Le cynisme écoeurant de l’Europe forteresse.Par Mania Barsefski*

source tvxs.gr

traduction Vanessa de Pizzol

Face aux frontières fermées d’Idomeni se joue l’un des actes les plus importants du drame migratoire initié lors des interventions impérialistes et des guerres qui ont déstabilisé des pans entiers du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique.

Des guerres dont l’OTAN, l’UE et même l’ONU portent l’immense responsabilité, tandis qu’elles étaient déclenchées et promues au nom des valeurs de la « démocratie » occidentale. Une démocratie qui aujourd’hui se compromet à l’intérieur même de l’Europe, en appliquant des états « d’urgence » et en approuvant des politiques racistes, xénophobes et islamophobes, lesquelles stimulent, au lieu de l’étouffer, la montée du fondamentalisme islamique.

La déclaration de la ministre autrichienne de l’Intérieur concernant l’existence indispensable d’une Europe Forteresse se dressant face aux réfugiés, si elle exagère d’un côté le cynisme de la formule, ne prend pas fondamentalement ses distances vis-à-vis de la décision adoptée lors du sommet UE-Turquie. Une décision qui repose sur la prévention de l’entrée en Europe des victimes des affrontements impérialistes.

Selon la décision prise lors du sommet, la Turquie, où sont déjà parqués plus de 2,5 millions de réfugiés, est considérée comme un pays sûr pour la réadmission des réfugiés, même des Syriens, entrés « illégalement » sur le sol de l’UE. Tout ceci en dépit du fait que le gouvernement Erdogan mène une politique autocratique de raidissement à son apogée et se trouve engagé dans une guerre ouverte contre les Kurdes de Turquie et de Syrie, qui finit par renforcer de manière informelle Daesh, en essayant d’empêcher la création d’un état kurde. La dénomination « migrants en situation irrégulière » comprend, d’ailleurs, la majorité des réfugiés qui ont pénétré sur le sol européen.

La seule issue pour les réfugiés est de faire une demande d’asile en Grèce. Mais, dans la mesure où le déplacement de chaque Syrien en Europe dépend du retour d’une autre personne « en situation irrégulière » en Turquie, dans les limites d’une « hospitalité » européenne fixée à 72 000 réfugiés, qui plus est, sur la base du volontariat des pays européens d’accueil, la demande d’asile en Grèce équivaut, d’un point de vue pratique, au parcage dans notre pays de dizaines et de centaines de milliers de réfugiés. Cela signifie en outre que le déplacement de chaque réfugié transféré en Europe est lié à l’existence d’un autre individu qui aura risqué sa vie pour traverser les frontières maritimes, puisque le Mur d’Evros interdit tout autre itinéraire.

La décision du sommet UE-Turquie prévoit également la réouverture des centres de détention de migrants, ainsi que la militarisation des hot spots utilisés comme centres de tri des candidats au déplacement, qui plus est sur la base de critères ethniques qui violent ouvertement la convention de Genève, tout en négligeant le fait qu’il existe des guerres « oubliées » qui durent depuis plus de 35 ans déjà et que la convention de 1951 élargit le cercle des individus auxquels devrait être délivré le statut de réfugiés, tandis qu’elle inclut aussi toute personne privée arbitrairement de ses droits fondamentaux que sont les droits humains et sociaux.

Le gouvernement Syriza-Anel, convergeant avec les politiques de ses prédécesseurs, a une fois de plus fait le choix de participer à la politique criminelle de l’UE. En exprimant non seulement sa « satisfaction » pour l’accord conclu lors du sommet mais en approuvant aussi la participation de l’OTAN et de FRONTEX dans les opérations de dissuasion menées contre les réfugiés, il légitime ainsi la présence de l’OTAN dans le cadre d’une probable escalade de la guerre en Syrie, et d’une intensification des risques de noyades massives en mer Egée, où plus de 400 personnes ont perdu la vie depuis le début de l’année.

En opposition avec l’absence d’un Etat organisé pour la défense des réfugiés, le mouvement général de solidarité autoproclamé a réussi à inverser la tendance concernant le racisme, l’intolérance et la xénophobie, en créant un bouclier protecteur autour des réfugiés et des migrants. Ce mouvement porteur d’espoir, parallèlement à l’élargissement absolument nécessaire d’un soutien sur le terrain pour venir en aide aux réfugiés et aux migrants, doit désormais jeter les bases d’une résistance déterminée des individus contre les politiques impérialistes de la barbarie néolibérale et contre les choix gouvernementaux.

Il ne faut pas se faire d’illusions : le problème global des réfugiés et des migrants ne pourra se résoudre tant qu’existeront les conditions qui le perpétuent. Mais d’ici-là, une véritable politique de solidarité envers les migrants et les réfugiés suppose le développement d’un vaste mouvement grec et international contre la guerre et le racisme, suffisamment fort pour mettre fin aux guerres, en dénonçant le rôle agressif que l’OTAN et l’UE ont joué.

Qui permettra de replacer la question des réfugiés au centre d’une perspective internationale plus large et remettre en cause l’orientation fondamentale de l’UE consistant à créer des zones spéciales pour les réfugiés en dehors des frontières européennes, en exigeant la délivrance de titres de voyage pour le transfert en toute sécurité des réfugiés vers des destinations européennes ou d’autres destinations internationales (par ex. Etats-Unis, Canada). Qui permettra de revendiquer la création de structures d’hébergement ouvertes et dignes, en Europe et en Grèce, en orientant les ressources correspondantes exclusivement pour l’intégration sociale des réfugiés, pour renforcer et faciliter leur statut, et non pour des projets visant à leur répression.

Dans ce cadre, l’exigence nécessaire d’une politique plaçant les besoins humains au-dessus des intérêts des créanciers et de l’UE, rend encore plus impératif le besoin de suspendre unilatéralement le paiement de la dette grecque, qui s’avère en tout état de cause indispensable pour la survie de la société grecque.

*Mania Barsefski est membre de la commission  politique extérieure  d’U P (Laiki Enotita)