalorise en catimini, par des méthodes illégales et anticonstitutionnelles, la présence physique et le rôle de celle-ci sur le territoire hellénique, lui concédant jusqu’au droit de pratiquer des arrestations, ce qui remet encore davantage en cause les institutions de souveraineté nationale.
Sur cette pente glissante de mise au pli avec les politiques racistes de l’UE, qui comprend l’intention déclarée de réduire au maximum le flux de réfugiés et de migrants sur l’espace hellénique et européen, le soutien au Mur de l’Evros qui a conduit à la noyade 65 hommes, femmes et enfants pour les seules 16 premières journées de cette année, mais aussi la remise en fonctionnement des unités de détention de migrants – véritables enfers modernes- à Amygdaleza et à Corinthe, ils vont se retrouver face à notre détermination. La répression contre le mouvement et les pratiques solidaires ne passera pas.

Traduction Marie Laure Veilhan

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