L’ accord Tsipras-Varoufakis

L’accord qui n’a pas été respecté (parce qu’il était impossible à respecter)
Thodoris Vremis

, Iskra 16/8/2016
Dans le journal allemand Die Welt, l’ex-ministre de l’Economie Yanis Varoufakis critique à blanc Alexis Tsipras, fait l’éloge de Wolfgang Schaüble et se déclare d’accord avec la politique de Merkel sur la question des réfugiés. Tsipras n’a pas respecté notre accord, dit-il : nous devions nous opposer à la poursuite des coupes budgétaires et à la politique d’austérité de l’UE. Je me suis toujours efforcé de critiquer les fondements défectueux de l’Eurozone, mais en réclamant la réforme de celle-ci, pas en cherchant à en sortir. Varoufakis soutient que Tsipras a signé des accords « qui vont totalement à l’inverse de ce que nous voulions changer ».
On peut s’étonner d’un tel accord entre Tsipras et Varoufakis et se demander si cet accord, puisqu’il a existé, relevait de la naïveté, de l’ignorance ou si chacun cherchait à tromper l’autre.
Car l’austérité est un choix stratégique du système de l’Eurozone, celle-ci ne peut s’engager d’elle-même dans une voie positive, et si elle le faisait ce ne serait certainement pas à l’initiative d’un pays otage des crédits de cette même Eurozone.

La Grèce ne pouvait en aucun cas appliquer son propre programme anti -mémorandum et rejeter l’austérité, dans la mesure où elle dépend des crédits de l’UE et où elle considère que ces crédits, avec lesquels elle s’acquitte des annuités de sa dette, la sauvent d’une catastrophe certaine.
En conséquence, la sortie de l’austérité présuppose que la Grèce se dégage des crédits de Schaüble et Cie , ce qui implique qu’elle arrête de payer la dette, qu’elle exige son effacement et qu’elle sorte impérativement de l’Eurozone afin de relancer son économie.

Alors que l’accord Tsipras-Varoufakis, selon les dires de ce dernier, avait pour élément central le maintien dans l’Eurozone. Cet accord était donc par définition impossible à respecter, c’était un coup d’épée dans l’eau. C’est avec de tels accords qu’on peut expliquer la capitulation humiliante du troisième mémorandum.
Varoufakis n’a peut-être pas été l’ami de Tsipras, mais volontairement ou non il l’a aidé à développer des liens d’amitié et de dévouement envers les centres européens de pouvoir.

Traduction Joëlle Fontaine