Mis devant le fait accompli… Par Stathis*

Traduction : Vanessa de Pizzol

L’ article a été publié sur e-nikos.gr lundi 11 avril 2016

Quand Tsipras signa l’été dernier ce qu’il a signé, croyait-il vraiment qu’il pourrait aujourd’hui ne pas signer ce qu’on lui demande de signer ? À quoi sert à présent cette mascarade sinon à épater la galerie concernant une cause perdue !

Cela fait maintenant des mois que le chef de l’anti-Syriza traîne les pieds pour ne pas paraître aussi « nu » qu’à la première heure, c’est-à-dire lors de son « adoubement ». George Papandréou et Antonis Samaras ont placé le pays sous le régime d’une violence supérieure, régime qui a légitimé Tsipras, parachevant ainsi la procédure d’immobilisation des Grecs au moyen d’ignobles chaînes. Pourquoi donc ces pseudo-rodomontades alors que Tsipras n’arrive même pas à imposer une taxe sur les jeux de hasard légaux (qui représentent 1,5 milliard) et se démène au contraire pour dépouiller veuves et handicapés ?

Tsipras ne sait-il pas que l’accord honteux qu’il lui faut signer à présent, s’il le signe en juillet, fera s’effondrer, inanimé, tout ce qui aujourd’hui dans l’économie vacille et tient du délire ? Qui sont ceux à qui il vend tout sans aucune limite ?

Il brade le port à la COSCO et accueille les requins chinois au palais Maximou, comme les parents par alliance mal dégrossis du siècle dernier accueillaient les princes du Grand-Duché de Cracovie. Le Premier ministre finira par faire rendre l’âme à ceux qui sont au bord du trépas, et transformer les 35 milliards du paquet Juncker en pur objet du désir. Le chef de l’État dit se battre contre l’affairisme de Karanikas mais les ministres de premier plan se rendent pendant ce temps au Hilton pour dîner avec les représentants bling-bling des dobermans du journalisme. Au même moment, les valets de la Presse, les députés tous autant qu’ils sont ainsi que certains membres de Syriza, voudraient imposer « le silence absolu du tombeau »[1] à tous ceux qui protestent contre les tombeaux qui s’ouvrent partout autour de nous.

Cette histoire ne pourra pas aller bien loin. Ceux qui se montrent impitoyables en jouant avec la vie du petit peuple fuiront de nuit. Et ceux d’entre eux qui n’auront plus de toit n’auront plus qu’à aller dormir à la belle étoile. S’ils volent les maisons du petit peuple, s’ils mettent davantage en pièces les salaires et les retraites, s’ils réalisent cette réforme de la Sécurité sociale que même Thatcher aurait jugée terrible, s’ils continuent à brader les piliers de la patrie, comme ils ont bradé leurs idées, alors ils n’auront plus de refuge où s’abriter.

Ceux qui portent la responsabilité des personnes atteintes de cancer qui sont dans l’expectative depuis vingt mois, des enfants souffrant de malnutrition, sont des individus nuisibles, que la terre ne mérite pas de porter.

Tsipras s’en prend aux classes sociales, celles des travailleurs. Les citoyens payent une dette inhumaine qu’eux même n’ont pas créée. Et ils la payent d’une manière qui fait d’eux des esclaves et de la patrie un jouet. La Turquie vomit ses zones grises en mer Égée et la Grèce se fait couvrir d’insultes par les derniers des derniers et des abominables, ceux-là même qui érigent à nos frontières des murs de barbelés et y suspendent les réfugiés comme des pièces de boucheries.

Les Grecs doivent se ressaisir. La disgrâce que nous vivons gagne l’Europe tout entière. Les hommes, pour réagir, commencent à manifester dans les rues et sur les places. Ils ont face à eux un système d’États très organisé et de plus en plus autoritaire, soutenu par un système de mécanismes paraétatiques qui ne cesse de se renforcer.

Les dictateurs émergents ont de moins en moins besoin de leurs hommes de main. Quant aux pommes cuites, ils ont ce qu’il faut. Dans le cas de la Grèce, ils ont essayé de prouver que le peuple, donc, tous les peuples, se trouvent dans une impasse, que leur seul choix réside dans l’élection d’hommes qui dès le départ sont à la solde des Puissants, ou de marionnettes.

Il ne reste aux peuples qu’à démontrer le contraire, sans quoi la guerre, la dictature économique et l’oligarchie politique les anéantiront un à un…

*STATHIS . Stavropoulos est un journaliste et dessinateur de presse grec. Il tient une chronique quotidienne sur le site enikos. .

 

[1] Vers tiré des Libres assiégés de Denys Solomos. La chanson éponyme de Nikos Xilouris date de 1977.