Résolution du Conseil Politique de Laïki Enotita (Unité populaire)

4/09/2016

POUR UNE PROPOSITION ALTERNATIVE, UN PROGRAMME D’ACTION ET UN FRONT

1. BOULEVERSEMENTS DANS LA REGION ET EN EUROPE.

-Le coup d’état manqué en Turquie a suscité des reclassements importants, qui ne se sont pas encore concrétisés. La Turquie, sans remettre en question ses relations traditionnelles, d’ordre stratégique, avec les USA et l’UE, renforce sa place dans les négociations, en réchauffant ses relations avec la Russie et l’Iran.
L’intervention turque en Syrie qui vise d’abord les Kurdes, mais aussi le contrôle de la situation syrienne, est inacceptable, illégale et dangereuse. La crise en Syrie ne peut être résolue que politiquement, sur la base de la légalité internationale et de l’intégrité territoriale du pays. Cela suppose un accord entre toutes les forces politiques, les groupes ethniques et religieux de Syrie, y compris les Kurdes, sans arbitrage étranger.
Le gouvernement SYRIZA-ANEL, qui n’a rien trouvé à dire sur l’intervention turque en Syrie, suit le développement des événements dans la région en se comportant comme un satellite des USA et de l’UE. Il va jusqu’à offrir l’île de Karpathos aux américains et à l’OTAN comme substitut à la base d’Intsirlik au cas où les conflits avec la Turquie aboutiraient à une rupture. Il expose ainsi notre pays au risque d’aventures militaires.
-Le vote de la Grande Bretagne en faveur du Brexit a provoqué sur le long terme une crise de L’UE, pour laquelle aucune issue facile et rapide ne se profile, d’autant plus que l’apocalypse économique escomptée par les autorités systémiques pour la Grande Bretagne ne s’annonce toujours pas. La stagnation de la zone euro et la menace d’une réapparition des phénomènes de crise exacerbent son instabilité intrinsèque.
Le gouvernement Tsipras, tout en ayant accepté d’atteler le pays au char de Berlin, s’épuise dans des actions à caractère de communication, comme la rencontre des dirigeants du sud de l’Europe à Athènes. Il se berce ainsi de l’illusion que le premier ministre puisse apparaître comme un acteur de la situation, supposé influencer le cours des choses en Europe, alors qu’il pérennise l’emprisonnement du pays dans un statut de colonie pour dette.
-Reste que l’UE apparaît comme le fossile fragile d’une époque révolue, au moment où l’euro est plus largement remis en question, même dans des secteurs des forces dominantes sur le continent. En même temps on voit se renforcer, sans qu’elles soient devenues prépondérantes, les tendances qui remettent en cause la mondialisation et revendiquent la réintroduction d’une certaine forme de souveraineté nationale, même si généralement elles évoluent dans un cadre systémique. Les failles dans la suprématie internationale de l’euroatlantisme et la montée du poids spécifique de l’Orient dans les problèmes internationaux créent une nouvelle donne dans un environnement d’instabilité généralisée.
Cette nouvelles donne nous offre la possibilité de renforcer, en tant que Laïki Enotita, le courant de contestation qui commence à se répandre dans des couches populaires plus larges, auxquelles la classe dominante avait inculqué l’idée que les organismes internationaux impérialistes constituent un ancrage sûr. Ils nous facilitent la tâche pour mettre en avant la nécessité d’une réorientation radicale du pays et le caractère réaliste d’une politique alternative antiimpérialiste, garante de paix et de sécurité.

2.UNE ECONOMIE DANS L’IMPASSE, UNE SOCIETE PLONGEE DANS LE DESESPOIR

Le programme économique mémorandaire continue d’appauvrir le peuple, sans parvenir à une stabilisation durable. La récession se poursuit, le chiffre du deuxième trimestre étant de -0,9%, alors que la production industrielle et la consommation populaire continuent à montrer une évolution négative. En juin l’indice général du chiffre d’affaire dans le commerce de détail de juin a présenté une diminution de 5,2% par rapport à 2015. La valeur des exportations a enregistré une diminution de 8,1% au premier semestre 2016, annulant le record négatif de 2012. Le chômage reste au même niveau sans précédent, très élevé, des six ans de mémorandum, alors que le travail précaire, non payé et non assuré devient presque la règle, en particulier pour les jeunes travailleurs.
Les salaires continuent à chuter. Selon les récents élément fournis par l’IKA (Le plus important organisme de sécurité sociale du pays NdT), 20,1% des travailleurs et 45% des jeunes travailleurs gagnent moins de 400€ par mois, alors que 60% du total des travailleurs se situent en-dessous des 1000€ mensuels. En même temps les retraites diminuent avec la mise en œuvre de la nouvelle loi sur l’assurance sociale, qui s’ajoute aux précédentes diminutions, de l’ordre de 35 à 50% des gouvernements de la Nouvelle Démocratie et du PASOK.
Dans le même temps, la dette publique, au lieu de diminuer, augmente constamment. Elle a atteint les 328 milliards d’euros, au lieu des 321 milliards de 2015. Quant à la « revendication » par le gouvernement d’une restructuration sans effacement, elle a été renvoyée aux calendes grecques par Merkel et Draghi de même que celle de la participation au programme d’assouplissement quantitatif (QE) de la BCE.
Les quatre banques dites systémiques, en dépit des dizaines de milliards d’argent public emprunté ont été réduits à l’état de zombis économiques, avec des emprunts non remboursés pour plus de 110 milliards d’euros, somme qui augmente constamment. Elles continuent à perdre en dépôts, elles ont cessé de financer l’économie réelle, et leurs actions s’effondrent.
Le capital en actions des banques et leurs administrations, avec le scandale de la troisième recapitalisation et de ses dispositions réglementaires conformes au mémorandum, sont transférés à des fonds spéculatifs agressifs, qui au moyen des « emprunts rouges » projettent de contrôler et piller les grandes entreprises rentables et d’importance stratégique, mais aussi les plus petites, ainsi que les richesses privées.
Par ailleurs, les dettes vis-à-vis du fisc ont dépassé les 90 milliard, et celles vis-à-vis des caisses d’assurance sociale 15 milliards.
Par conséquent, les annonces du gouvernement concernant un « développement équitable » ressemblent au songe d’une nuit d’été.
-L’établissement politico-économique n’a pas d’autre plan à opposer à cette situation très sombre que l’impasse de la mise en œuvre du troisième mémorandum et la catastrophe de l’austérité.
Mais notre peuple, notre jeunesse et notre pays n’ont aucun avenir si nous continuons dans cette voie. Il nous faut aujourd’hui plus que jamais un nouveau projet alternatif, pour le présent et l’avenir, un grand renversement de la politique des mémorandums.
Laïki Enotita dispose d’un tel plan, formulé de façon détaillée dans les résolutions de sa récente conférence de fondation. En même temps, Laïki Enotita souligne l’urgence de la constitution d’un front politique le plus large possible, radical, démocratique, patriotique, antimémorandaire pour le renversement des politiques de mémorandums.
– Dans la période à venir, le gouvernement doit affronter des difficultés sociales, politiques et économiques nouvelles, qui résultent de
• L’application des lois mémorandaires déjà votées dans les deux mois qui viennent, notamment les nouvelles diminutions des retraites principales et complémentaires, la deuxième tranche de l’impôt sur le revenu et la première tranche de l’ENFIA (nouvel impôt immobilier très impopulaire qui touche notamment les ménages déjà considérablement appauvris NdT) fin septembre.
• Les préalables pour la deuxième mini-tranche de 2,8 milliards d’euros, qui doivent être satisfaits en septembre. Ils concernent l’encadrement du superfonds des privatisations, le transfert dans ce fonds des parts que détient l’état dans toutes les entreprises et organismes public etc.
• La deuxième évaluation (de l’application des mesures mémorandaires par la troïka NdT) qui commencera en octobre et se concentrera sur le démantèlement des relations de travail et la libéralisation des licenciements de masse.
• L’hypertrophie de la dette privée, la cession des prêts rouges à des fonds spéculatifs, les saisies avec mises aux enchères étendues à l’habitation principale.
• L’exacerbation potentielle du problème des réfugiés, à cause de l’escalade militaire en Syrie et des récents événements de Turquie.
-La poursuite des politiques mémorandaires conduit à l’extension du mécontentement populaire, qui n’a cependant pas trouvé d’issue à ce jour dans des formes de résistance collectives, s’organisant dans l’étendue et la durée, et se dotant de perspectives. Cela se produit non seulement parce que la plupart des directions syndicales entretiennent entre eux des rapports négatifs, mais aussi en raison du découragement d’importantes parties du peuple, dû au passage de la direction de SYRIZA dans le camp des mémorandums, ce qui a renforcé le mythe des cercles dirigeants selon lequel il n’y aurait aucune solution alternative.
A un moment ou à un autre, cependant, ce mécontentement populaire diffus trouvera un mode et des formes de mobilisation, peut-être inédites, pour éclater contre le gouvernement et tout le bloc politique pro-mémorandum Les forces de Laïki Enotita et de la gauche radicale dans son ensemble devront par leurs interventions contribuer à cette perspective, et tout particulièrement en travaillant à la refondation du mouvement ouvrier syndical sur une base de classe, combative, démocratique

3. LES DIVERSIONS POLITIQUES SANS ISSUE DU GOUVERNEMENT

– Le gouvernement tente de garder le contrôle de la situation politique, de désamorcer le mécontentement populaire, d’écarter l’éventualité d’un effondrement et d’élections, tout en continuant d’appliquer les politiques mémorandaires, qui l’amènent à affronter la majorité sociale. Même les créanciers n’en veulent pas, des élections, parce qu’ils ne trouveront pas d’autre gouvernement en mesure d’appliquer des mesures mémorandaires barbares -et au nom d’une soi-disant gauche, en plus- sans explosions sociales incontrôlables.
Pour tenter de gagner du temps, le gouvernement met en avant des diversions politiques : changement de la loi électorale, propositions de révision constitutionnelle, emprunt d’occupation allemand et indemnités de guerre, tout cela dans un but exclusif de démagogie politique, sans le moindre résultat tangible. L’adjudication des chaînes privées prend place aussi dans ce contexte : le gouvernement n’ambitionne pas grâce à elle d’affronter comme il le prétend la collusion des élites, mais de redessiner pour lui-même un paysage plus favorable en redistribuant les cartes entre de nouveaux clans et les anciens.
Les interventions du premier ministre lui-même dans des conférences européennes, avec contestation verbale, sans frais, et discours sur le développement et la protection sociale, ont la même fonction.
La Nouvelle Démocratie de Kyriakos Mitsotakis est l’auxiliaire objectif du gouvernement, de même que les autres partis de l’opposition pro-mémorandum, qui surenchérissent sur les exigences des créanciers et permettent à SYRIZA d’apparaître comme le pôle progressiste du nouveau système bipolaire. En même temps, le gouvernement met aussi à profit l’absence de proposition politique alternative du KKE, et il vise à faire disparaître médiatiquement Laïki Enotita, ses initiatives politiques et militantes et sa proposition politique alternative.
Entretemps, la direction Tsipras parachève la transformation de SYRIZA en un parti ouvertement social-libéral lors du prochain congrès. Il converge avec les partis de la social-démocratie européenne, qui appliquent depuis des années des politiques néolibérales d’austérité, de privatisations, de dérèglementation des relations du travail, et embrassent l’euroatlantisme.
-Mais ce qui décidera du sort du gouvernement et du cours des événements politiques, ce n’est pas sa volonté politique de les empêcher et de gagner du temps, mais la question de savoir quand et comment éclatera le mécontentement populaire qui s’est accumulé, et quelle direction politique il prendra.
En toutes circonstances, les interventions politiques et militantes de Laïki Enotita seront constantes et ciblées de façon que les événements sociaux et politiques ne prennent pas une direction conservatrice ou d’extrême-droite, mais une orientation antimémorandum et progressiste, sous le sceau du mouvement ouvrier et populaire et des forces de gauche.

4. PROGRAMME D’ACTION DE LAÏKI ENOTITA

-La période qui s’ouvre est cruciale, parce que si Laïki Enotita ne parvient pas à avancer dans une contre-attaque politique identifiable et distincte, susceptible de donner une perspective politique anti-mémorandum, le risque existe que s’ancre dans la conscience du peuple la conception systémique dominante selon laquelle il n’y a pas de solution alternative.
C’est pourquoi Laïki Enotita, sur la base des résolutions de sa récente conférence de fondation, commence immédiatement une campagne permanente sur :
• La promotion de sa proposition politique alternative, qui suppose la sortie de la zone euro et une monnaie nationale, l’annulation de la dette et la sisachthia (annulation des dettes, telle que réalisée par Solon à Athènes au VIème siècle avt JC NdT) pour la dette privée, la nationalisation des banques, avec un programme radical de reconstruction, de développement sans austérité, de lutte contre le chômage et de soutien aux revenus populaires.
• La construction sur la base de cette proposition d’un indispensable front politique des forces de gauche, anti-mémorandum, démocratiques et patriotiques conformément aux résolutions de la conférence.
-Cette campagne politique comprendra les initiatives suivantes
1. Assemblées politiques ouvertes de Laïki Enotita sur l’ensemble de ces thèmes dans tout le pays, où seront invitées à intervenir également les forces politiques auxquelles nous nous adressons pour construire le front.
2. Organisation des deux jours de Laïki Enotita, manifestation politique et artistique, à Athènes début octobre.
3. Conférence de presse sous la présidence de Panayotis Lafazanis, pour la promotion de notre proposition alternative à Salonique le 13/09 dans le cadre de nos interventions sur l’exposition internationale.
4. Publication d’une brochure explicative de Laïki Enotita sur le passage de l’euro à une monnaie nationale, ainsi que d’une brochure sur l’annulation de la dette publique et la sisachtia pour les classes populaires, parallèlement à la nationalisation des banques
5. Organisation d’une rencontre internationale de représentants de forces et de mouvements de gauche en Octobre à Athènes sur la situation dans notre région, en Europe et dans la zone euro, et sur la réponse de la gauche.
6. Initiative internationale de Laïki Enotita pour la coordination de toutes les forces de gauche en Europe qui se situent dans la perspective d’une rupture avec la zone euro et les politiques de l’UE.
7. Poursuites des rencontres et des contacts avec les partis et organisations politiques auxquels nous nous adressons en vue de la construction du front politique, pour examiner les étapes suivantes de cette démarche et avant tout l’action commune dans les domaines clés de la lutte sociale.
-Une tâche politique très importante pour Laïki Enotita consiste à contribuer au développement de luttes et de résistances ouvrières et populaires pour le rejet des mesures mémorandaires.
• L’organisation de la résistance ouvrière et populaire contre les changements promus dans les relations du travail, les libertés syndicales, le salaire minimum, et les licenciements collectifs. La tâche centrale des forces de Laïki Enotita est la mobilisation des travailleurs et le dépassement de la majorité de compromis de la GSEE (Principale confédération syndicale du privé NdT) grâce à la coordination dans l’action des organisations syndicales de premier et de deuxième niveau, sur la base du renversement des nouvelles mesures mémorandaires et de la défense des intérêts des travailleurs.
• Nous accordons une grande importance à la mobilisation ouvrière et populaire à l’exposition internationale de Salonique, qui doit être le point de départ pour ouvrir un nouveau cycle de combat. Nous visons une mobilisation totale des forces de Laïki Enotita lors de la manifestation qui se déroulera à Salonique le samedi 10/09 à 5h 30 de l’après-midi.
• Défense de l’habitation populaire, rejet des mises aux enchères qui se déroulent au profit des banquiers, des créanciers et des fonds spéculatifs étrangers. Participation aux initiatives pour construire un mouvement contre les saisies.
• Privatisations. Une coordination s’impose entre l’action des travailleurs dans les DEKO (entreprises et organismes publics) et dans les services destinés à être bradés, et les luttes des citoyens contre la liquidation de la richesse publique. Le but doit être l’organisation de comités unitaires de lutte dans chaque endroit.
• Rejet de la nouvelle offensive fiscale, défense des petits débiteurs du fisc, fin des coupures de courant et d’eau dans les ménages populaires, qui n’ont pas les moyens de payer leurs factures.
• Organisation de la solidarité à l’égard des réfugiés, contre la xénophobie, le néofascisme et les guerres impérialistes.
Le préalable, pour que nous soyons à la hauteur de toutes ces tâches politiques difficiles, est la discussion des résolutions de la conférence de fondation de Laïki Enotita et de la présente session du conseil politique dans les organisations de Laïki Enotita, l’adoption de programmes d’action en rapport avec leurs domaines de responsabilité politique, la reconstruction immédiate du bureau d’organisation, et la planification de notre politique de communication, incluant la construction de réseaux d’information ou l’exploitation de réseaux existants, pour briser l’embargo des médias dominant vis-à-vis de Laïki Enotita. Pour aller dans ce sens, nous annonçons une conférence permanente pour début 2017 sur les thèmes de la conjoncture politique et de l’achèvement de la discussion sur les règles de fonctionnement.

iskra.gr

Résolution du Conseil Politique de Laïki Enotita (Unité populaire)
4/09/2016

Traduction: Merci à Jean Marie Reveillon