Le pillage fiscal imposé aux agriculteurs grecs

par EK, ancien médecin rural en Grèce
Le gouvernement grec de SYRIZA-ANEL tente de présenter les mesures fiscales par lesquelles il accable aujourd’hui la paysannerie grecque comme proportionnées et relativement anodines. Personne n’ose les qualifier de justes, le terme de justice étant depuis longtemps (et encore maintenant) dissocié de ce qui se passe en Grèce, sauf pour certains qui, ayant déjà perdu le fil de l’actualité, risquent de perdre totalement le fil de la politique.
Qu’en est-il donc de la situation actuelle des agriculteurs en Grèce, des injustices qui leur sont infligées par la loi fiscale du gouvernement SYRIZA-ANEL, de leurs revendications qui prennent des allures insurectionnelles?
La vérité, dévoilée par la communication des chiffres par les agriculteurs est toute autre, accessible à tout un chacun par l’application de la méthode de trois.
Ainsi:
1) Avant l’application de cette réforme, une entreprise agricole réalisant 18000 euros de bénéfices annuels était contribuable de
Cotisations sociales à hauteur de: 954 euros
Impôt sur le revenu: 2318 euros
Accompte d’impôt de l’année suivante (55%): 1275 euros
Contribution solidaire: 696 euros
Soit au total: 5244 euros
Ce qui correspondait à 29,4 % du revenu d’une entreprise agricole réalisant des bénéfices de 1500 euros mensuels.
Et, en voilà des niches fiscales à supprimer par un gouvernement se disant « de gauche » (!)
2) Après l’application de la nouvelle réforme fiscale, conçue par la Troïka et concrétisée par ses nouveaux zélateurs, du gouvernement SYRIZA-ANEL, cette même entreprise agricole, réalisant des bénéfices mensuels de 1500 euoros (18000 annuels) sera contribuable de:
Cotisations sociales retraite: 3600 euros (20 % du revenu)
Cotisations sociales santé: 1260 euros (7 % du revenu)
Impôt sur le revenu: 4680 euros
(26 % du revenu)
Accompte d’impôt de l’année suivante (100%): 4680 euros
Contribution solidaire: 696 euros
Soit au total: 14916 euros
Ce qui correspondait à 82,9 % du revenu.
En acceptant les rassurances du gouvernement, que les cotisations sociales seraient déduites du revenu imposable, il faudrait calculer les contributions réclamées à hauteur de 12388 euros, soit 68,8 % des bénéfices d’une petite entreprise agricole, de taille typique du mode d’exploitation en Grèce.
En rajoutant à ces contributions la taxe professionnelle, redevable par les habitants de villages à population supérieure à 500 habitants, à hauteur de 650 euros, on arrive à des charges totales d’un montant de 13088 euros, soit 72,4 % du revenu agricole.
Voici donc les chiffres communiqués par les agriculteurs grecs qui défient le gouvernement de les démentir.
On est en droit de s’interroger à qui profite ce pillage fiscal.
Le prétexte mis en avant par le gouvernement est (comme partout ailleurs) la « viabilité » du système d’assurances et les recettes du budget de l’État. In fune, le remboursement des créanciers.
Au sujet de la viabilité du système d’assurances et de ses recettes nous avons déjà parlé et nous en parlerons de nouveau, notamment dans le cadre de l’économie agricole.
D’autres sources de financement existent sans qu’il y ait besoin d’écraser la paysannerie grecque de la manière dont ceci est aujourd’hui perpetré.
Car il est évident que la poursuite de cette politique fiscale, combinée aux autres mesures, la hausse des prix du diesel, l’abandon du projet de renégociation des prêts bancaires, la réduction des débouchés d’exportation à cause de l’orientation euro-atlantiste des gouvernements grecs (y compris de l’actuel), la libéralisation du marché des produits laitiers, la priorisation de la consommation des produits agro-alimentaires importés, la mise en place de l’euro comme monnaie, tous ces facteurs d’adversité combinés dans le cadre d’une seule orientation politique, celle de l’euroservilité, pousent la paysannerie grecque vers la faillite en masse.
À qui profite ce crime?
Ce n’est un secret pour personne qu’aujourd’hui la terre est un bien que le capital convoite pour en faire celui des usages qui rapporte le plus de profits.
Les terres des paysans grecs n’en font pas exception. La mise en route d’un.tel proccessus aurait des effets catastrophiqies à tous les niveaux.
La prolétarisation de la paysannerie grecque accroîterait davantage la précarité, le chômage, la crise humanitaire.
La mainmise du grand capital sur les terres grecques, en y détournant l’usage vers des activités porteuses de profits volatiles et déportables donnerait le coup de grâce à l’économie grecque et enterrerait à jamais la perspective d’une alternative.
Ces activités orientées vers le profit du capital alourdiraient beaucoup l’empreinte écologique.
Accablés par la violence économique du gouvernement SYRIZA-ANEL, mandataire local du cartel des créanciers, les agriculteurs grecs crient AU SECOURS!
Il réclament le soutien du peuple grec, des travailleuses et travaileurs et de la paysannerie des autres pays sur la base de leurs questions et intérêts communs.
La colère des agriculteurs grecs et la connotation patriotique qu’ils associent à leur mouvement sont pleinement justifiées. La menace d’expropriation dont ils sont l’objet et les implications générales de la situation sont clairement perçus. Les références à l’occupation nazie dans les discours et la présence du drapeau grec dans les rassemblements reflètent cette dimension. Voir dans ces manifestations – à l’instar duvMinistre grec de l’Agriculture- du nationalisme ou des éclats d’extrême droite est une erreur de jugement politique. Tenter de dénier aux agriculteurs grecs le droit de vivre en dignité sur leur terre, dénier le besoin de sauvegarder et de développer le patrimoine économique, naturel et culturel dont ils ont été dépositairs, au bénéfice de la communauté et de l’écologie, c’est bien dans ce déni de justice et de démocratie que se cache une aide pernicieuse aux projets de toutes les extrêmes droites. Faisons-leurs échec!