GRÈCE: VERS L’AVILISSEMENT TOTAL DU GOUVERNEMENT TSIPRAS

 Les créanciers augmentent la facture de 5,4 à 9 milliards et leurs valets souscrivent. Heures critiques pour la Grèce, nécessité urgente d’un soulèvement de tout le peuple

Source:Iskra.gr

Traduction Joelle Fontaine

Il n’y a pas de mots assez lourds pour décrire l’avenir cauchemardesque qui attend la Grèce et son peuple après les décisions prises hier par l’Eurogroupe. Pour garder le FMI dans le programme grec, les Européens ont décidé d’augmenter spectaculairement la facture du troisième mémorandum, de 5,4 à 9 milliards d’euros, si l’objectif de déficit primaire de 3,5% n’est pas atteint en 2018 : ce que n’importe quelle personne sérieuse juge inévitable compte tenu de la récession très grave de l’économie grecque.

Le gouvernement Tsipras, qui a déjà bien des raisons d’avoir honte (vente des banques pour un plat de lentilles, question des assurances, des impôts, abandon des prêts rouges aux vautours des hedge funds, caisse des privatisations) a approuvé, fondamentalement, ces nouvelles mesures appelées par euphémisme contingency measures, en tentant de le dissimuler derrière quelques feuilles de vigne. Il cherche à ne pas faire passer dans la loi un catalogue précis de mesures, mais un « mécanisme de rééquilibrage des infléchissements », tout en ayant accepté clairement le caractère automatique des mesures, comme l’ont demandé sans détours Schaüble et Djisselbloem. Avec la création de ce mécanisme automatique digne du lit de Procuste, aucun gouvernement grec quel qu’il soit n’aura voix au chapitre quant à la date et au contenu des mesures antipopulaires à imposer (coupes dans les dépenses publiques, nouveaux impôts, licenciements etc…). Ce sont les créanciers qui en décideront  par des procédures sommaires, à chaque fois que les éléments recueillis par la troïka apparaîtront comme des « infléchissements » par rapport à ce qui avait été convenu.

Cette décision de l’Eurogroupe est aussi une feuille de vigne pour les créanciers eux-mêmes : ils essaient ainsi de cacher tant bien que mal à leurs députés et à leurs partisans l’échec total des mémorandums. Le troisième mémorandum à 5,4 milliards d’euros ne donne pas de résultats ? Passez-le à 9 milliards d’euros, disent les créanciers ! Une attitude schizophrénique rappelant les médecins du Moyen Age qui ne connaissaient qu’une seule méthode pour chaque maladie : la saignée. La « thérapie » ne marche pas ? L’état du malade s’aggrave ? Retirez-lui encore du sang ! Il est sûr avec cette méthode éprouvée que la maladie disparaîtra – avec le malade ! Et le jour où ils seront obligés eux-mêmes de déclarer la Grèce en faillite, ce qui restera sera une Grèce zone économique spéciale de l’Allemagne et de ses alliés, avec les meilleures parts de sa richesse nationale et les éléments les plus dynamiques de sa force de travail accaparés par les créanciers.

Comme le noyé qui s’accroche à ses propres cheveux, le gouvernement Tsipras tente de se consoler avec l’idée d’une « restructuration light » de la dette. Un scénario produit par la revue allemande Der Spiegel, vraisemblablement pour aider Tsipras dans sa désagréable tâche. Rien de plus que de la poudre aux yeux du peuple grec. La « restructuration » en question (rééchelonnement de la dette à taux fixe sur une longue durée et prolongation des obligations jusqu’en 2045) n’est rien d’autre que la reprise de celle que les Européens avaient fait miroiter à Antonis Samaras en 2014, sans qu’il y ait eu entre temps le pire, le troisième mémorandum. Une telle restructuration signifierait que la Grèce serait toujours sous la tutelle du Mécanisme de stabilité européen, en situation d’austérité pour encore au moins deux décennies.

Il faut être totalement aveugle pour ne pas voir qu’à partir du moment où ce gouvernement s’est laissé entraîner à l’humiliation fatale de juillet dernier, il s’est totalement livré aux créanciers qui peuvent à tout moment lui infliger de nouvelles humiliations. Les députés de Syriza qui lèveront la main pour voter les projets de lois monstrueux du mémorandum dans les jours qui viennent écriront les pages les plus noires de l’histoire politique de la Grèce. Cet acte les accompagnera, tel un stigmate ineffaçable, pour toujours. Le moment est crucial pour la Grèce et il est plus qu’urgent que se lève une nouvelle insurrection de tout le peuple pour empêcher que soient adoptées ces mesures et pour que se lève enfin un vent revivifiant de subversion.