Quelques mythes à propos de l’Union Européenne

Extraits d’ article

source News247 

*Cover Photo: AP Images / Michel Euler

Auteure: Iro Pappa

Traduction Vanessa de Pizzol

25 mars 2017 08:44

Les principes sur lesquels s’est bâtie l’UE il y a environ soixante ans, continuent-ils à être les fondements de son fonctionnement ? Deux jeunes chercheurs en sciences politiques se livrent à une analyse sur News247 qui met à bas cinq des mythes les plus fréquents qui se perpétuent en tant que valeurs européennes

Tandis que les dirigeants européens se retrouvent dans la « ville éternelle » pour entamer des discussions au sujet de la construction européenne, soixante ans environ après la signature du traité de Rome qui a jeté les bases de son fonctionnement, le futur de l’Union Européenne est remis en cause. Frappée par une crise économique, humaine et politique qui font d’elle une Europe, semble-t-il, plus « vieillissante » que jamais, il est difficile de savoir combien de temps elle va continuer à tenir en équilibre sur des bases qui ont été entamées à quasiment tous les niveaux. La solidarité, la participation des citoyens, leur libre circulation sont remises en question et personne ne peut prévoir quelles réductions elles vont encore subir. Enfin, combien encore parmi les principes sur lesquels s’est bâtie l’UE continuent à être des fondements de son fonctionnement ?

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L’UE tient compte de la participation des citoyens #NOT

LES CITOYENS SONT EXCLUS DES PROCEDURES

Selon l’article 9 du Traité de l’Union Européenne, ses citoyens bénéficient d’une égale attention de ses institutions, organes et organismes[2]. Mais il n’a aucune valeur dans les faits, comme le fait remarquer Yorgos Vassalos, enseignant en études européennes à l’université de Lille : « Avant toute chose, il n’y a un qu’un seul organe sur les trois, le Parlement européen, qui est élu par les citoyens et qui, en outre, est le plus faible. L’Europarlement tel qu’on le nomme, ne propose, ni n’adopte aucune législation, il se contente de modifier la législation conjointement au Conseil européen. Cependant ce dernier intervient finalement à travers des négociations et des consultations que le citoyen ne peut suivre et au sujet desquelles il ne peut être informé. Son accès à l’information en matière de procédures et de décisions reste très faible », explique le professeur.unnamedt

Ce sont des grandes entreprises et non des associations de citoyens qui participent à 2 réunions sur 3 avec des commissaires.

Ainsi, selon M. Vassalos, tout effort en faveur d’un renforcement de la participation des citoyens tombe à côté : « Jean-Claude Juncker par exemple, lorsqu’il a été élu, s’est engagé à publier toutes les réunions extra-institutionnelles entre les commissaires, leurs conseillers et les directeurs généraux de la Commission. Il a effectivement réussi à appliquer ce qu’il a dit et le rapport des réunions est désormais publié. Mais si l’on examine de près qui sont en définitive les participants, on remarque qu’il s’agit uniquement de représentants d’intérêts économiques. Ce sont de grandes entreprises participent à 2 réunions des commissaires sur 3 et naturellement on ne trouve aucune association de citoyens, aucun syndicat, aucune organisation ou quelle que forme que ce soit de représentation citoyenne. En outre, environ 70% des membres des groupes d’experts qui siègent comme représentants d’intérêts, sont là pour représenter les intérêts de sociétés, de cabinets de consultants et d’avocats, de fédérations et d’autres organisations d’entreprises tandis que les syndicats sont présents à hauteur de 9% et quelques ONG à 20%. Un état de fait profondément enraciné dans les années 1980 encore, lorsque les grandes entreprises opérant dans l’UE avaient comme intérêt premier l’intégration du marché européen. Une relation de solidarité entre la Commission et les entreprises s’est ainsi instaurée, sans compter qu’il existe une préférence structurelle dans ces réunions pour la participation de certaines entreprises, une sorte d’habitude institutionnelle ».

L’UE joue un rôle dans le maintien de la paix #NOT

ELLE A SOUTENU DES POLITIQUES CONFLICTUELLES

La première cellule de la construction de l’UE après la Deuxième Guerre mondiale fut le maintien de la paix, principalement entre l’Allemagne et la France

. M.Vassalos exprime néanmoins ce point de vue que « si on observe les choses d’un point de vue historique, c’est finalement plutôt la Guerre froide qui a été garante de la paix et non la construction de l’UE, puisqu’après la fin de cet épisode, les conflits ont commencé, comme la guerre en Yougoslavie ».

Si l’on observe les choses d’un point de vue historique, c’est finalement plutôt la Guerre froide qui a été garante de la paix et non la construction de l’UE

« L’UE a ouvertement soutenu l’indépendance et la reconnaissance de la Croatie et de la Slovénie, alors qu’il est admis que les frontières ne sont plus contestées depuis la Deuxième Guerre mondiale. Vinrent ensuite le Kosovo puis l’Ukraine. Concernant l’Ukraine, l’UE a adopté un point de vue conflictuel qui a placé l’Ukraine devant le dilemme du choix entre l’UE et la Russie. Un dilemme dû à la composition de sa population, mais aussi à de très nombreux autres facteurs. Le résultat fut bien entendu de pousser le pays à un conflit armé. L’UE a naturellement soutenu d’autres politiques agressives dans d’autres endroits du monde, ce qui l’a immanquablement entraînée dans des conflits ».

Dans l’UE la libre circulation des citoyens s’applique #NOT

CERTAINES FRONTIÈRES PARMI 8 PAYS SONT FERMÉES

Le principe de la libre circulation des citoyens se voit remis en cause en pleine crise migratoire. Huit pays de l’UE sous la volonté d’éviter les flux de réfugiés ont, en pratique, suspendu le traité de Schengen concernant leurs lignes frontalières devenues des passages de réfugiés. Au final, le contrôle a été rétabli non seulement pour les réfugiés, mais aussi pour tout le monde. « Le fer-de-lance de la légitimation de l’UE était ce traité, aujourd’hui remis en cause », souligne Yorgos Vassalos, illustrant parallèlement la question de la Roumanie et de la Bulgarie qui sont certes entrées dans l’Union européenne, mais pas dans l’espace Schengen. « Il semble ainsi que l’UE a en pratique deux poids deux mesures sur ce point. La libre circulation des capitaux est encouragée de façon constante, mais quant à la libre circulation des hommes, de plus en plus de restrictions entrent en ligne de compte », conclut le professeur.

*Cover Photo: AP Images / Michel Euler