Grèce : pour la dette aussi, le gouvernement rend les armes

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Le gouvernement, à la recherche d’un accord à tout prix avec les créanciers, renonce à toute revendication d’une véritable diminution de la dette.

Mercredi 14/04/2016

Iskra Éditorial

Traduction Jean Marie Reveillon

Depuis juillet dernier, le gouvernement Tsipras tentait de justifier sa capitulation humiliante par un récit originel : le troisième mémorandum, si pénible qu’il soit pour le peuple, ouvrirait la voie à une véritable diminution de la dette insoutenable, ce qui créerait les conditions pour faire revivre l’économie et offrir aux couches populaires un ballon d’oxygène. Depuis hier, ce récit est devenu un nouveau maillon de la chaîne des affabulations gouvernementales que la réalité a cruellement démenties.

Le président du MES (Mécanisme Européen de Stabilité NdT) Klaus Regling a mis les choses au point : une annulation, même partielle, de la dette est hors de question ; seul est envisagé un « réaménagement modéré » (reprofiling), en fait dans la lignée de l’accord déjà conclu par la troïka et le gouvernement Samaras -un allongement du remboursement et un ajustement des taux. Un ajustement qui garantira que les créanciers seront payés jusqu’au dernier centime et que le poids monstrueux de la dette se reportera sur deux voire trois générations de Grecs.

Tout montre qu’Alexis Tsipras a accepté, bon gré mal gré, la ligne Schaüble-Regling, en se contrefichant de ses engagements pour une diminution de la dette. Ses revendications se limitent à la garantie de taux stables et à la fixation d’un plafond de l’ordre de 15 % du PIB concernant le remboursement annuel de la dette. Une « revendication » pas si grecque que ça, puisqu’elle avait déjà été proposée… par Angela Merkel !

C’est une véritable provocation pour le peuple grec que le gouvernement SYRIZA-ANEL s’engage à verser 15 % du produit de sa sueur et de son sang à ses créanciers et maîtres chanteurs internationaux ad vitam aeternam. Nous parlons d’une somme qui dépasse le double des dépenses annuelles de santé et d’éducation réunies ! C’est un fait établi qu’après six ans de coupes mémorandaires, le budget de la santé s’est contracté à 4,5 % du PIB, à mettre en regard avec la moyenne européenne de 7 % ; avec des conséquences catastrophiques dans les familles populaires, appelées à endosser le coût des soins et de la prévention. De même pour l’Education, le budget qui lui correspond est tombé à un dérisoire 2,5 % du PIB, à mettre en regard de la moyenne européenne de 5 %, surtout qu’à moyen terme sur la période 2015-2018 on prévoit une nouvelle amputation jusqu’à la limite de… 2 % !

Le gouvernement Tsipras était prêt depuis longtemps à abandonner l’objectif de l’annulation de la plus grande partie de la dette, comme il l’a montré au monde entier par son choix de saborder les conclusions de la commission de l’Assemblée pour la Vérité sur la dette publique, sous la présidence de Zoé Konstantopoulou. Maintenant, il démontre que la dégringolade n’a pas de fin, puisqu’il ne renonce pas seulement à une annulation de la dette, mais à toute revendication d’une véritable diminution de la dette, lorsqu’il implore Merkel de mettre fin le plus tôt possible au supplice de l’évaluation*. Mais s’il espérait que la contrepartie de la nouvelle capitulation serait un paquet de mesures antipopulaires politiquement gérables, il semble que les événements lui apportent un démenti cruel.

Même si les créanciers acceptent tels quel les projets de loi gouvernementaux sur les retraites et les impôts, leur mise en avant provoquera une réprobation sociale généralisée. Et la simple augmentation de la TVA à 24 % (ce qui ne fait pas une augmentation de 1 %, mais de 4 % et plus pour les produits finis) entraînera une diminution importante du revenu disponible, déjà très amoindri, ce à quoi il faut ajouter la diminution du seuil de non-imposition à 9100 euros annuels cette année et à… 8200 d’ici 2018 !

Sur cette toile de fond, tout montre que le gouvernement Tsipras-Kammenos se dirige vers une grave crise politique, peut-être fatale pour lui, et ce ne sont pas les sourires gratuits et les amicales tapes sur l’épaule de François Hollande qui vont l’en tirer. Les forces de gauche rebelles doivent se préparer à des affrontements et des bouleversements très sérieux, peut-être rapides.

 

*« évaluation » : procédure selon laquelle la troïka et ses sous-fifres contrôlent l’application effective des mesures mémorandaires avant tout versement des créanciers. C’est par le biais de cette procédure que s’exerce un chantage permanent à l’asphyxie financière, base du coup d’état de l’été dernier et de la stratégie du choc préconisée par Thomsen. NdT

 

Article paru sur le site Iskra :

http://iskra.gr/index.php?option=com_content&view=article&id=24017:iposto-petros&catid=81:kivernisi&Itemid=198