Recettes et biens publics donnés en pâture aux créanciers Par Yannis Tolios

 

Source Iskra.gr

Par Yannis Tolios[1]

 

Le gouvernement Syriza-Anel promeut le vote immédiat au Parlement du plan d’austérité, lequel constitue un coup d’État économique et politique à l’encontre du peuple grec. Outre l’institution de nouvelles taxes indirectes à hauteur de 1,8 milliard d’euros sur les biens courants et les services, la réduction automatique des salaires, des retraites, des dépenses sociales, les licenciements de fonctionnaires, ainsi que la vente des prêts (dont on connaît l’existence) non seulement « rouges », mais aussi « verts » à des « charognards » étrangers (funds), il procède à deux nouvelles réformes exceptionnelles qui livrent aux mains des créanciers supranationaux (UE-FMI-BCE-MES), toutes les recettes futures de l’État et tous les biens publics grecs. Il s’agit d’une dynamique de confiscation sans précédent exercée sur le peuple grec par ses « libérateurs » supranationaux, par un gouvernement à leur solde, lequel érige au rang de priorité la soumission volontaire conduisant à un recul essentiel de la souveraineté nationale et populaire.

 

LE « POUVOIR » EST AILLEURS… MAIS LE « COLONIALISME » EST ICI !

Le projet de loi prévoit notamment la conversion du Secrétariat général des dépenses publiques (GGDE) en Autorité indépendante (AA). Le choix de l’administration et surtout le fonctionnement et la gestion des recettes sera donc l’affaire de quelques « technocrates indépendants », lesquels fonctionneront comme un « État dans l’État », ne tenant aucunement compte ni du ministre des Finances ni du gouvernement en place. L’Autorité indépendante disposera d’un Gouverneur et d’un « Conseil d’administration » constitué de 5 membres (le président plus 4 membres). Le Gouverneur et le « Conseil d’administration » seront mis en place par un « comité de sélection » auquel participent cinq hauts responsables de la fonction publique et deux représentants de l’UE. Il prévoit également qu’un « expert » spécial, dans le rôle de conseiller mandaté, soit nommé parmi 3 candidats sélectionnés par l’UE ! Il s’agit en substance d’un gouverneur supranational et « informel » de l’AA. Il est important de souligner que toutes les compétences, déléguées (aujourd’hui et à l’avenir) à l’AA, sont considérées comme irrévocables !!! Tout le processus de sélection, de fonctionnement et d’action de l’AA constituera le levier de l’oppression économique du peuple grec (concentration des impôts pour livrer les fonds d’amortissement aux créanciers), contrôlée et réglementée par l’UE. Pour résumer, nous avons la confirmation que… le « pouvoir » est ailleurs… mais le « colonialisme » est ici !

COUP D’ÉTAT ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE

C’est en s’appuyant sur la même philosophie que s’est créée la Société grecque d’actifs et de participations à laquelle adhéreront en tant que filiales, le Fonds de développement des actifs de la République hellénique (HRADF), le Fonds grec de stabilité financière (TAIPED), la Société de biens publics (TXS) et la Société d’actifs publics (EDIS). Cette dernière, en cours de création, collectera tous les biens publics qui ne rentrent pas dans les organismes cités précédemment. Ainsi, tous les biens publics, mobiliers et immobiliers, sont désormais soumis au contrôle d’un opérateur unique dont l’administration sera directement et indirectement gérée par les « proxénètes » supranationaux… un résultat obtenu sous contrôle du « conseil de surveillance » (2 membres parmi les 5 qui le constituent plus le président, élu par les « institutions »). Le « conseil de surveillance » nomme le conseil d’administration de la nouvelle société dont le président et le directeur général sont élus par les « institutions » ! Le personnel, pour ce qui est du régime d’emploi, dépend du droit privé, et peut être issu du public suite à un détachement ou à une sous-traitance contractuelle effectuée par des sociétés privées (autrement dit, des relations de travail qui sont une vraie … « galère »). D’ici à 2018, la liquidation des biens publics devra être effectuée à hauteur d’environ 6 milliards d’euros, et, à terme, toutes les recettes provenant de la cession de l’« argenterie » du peuple grec !!!

 

INTERVENTION MILITANTE ET UNIQUE PERSPECTIVE PROMETTEUSE

L’« Unité Populaire » appelle les travailleurs, les jeunes, professions libérales, agriculteurs, indépendants, micro-entrepreneurs à résister à ce nouveau coup d’État économique et politique, encouragé par un gouvernement aux ordres des chefs supranationaux, et soutenu par les forces mémorandaires nationales. Il faut s’imposer par la lutte sur le devant de la scène, dans les limites du soulèvement populaire, pour faire obstacle au pillage des revenus du peuple et des biens publics. Pour une sortie de crise en faveur du peuple, il est indispensable de procéder à l’abrogation des mémorandums, au rétablissement de la monnaie nationale, à un contrôle public des banques et des entreprises stratégiques, à une transition économique allant vers une productivité écologique, à la baisse du chômage et au maintien des revenus des actifs et des retraités qui permettront de retrouver une justice sociale et une croissance économique. Seule l’intervention militante du peuple grec peut assurer la mise en œuvre de cette politique.

Traduction Vanessa de Pizzol

Dimanche 22 mai 2016

[1] Docteur en sciences économiques, responsable de la politique et de l’économie pour l’Unité Populaire (Grèce).