Juncker a transpiré…Par Nikos Boyiopoulos


Juncker a transpiré…

ΝIKOS boyiopoulos – 26 avril 2018

imerodromos.gr

On a aujourd’hui déroulé le tapis rouge au Mégaron Maximou*, au palais présidentiel et au Parlement pour le philhellène Jean-Claude Juncker.

Nous avons l’immense honneur d’annoncer que cette pointe avancée de la politique européenne et internationale considère la Grèce comme sa seconde patrie.

Naturellement, la Grèce et son peuple ont été formés au fil des siècles au philhellénisme. Nous n’oublions pas les grands philhellènes du passé, de Truman à Lord Elgin**.

En Grèce, donc, nous avons le philhellène Juncker. C’est la même personne qui, pendant 18 ans, a été Premier ministre du Luxembourg et qui, au cours de son mandat, a permis que son pays se transforme en paradis de l’évasion fiscale pour toutes les multinationales du monde.

M. Juncker qui, dès avant-hier, a exprimé au nom de l’UE l’adhésion de la civilisation européenne au bombardement en Syrie effectué par Trump, Macron et May, en rassemblant tout ce que jusqu’à présent nous avions entendu en vrac pour nous le servir bien emballé.

Et ce monsieur nous a raconté la belle histoire de la sortie du Mémorandum, ce monsieur nous a présenté tous les mensonges connus concernant le soi-disant allègement de la dette grecque et, à partir de là, il a également commencé à mentionner des évidences.

Car c’est un fait avéré que Juncker est très satisfait du gouvernement actuel, que son amour n’est pas que formel, tout comme l’admiration exprimée pour Tsípras qui a réussi à faire ce que tous ces prédécesseurs réunis n’avaient pas réussi.

Juncker dit la vérité en déclarant que la 4e évaluation arrive et qu’il a demandé qu’elle soit rapidement clôturée.

Et Juncker dit sûrement vrai également lorsqu’il exhorte la Grèce à continuer son « programme de travail », comme il le nomme, où « programme de travail » il y a avec les travaux forcés du mémorandum dont nous devrions soi-disant sortir.

Aux côtés de Juncker, bien sûr, nous avons également pu admirer le Premier ministre grec. Nous avons vu Tsípras l’homme de gauche se féliciter que « nous », c’est-à-dire son gouvernement, contrairement aux gouvernements précédents de Papandréou, Samaras et Papadímos, « tenons nos engagements ». Nous avons vu M. Tsípras, l’homme de gauche, ne pas pouvoir contenir sa fierté d’être reconnu comme le meilleur lieutenant des Mémoranda et déclarer qu’il a réussi à pouvoir présenter à Juncker des excédents 3 fois supérieurs à ce qu’on lui avait demandé…

Le spectacle Juncker – Juncker est la même personne que ceux qui aujourd’hui lui déroulent le tapis rouge ont qualifiée de maître chanteur au moment du référendum – un autre spectacle dans cet interminable calvaire, a pris fin avec le petit coup de théâtre habituel : ceux qui se viennent ici doivent même nous gratifier de quelques mots en grec.

Mais, malgré le rythme effréné de leurs cours intensifs de grec, les seuls mots en grec qui restent gravés dans l’histoire sont toujours les mêmes. Ce sont ces mots, dignes d’être loués, durables et assourdissants : « courage les Grecs ! » que l’on doit à Olli Rehn.

Post-scriptum : Le seul moment sombre de la visite de Juncker a été plutôt dû au fait qu’on n’avait pas mis en marche la climatisation du Mégaron Maximou. Pour cette raison, Jean-Claude s’est montré bref dans ses déclarations du fait que, comme il l’a expliqué, il faisait très chaud : il a beaucoup transpiré… L’erreur a été corrigée plus tard au Parlement, cependant la conclusion est restée identique : quoi que fassent ces individus et leurs porteurs locaux, dans ce pays, effectivement, il existe un soleil qu’on ne peut pas nous prendre. Un soleil qui, naturellement, nécessite beaucoup de travail pour pouvoir tourner.

Traduction

Vanessa de Pizzol

*Résidence du Premier Ministre

** . La Grèce réclame depuis 1983 le retour des sculptures, qui ont décoré l’Acropole d’Athènes pendant plus de deux millénaires avant d’être emportées en 1803 par Lord Elgin. Ramenés en 1801 par Lord Elgin, alors ambassadeur auprès de l’Empire Ottoman, sous prétexte de « permettre au goût anglais de s’affiner », les marbres furent installés dans une dépendance de sa résidence de Park Lane.