LE « NON »HOLLANDAIS A L’UNION EUROPÉENNE

LE « NON »HOLLANDAIS A L’UNION EUROPÉENNE

Pétros Papakonstantinou

L’ACCORD  UE-UKRAINE  REJETE  PAR REFERENDUM

ANGOISSE PARMI LES ELITES EUROPEENNES A LA PERSPECTIVE DU REFERENDUM EN GRANDE-BRETAGNE

Traduction : Joëlle Fontaine

A l’heure où l’image internationale de l’UE se dégrade du fait du traitement inhumain qu’elle réserve aux réfugiés ;  à l’heure où les élites de Bruxelles paniquent devant le danger de Brexit qui peut résulter du référendum de juin prochain en Grande-Bretagne, un autre référendum, en Hollande, vient de provoquer de nouvelles fractures dans l’édifice de plus en plus fragile de l’Union européenne.

Avec un pourcentage écrasant de 61,1% contre 38%, les électeurs hollandais ont rejeté l’accord d’association de l’Ukraine avec l’UE dont le Premier ministre de droite Mark Rutte avait préconisé l’approbation. Il s’agit de l’accord bien connu qui avait déclenché l’embrasement de l’ « Euro-Meïdan » à Kiev et la guerre civile en Ukraine, l’UE et les Etats-Unis tentant de transformer l’ex-grande République soviétique en tête de pont anti-russe.

Le référendum hollandais porte un coup aux tentatives d’imposer un climat de guerre froide dans les relations entre l’Occident et la Russie et va aggraver la crise politique déjà aigüe à Kiev, à un moment où le président oligarque Petro Porochenko est « sur le gril » après les révélations des Panama Papers qui le mêlent au plus grand scandale d’évasion fiscale de tous les temps. Les électeurs hollandais ont repoussé l’hystérie de guerre froide des cercles dirigeants qui ont tenté de rejeter sur la Russie la responsabilité du krach du Boeing MH17 des Malaysia Airlines sur la région du Donetsk, en juillet 2014, où 193 Hollandais avaient perdu la vie.

L’importance de ce référendum dépasse de beaucoup les relations entre l’Occident et la Russie. Il équivaut en fait à un vote contre l’UE elle-même, comme le reconnaissent les responsables européens en personne : le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait prévenu qu’une éventuelle victoire du NON plongerait l’UE dans une crise de « dimensions continentales ». Le gouvernement Rutte a été obligé d’organiser cette consultation à la suite de l’initiative du mouvement « Sortons de l’UE » qui a rassemblé 400 000 signatures. Toute la campagne préélectorale a été un affrontement entre partisans et adversaires de l’UE sur le thème du maintien ou non de la Hollande dans l’Union. Rappelons que lors d’un précédent référendum, en 2005, les Hollandais avaient rejeté la Constitution européenne, déjà avec 61% des votants.

Le résultat de ce référendum n’est pas contraignant, mais il serait catastrophique pour le gouvernement Rutte de ne pas le prendre en compte, d’autant plus que la participation au vote (aux environs de 33%) dépasse à peine le minimum de 30% requis pour assurer la validité de la consultation. En tout cas cet événement aggrave l’inquiétude diffuse quant au résultat du référendum britannique qui semble beaucoup plus incertain que ne le prévoyaient David Cameron (autre « grillé » par les Panama Papers) et les élites de Grande-Bretagne. Les deux derniers sondages font apparaitre un NON et un OUI presque à égalité (39/38% pour l’un et 44/43% pour l’autre).

Les médias du système, en Europe, s’empressent d’attribuer le NON – et plus généralement le courant hollandais anti-UE – au Parti de la liberté de Gert Wilders, un parti d’extrême-droite xénophobe. Il s’agit d’une exagération à la limite du mensonge, dans la mesure où le parti en question n’a recueilli qu’à peine 10% des voix lors des dernières élections parlementaires de 2012. Ce pourcentage est identique à celui du Parti socialiste (qui n’appartient pas à la social-démocratie européenne mais à la Gauche radicale), et ce parti développe des mots d’ordre contre le capitalisme mondialisé et l’UE néolibérale. Certes, le courant anti-UE en Hollande est contradictoire, puisque coexistent en son sein des tendances nationalistes de droite et des tendances anticapitalistes de gauche. Il n’en reste pas moins qu’il exprime la majorité des travailleurs et des couches moyennes victimes de la dérégulation néolibérale. Ces événements de Hollande confirment la nécessité pour la Gauche radicale de porter cette aspiration des couches populaires à une rupture avec l’UE et à la reconquête de la souveraineté populaire, en gagnant l’hégémonie dans ce combat face aux logiques xénophobes et nationalistes des forces  d’extrême-droite.