Grèce : Le capitalisme néolibéral, sous gouvernance de SYRIZA ou de Nouvelle Démocratie, est toujours aussi meurtrier

 

de Nikos Galanis, membre du Conseil Politique d’Unité Populaire (Laïki Enotita)

Traduction : Manolis Kosadinos

 

Source : https://iskra.gr

Ce n’est pas de l’exagération, ce n’est pas de l’exploitation politique, ce n’est pas un manque de respect pour la mémoire des morts. C’est tout le contraire. Le seul acte honnête possible aujourd’hui est de briser le mur du silence imposé par le gouvernement (avec la complaisance du parti de Droite de Nouvelle Démocratie) sur les responsabilités politiques dans la récente tragédie.

Énumérons quelques paramètres : austérité, déconsidération de la vie et de l’environnement à l’aune des bénéfices des banques et des excédents du budget de l’Etat, renforcement de la fonction répressive de l’Etat  et minimisation de sa fonction de protection sociale, désintéressement pour les structures  de protection civile sous les ovations des marchés et du capital, transformation de l’environnement et du territoire en marchandise à exploiter et en terrain à bâtir.

C’est derrière ces paramètres qu’il faut rechercher les auteurs moraux de ce nouveau crime de masse. Il ne s’agit pas de phénomènes naturels mais de caractéristiques du capitalisme néolibéral.

 

Que les experts se prononcent si le feu aurait pu être limité. Mais le bon sens ne peut pas admettre que même un feu incontrôlé puisse inévitablement provoquer plusieurs dizaines de victimes, à une demi-heure du centre d’Athènes. On se serait attendu à un bilan moins lourd que celui de la mort par le feu de quatre-vingts personnes. On pourrait pu faire mieux en disposant de 17 avions Canadair, en réalité seulement 10, dont 3 sont tombés en panne.

 

C’est un choix politique et non un phénomène naturel d’offrir 2,36% du PIB aux industries militaires américaines parce que l’adhésion à l’OTAN l’exige. C’est une option politique de sous-financer les services de Protection Civile et de Lutte contre les incendies de forêts. Cela a été fait par les gouvernements précédents, et le gouvernement actuel poursuit sur la même voie, à l’identique et sans varier d’un iota. Ce sont leurs choix et leurs priorités, ils doivent donc répondre des conséquences.

 

C’est de la politique, et la doctrine même du néo-libéralisme international, l’option pour «moins d’État». C’est une décision politique de tout céder à l’initiative privée et de se reposer sur les choix individuels.

C’est bien un choix politique de démanteler les services et structures publiques pour réduire les dépenses pour obtenir les excédents budgétaires réclamés par les créanciers, excédents dont se réjouis le gouvernement actuel tout comme ceux qui l’ont précédé. Les excédents budgétaires du gouvernement SYRIZA sont désormais ensanglantés, il ne s’agit plus d’une métaphore. Ce sont des choix politiques dont il faut assumer les responsabilités qui en découlent.

 

C’est bien un choix politique que, selon le communiqué de la Brigade des Pompiers, dans toute la région de l’Attique opéraient seulement 190 pompiers et 96 véhicules. C’est un choix politique que, selon le communiqué des officiers Pompiers : « l’ensemble des camions citernes incendie sont âgés de plus de 15 ans et sont souvent immobilisés en raison de pannes mécaniques, du manque de pneus et d’autres problèmes ». Comparons donc ces données à la montée en flèche des frais pour l’équipement sophistiqué des forces de répression, armées pour dompter toute protestation populaire. Ce sont leurs choix politiques et ils ont des comptes à rendre pour les conséquences.

 

C’est encore un choix politique de ne pas toucher à l’orgie d’irrégularités et de violations du plan d’urbanisme. De ce crime sont co-responsables l’État, le pouvoir politique de tout temps, les services publics, les gouvernances locales. Et, bien sûr, la société se corrompait et se faisait acheter systématiquement, façonnant le cercle vicieux. Le «piège de la mort» que tout le monde découvre aujourd’hui en rapport avec la commune de Mati, la plus dévastée par l’incendie, était le résultat d’un tel cercle vicieux.

 

Le gouvernement actuel n’aurait pas résolu le problème, mais peut-il même indiquer la moitié d’une étape inachevée vers sa résolution? Car, de même que pour l’inondation de la commune de Mandra, récemment dévastée, en l’absence de planification de la défense contre les inondations, la question n’est pas de savoir si le gouvernement actuel aurait hérité des problèmes du passé, mais s’il a fait des pas pour les résoudre. C’est là que réside sa responsabilité politique.

Mais le pire des choix serait de tenter de diluer la responsabilité dans la société toute entière. Le choix des détenteurs actuels des responsabilités et du pouvoir de diffuser subrepticement la rumeur que « nous sommes tous responsables ». C’est bien culotté de calquer l’ancien ministre Pangalos du PASOK, tellement décrié, qui prétendait que la crise était le résultat de l’avidité du citoyen lambda. Est-ce le même niveau de responsabilité pour les détenteurs du pouvoir que pour ceux qui subissent leurs politiques ? Est-ce le même niveau de responsabilité pour le citoyen individuel qui enfreint la loi que pour l’appareil constitué de l’Etat qui a encouragé, voire accompagné, l’infraction de la loi ?

 

La dilution des responsabilités est la meilleure manière que le pouvoir a trouvée pour se dédouaner. Le gouvernement SYRIZA sans le moindre sens d’autocritique, sans la démission (jusqu’ici) d’aucun officiel, s’est engagé sans vergogne dans ce genre de spéculation. Des responsables gouvernementaux éhontés prétendent qu’ils ne méritent aucun blâme. Ce sont bien eux (au même titre que ceux auxquels ils ont succédé) qui sont responsables du crime pour lequel ils feignent de l’indignation.

 

C’est bien un indice  d’incompétence politique le non fonctionnement du mécanisme d’alerte et d’évacuation par l’utilisation des systèmes existants. Et une telle incompétence confine à la culpabilité qui concerne le ministère de la Protection, la région de l’Attique et la gouvernance locale. Même si le feu n’aurait pu être limité, il aurait été possible de limiter le nombre de pertes humaines, d’alerter les gens, d’avoir des forces sur le terrain pour les guider vers les sorties du brasier. M. le ministre Toskas et les maires de la région, ces maires d’apparat incompétents pour la prévention et la protection des citoyens, sont responsables.

 

Mais personne parmi ceux-là n’a les oreilles qui sifflent, personne n’a démissionné en assumant sa responsabilité, rien que par amour propre. Tous ensemble, ils blâment le temps, le destin maudit de la Grèce, et même les victimes, juste pour rester dans leur fauteuil.

C’est toujours un choix politique, celui que font les colporteurs  gouvernementaux, en appelant à donner de l’espace et du temps pour le deuil. Ils espèrent ainsi ne pas laisser place à la justice, à la recherche des responsabilités et à l’assomption de responsabilité. Sans varier de tout gouvernement précédent. Sans variation d’avec tous les pouvoirs qui, dans chaque tragédie, invoquent l’unité, la douleur et les lamentations pour éviter une colère et une sanction justes. Les agences gouvernementales nous demandent de nous taire alors qu’aucune demande de pardon ou d’excuse n’est sortie des lèvres de personne.

 

Tout ce qui qui a été cité jusqu’ici correspond à des choix politiques, des décisions, des choix de priorités. Le feu et le vent sont un phénomène naturel. Une catastrophe naturelle, cependant, se transforme en une tragédie lorsque dominent des politiques qui ne sont «naturelles» en aucun cas. Les catastrophes sont le résultat de politiques et d’idéologies spécifiques qui ont un nom. Elles sont le produit du capitalisme sous sa forme la plus sauvage, la plus cynique, la moins respectueuse de l’environnement et la plus meurtrière. C’est le résultat du capitalisme néolibéral, qu’il soit mis en œuvre par le gouvernement actuel ou ceux qui l’ont précédé.

 

Voilà  pourquoi aujourd’hui nous devons parler, malgré les injonctions sonores pour faire du «silence», pour  «se recueillir» pour «s’unir». Le gouvernement SYRIZA joue la carte du la menace du retour au pouvoir de la Droite, avec M. Mitsotakis comme chef, pour faire du chantage, effrayer, suggérer la passivité et la soumission. Seulement que les politiques SYRIZA et de Nouvelle Démocratie sont désespérément similaires. Les uns héritent de la situation des autres et tous poursuivent la même politique. La politique qui sert les créanciers, totalement indifférents à la vie humaine et à l’environnement.

 

DE LA JUSTICE ICI ET MAINTENANT. DES SANCTIONS POUR LES RESPONSABLES POLITIQUES.

NI SYRIZA NI NOUVELLE DEMOCRATIE. CE SONT DES PARTIS QUI DESORMAIS SE RESSEMBLENT COMME LEURS POLITIQUES.

RENVERSEMENT DE L’AUSTERITE.  ARRET DU DEMANTELEMENT DES SERVICES PUBLICS DE PREVENTION ET DE PROTECTION.

DU RECONFORT ET DES INDEMNISATIONS CORRECTES POUR LES PERSONNES AFFECTEES.

LES FORETS NE SONT PAS UNE MARCHANDISE. IMPOSER DES REGLES POUR LE DEVELOPPEMENT URBAIN