Révélations de wikileaks, dissimulations au gouvernement. Par Zoé Konstantopoulou

02.04.16

Traduction du grec : Jean Marie Reveillon

La révélation des conversations entre Thomsen et Velculescu, tout comme les prétendues réponses en provenance du palais Maximou et du premier ministre, purement formelles, mettent en lumière l’incapacité criminelle et la propension à trahir d’un gouvernement peu désireux de mettre à profit au bénéfice du peuple les armes offertes au pays dans la négociation, un gouvernement qui au contraire contribue consciemment à saper l’intérêt public et notre capacité à négocier à l’échelle internationale.

Monsieur Tsipras fait semblant d’être surpris par cette révélation : la stratégie de l’atermoiement vise en réalité à vider les caisses et à répéter le scénario de l’absence d’alternative et du chantage, sous la pression duquel il sera à nouveau « contraint » de consentir à des mesures encore plus catastrophiques. Cette prétendue surprise est un faux semblant hypocrite. La même stratégie a été appliquée l’année dernière aussi. Là-dessus, je l’avais averti, tant dans la conversation particulière que nous avons eue le 21/12/2015 qu’au cours de mon intervention dans le cadre de la réunion du groupe parlementaire de Syriza le 25/02/2015. Malgré tous les signaux et les avertissements, Monsieur Tsipras a choisi de contribuer à vider les caisses du pays, tant par le biais de la poursuite criminelle du remboursement des créanciers, alors qu’eux-mêmes ne versaient pas le moindre centime, que par le biais du contrôle partiel des changes d’avril 2015 qu’il avait présenté, en l’annonçant, comme « une mesure tout à fait provisoire pour affronter un manque de liquidité tout à fait passager, pour deux semaines » trompant le parti lui-même et son groupe parlementaire.

« L’événement » auquel se réfèrent Thomsen et Velculescu s’est produit l’année dernière avec la participation pleine et entière de Tsipras en personne et de membres de son gouvernement. Et cet « événement », qui était absolument prévisible, même pour un ignare, puisque le pays puisait dans les caisses pour rembourser une dette insoutenable sans que les créanciers versent le moindre centime, Monsieur Tsipras l’a mis à profit pour justifier la trahison qu’a été la signature du 3ème mémorandum.

Des « événements » comparables avaient été utilisés pour la signature du premier mémorandum comme pour celle du deuxième. Il est donc ridicule que Monsieur Tsipras mime l’étonnement et l’indignation.

Au contraire, ce qu’il n’explique pas, c’est la raison pour laquelle il ne met pas à profit maintenant, comme il ne l’a pas fait à l’époque, les armes du pays face aux créanciers et au FMI. Au contraire, lorsqu’il demande un retrait sans condition du seul FMI et non de l’ensemble des créanciers et de la Troïka, il donne dans les faits au FMI toute facilité pour ne pas avoir à dédommager le pays pour les immenses préjudices qu’il lui a consciemment et frauduleusement infligés.

Puisque Monsieur Tsipras n’a répondu à aucune des questions que je lui ai posées mardi à propos de la corruption et de la collusion des élites, qu’il réponde donc à celles qui figurent ci-dessous, qui concernent la question qui vient de surgir, au lieu de choisir de ne s’exprimer que par le biais de fuites arrangées extraites de ses conversations téléphoniques avec M. Pavlopoulos (Le Président de la République, de droite NdT) ou dans le cadre protégé d’un parlement sans opposition politique.

1. Pourquoi n’a-t-il pas mis à profit, pendant l’été 2015, le rapport préliminaire de la Commissions pour la Vérité sur la Dette Publique, qui démontrait que le FMI savait dès 2010 que le dette grecque n’était pas soutenable et qu’il l’avait dissimulé pour sauver les banques françaises et allemandes, de concert avec les gouvernements allemands et français, ce dernier avec Madame Lagarde comme ministre chargé des affaires économique pendant la période décisive ?

  1. Pourquoi n’a-t-il pas mis à profit non plus le fait que le FMI, paniqué par la révélation, a publié deux rapports en juin et juillet 2015 dans lesquels il reconnaissait pour la première fois publiquement le caractère insoutenable de la dette grecque et proposait sa réduction ?
  2. Pourquoi à ce jour n’a-t-il pas revendiqué un dédommagement de la part du FMI, alors qu’ont été rassemblés et publiés les documents écrits qui démontrent une violation consciente de la part du FMI de ses obligations internationales et de ses statuts. ?
  3. Pourquoi le gouvernement passe-t-il sous silence le rôle de Madame Lagarde, alors que Madame Lagarde, elle, s’efforçait dans sa lettre d’écarter le témoignage éminemment révélateur du précédent représentant de la Grèce au FMI, Panayotis Roumeliotis, devant la commission pour la Vérité sur la dette à la date du 15 juin 2015, en rappelant, entre menace et séduction, le droit absolu du FMI de lever son immunité. ?
  4. Pourquoi le gouvernement, par la bouche de monsieur Tsakalotos dans l’interview qu’il a donnée la semaine dernière au journal TA NEA parle-t-il du « bon FMI, celui de Madame Lagarde, et du mauvais, celui des technocrates, –mais pas tous. »
  5. Pourquoi Monsieur Tsipras dans sa lettre d’aujourd’hui, après les révélations, lui propose-t-il en guise de porte de sortie de réduire le problème à une question qui ne concernerait que Velculescu et Thomsen ?
  6. Pourquoi persiste-t-il à ne rien exiger du FMI et se contente-t-il d’implorer que « l’évaluation » se conclue. (le processus de contrôle par la bureaucratie de l’UE de l’effectivité des mesures mémorandaires, préalable au versement par les créanciers d’une petite partie des prêts, processus à travers lequel s’exerce le chantage sans fin à l’asphyxie financière NdT)
  7. Pourquoi, aujourd’hui, Tsipras et Pavlopoulos se hâtent-ils de laisser fuiter le contenu de leur conversation, en réalité d’en dicter leur version à des médias zélés, sans aucun contrôle possible, alors que, dans le cas de la rencontre des chefs de partis qui s’est déroulée le 06/07/2015 sous la responsabilité du Président de la République, le compte-rendu n’a pas été rendu public, comme il aurait dû l’être et comme j’en avais fait la demande officielle en qualité de Présidente de l’Assemblée en juillet 2015 ?
  8. Pourquoi Tsipras et Pavlopoulos s’obstinent-ils à désigner la Commission Européenne et la BCE comme de prétendus « bons créanciers », après le terrible coup d’état de l’été dernier à l’encontre du peuple, qui a révolté les consciences de tous les démocrates de la planète ?
  9. Pourquoi Tsipras et Pavlopoulos assument-il avec autant d’inélégance le rôle de représentants d’une partie des créanciers et violent-ils si ostensiblement leurs obligations envers le peuple grec et la République ?
  10. Monsieur Tsipras rendra-t-il public le contenu des négociations menées actuellement et des positions que prend son gouvernement en ce qui concerne les retraites, les impôts, (impôt sur les revenus et TVA), et aussi le droit du tavail, toutes choses mentionnées directement dans la conversation Thomsen-Velculescu.
  11. Rendra-t-il publique la position officielle du Palais Maximou concernant l’annulation de la dette, à propos de laquelle Monsieur Thomsen se déclare certain qu’elle n’aura pas lieu, tout en affirmant qu’il faut la faire dépendre des conditions que posera le FMI.
  12. Réclamera-t-il la publication immédiate de l’analyse secrète du FMI sur la viabilité de la dette, à laquelle se réfèrent formellement Thomsen et Velculescu dans leur conversation, quand ils complotent sur le moment où ils la rendront publique, appliquant ainsi la même politique de dissimulation, d’occultation et de tromperie que celle qu’a suivie le FMI dès le début, depuis 2010.
  13. Fera-t-il valoir les travaux de la Commission pour la Vérité sur la Dette Publique, qui a été mise hors circuit sur décision de Monsieur Voutsis, bien qu’elle ait renforcé au premier chef les capacités de négociations du pays, en élaborant une argumentation approfondie pour l’annulation de la dette et la fin des chantages.
  14. Nous tiendra-t-il informé sur un éventuel cas de conflit d’intérêts d’ordre personnel, familial, économique au sein de son gouvernement, qui l’empêcherait depuis un an et plus de faire ce qui va de soi pour la défense du pays et du peuple ?
  15. Expliquera-t-il pourquoi il est le seul aujourd’hui à défendre Merkel, Schaüble et Hollande, en les présentant comme de « bons créanciers » par opposition à celui qui est bon à jeter, Thomsen (« Nous ne laisserons pas Thomsen détruire l’Europe) ?
  16. Y avait-il tant que ça d’argent censé nous être attribué pour la question des réfugiés pour qu’il oublie tout ce qu’il a dit en septembre ?

A l’évidence, Monsieur Tsipras ne répondra pas non plus à ces questions. Il est trop occupé à communiquer pour faire diversion et pour préserver son image avant la prochaine opération. Toutefois, l’inspiration s’est tarie, puisqu’il a mis fin au scénario mal ficelé de la bataille contre la collusion des élites, de façon tout à fait semblable et dans des circonstances similaires à la constitution l’an passé de la commission d’enquête sur les mémorandums, qu’il a lui-même dissous par la suite avant qu’elle n’ait bouclé ses travaux.

Entretemps, il brade à tout va, jusqu’à la culture du pays, à des personnages controversés qu’on importe de l’étranger et qui, en pleine crise, n’ont rien trouvé de mieux que de promouvoir leur œuvre et leur intérêt personnels avec l’argent public. Malheureusement, Jan Fabre est une chose, Éric Toussaint en est une autre, lui qui a travaillé inlassablement, de façon désintéressée, sans être rétribué, pendant des mois, pour offrir son aide à la Grèce. Heureusement le premier a démissionné, sous la pression d’un tollé justifié. Malheureusement, en ce qui concerne le second, le gouvernement et Monsieur Voutsis déchaînent leurs efforts pour le mettre hors circuit, à la lumière de l’adhésion générale suscitée dans la société par son travail.

Entretemps, hier, le parlement a adopté le plus monstrueux des accords internationaux, qui renverse tout l’acquis du siècle dernier en matière de droit international, de droit humanitaire et de droits de l’homme. Et le gouvernement désormais se livre à des petits calculs sordides, dans l’espoir de grignoter des subsides afférents, en échange de constructions sommaires, dressées avec « notre » participation.

Tout cela constitue une leçon et un rappel : la défense de la démocratie, de l’intérêt public et social, des droits de l’homme, requiert un engagement sans contrepartie. Elle requiert des hommes décidés à défendre des valeurs supérieures universelles, même au prix de sacrifices personnels, et non des individus qui sont le jouet de leur ambition personnelle et de leur amour du pouvoir. Malheureusement, dans le gouvernement actuel, il n’existe pas de tels individus. Il n’y en aura pas non plus dans aucun gouvernement qui procèderait de l’actuel parlement.

Source http://zoikonstantopoulou.gr